Ce fut laborieux.
J’ai appelé Sharkboy, qui était de passage à New York, pour savoir si je pouvais commander un colis à l’adresse de la fille chez qui il séjournait. Après autorisation de bro à bro, il m’a passé les coordonnées de son appartement. J’ai créé une nouvelle adresse de livraison sur Amazon US et me suis inscris au mois d’essai Amazon Prime pour profiter de l’envoi gratuit. Le colis est parti une fois ma commande payée avec ma carte bleue. Sharkboy l’a reçu, mis dans sa valise et ramené en France. Puis, la semaine dernière, il est venu jusqu’en bas de mon bureau (pas loin de chez lui), me filer le précieux.
Tout ça pour me faire économiser trente euros. Ce qui prouve en une fois que Sharkboy est un vrai ami et que je n’ai vraiment pas de thunes.
N’empêche que je suis l’heureux propriétaire d’une pochette en cuir avec lampe autoalimentée intégrée pour mon Kindle. Et ouais.
Je me demande si ce n’est pas une pulsion viscérale qui nous pousse à recouvrir de peau d’animal mort tout ce qui nous passe sous la main. Mon téléphone a une housse en cuir, mon livre numérique a une housse en cuir, mon fauteuil de bureau à une housse en… faux cuir. Vous avez saisi l’idée : mettre les choses qui comptent, les choses précieuses, les choses qu’on aime, dans du cuir. Là normalement vous voyez où je veux en venir. A la lingerie, celle en cuir. Mise en abime de mettre de la peau sur de la peau, de l’animal sur l’humain. Je vous laisse faire les jeux de mots qui se terminent par « seconde peau » et noter que je compare mon eReader à la femme de ma vie. Pendant ce temps-là, je vais continuer à m’interroger un peu. Par exemple qu’est-ce que je pourrais encore mettre dans une housse en cuir ? Si j’essaie avec ma Xbox elle va fondre. Problème.
Non, la vraie question, c’est quid des housses en peau humaine ?!
Parce que je suis un geek et pas un serial killer bizarre, le premier exemple qui me vient à l’esprit est le Necronomicon. Vous savez, le livre des morts dans Evil Dead, celui qui tue vos potes. Bah sa jaquette est en peau humaine. Imaginez ma déception face à sa réplique taille presque réelle pour le coffret DVD du film. Le Necronomicon en plastique. Désappointement. Je dois me contenter de cuir animal pour mon Kindle. Un retour à la case départ de l’article qui me permet de constater un truc. La couverture de mon lecteur numérique a été conçue de manière à le rapprocher le plus possible d’un véritable livre à l’ancienne.
De l’extérieur, on dirait un gros Moleskine, élastique pour le maintenir fermé inclus. Ce qui ne serait jamais arrivé s’il s’agissait d’une pochette a sortie verticale unique. Non, ici on ouvre la couverture (cousue dans le sens de lecture occidental). L’objet que je tenais jusqu’ici à une seule main grâce au faible encombrement et au poids léger redevient plus pratique à manipuler avec deux paumes. La symbolique est puissante. Tout à coup, j’ai l’air moins étrange dans le métro. De loin, on dirait que je lis un petit cahier on ne peut plus normal.
Au fond, ça m’emmerde un peu, ce déni de futur et ce retour du fétichisme du livre-objet. Le technocrate en moi pleure des larmes de papier mâché.
Tout ça, c’est la faute du cuir.


