Le concept de revue littéraire me plaît. Qu’une bande de potes qui ont le bout des doigts qui les chatouillent se disent que ouais, il faut faire quelque chose, c’est cool. Dans mon imaginaire une revue littéraire c’est un objet proche du fanzine, constituées de pleines pages de texte entrecoupés de dessins, reliées entre elles par deux pauvres agrafes. On les trouverait au fond des librairies, avec les publications indépendantes et farfelues. Cette table qui n’attire que les amis d’amis ou les lecteurs un peu bizarres. Il m’aura d’ailleurs fallu écumer trois librairies pour mettre la main sur le dernier numéro de Bordel, dont j’entends parler depuis un moment. Un nom que j’avais en tête pour la simple et bonne raison que c’est une des seules revues à avoir un peu de visibilité et à survivre depuis presque dix ans. Une longévité qui s’explique peut-être par le fait que Bordel est déguisée en livre.
D’où petit moment de surprise lors de la première manipulation de Bordel Japon, un tome relié de plus de 250 pages, avec une couverture qui titille les yeux. Je devrais pouvoir le planquer dans mon étagère Billy et faire comme si c’était un bouquin normal. Joie. (les fanzines/manuscrits des potes, c’est au pied du lit, ça me donne une genre)
Fondée en 2003 par Frédéric Beigbeder et Stéphane Million chez Flammarion, Bordel a suivi Million chez Scali après que Beigbeder se soit lassé du métier d’éditeur. Puis Scali n’a pas tenu et mis la clef sous la porte (sale histoire). Stéphane Million a créé une nouvelle maison d’édition sous son nom et y a récupéré Bordel. Autant dire que la revue revient de loin. A présent elle sort environ deux fois par an, chaque numéro étant adossé à un thème parfois littéraire (le Rat Pack), parfois autre (ici par exemple le Japon). Une grosse trentaine d’auteurs œuvrent donc à chaque parution. Une demi-douzaine d’entre eux étant intronisés à chaque fois, le turn over est faible, mais présent. Million, seul capitaine du navire, sollicite des textes au grès de ses amitiés, rencontres et textes reçus à l’improviste dans sa boîte aux lettres d’éditeur. L’idée étant « de passer en revue le panorama littéraire d’une époque ».
Parce que j’aime bien ça, moi, les panoramas, j’ai tout lu le Bordel Japon (après avoir bloqué sur la publicité pour les tees Uniqlo en seconde et troisième de couverture).
Niveau éclectisme, entre les nouvelles, les deux séries de photo (malheureusement reproduites en noir et blanc), le dessin d’Ultraman par Dupuis et Berberian ou encore une partition musicale, c’est bon. La revue est cohérente avec son titre, c’est bien. Question textes, c’est comme tout ce qui s’approche de près ou de loin d’un recueil : il y a du très bon, du moins bon et du qui me passe complètement au-dessus de la tête. Sur la trentaine de nouvelles, j’ai dû en abandonner deux en route, ce qui est plutôt positif. J’ai reconnu quelques noms d’auteurs, croisés au détour d’un blog ou d’un étal de librairie. Peut-être que j’en aurai retenu un ou deux supplémentaires au détour de très bons textes. Forcément le thème du Japon me parle, vu que j’entame mon quatrième mois de cours cette semaine. J’étais content de lire plusieurs textes allant au-delà du cliché sur le pays, et s’attardant sur des tics, manies ou concepts très japonais.
Au final je ne regrette pas mon périple dans le monde de la revue littéraire. L’objet est beau, le prix honnête (et plus bas que sur les anciens numéros, le partenariat avec Uniqlo n’était pas vain) et la qualité globale assez bonne et intéressante. Après je pense que la démarche de curiosité joue beaucoup.
De mon côté je reste assez séduit et intrigué pour attendre le prochain Bordel. A priori pour l’automne.
BUY STAGE !!!
En vente pour quinze euros dans votre meilleure troisième (ou plus) librairie de quartier, ou sur le site de Stéphane Million Editeur.




