Raconte-moi un top 3

Je n’ai pas pu jouer à autant de jeux que j’aurais voulu cette année. J’ai rattrapé des choses en retard, en ai mise d’autres de côté. Je ne peux pas prétendre à réaliser un top jeux vidéo de 2014, ce serait trop malhonnête. Mais j’aimerais parler de trois expériences narratives jouées cette année qui m’ont parlé, trois jeux dont l’intrigue ou la narration m’ont poussé à me questionner, à ressentir des choses.

Starcraft II : Heart of the Swarm

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Je ne connais pas beaucoup de jeux mettant en scène une femme désireuse de libérer son amant emprisonné à l’autre bout de la galaxie, quitte à renoncer à toute humanité et à devenir un être génocidaire pour y parvenir. Cette extension de Starcraft II renverse la plupart des stéréotypes narratifs en s’appuyant sur des personnages déjà installés, dans un univers riche. L’intrigue a beau être cousue de fil blanc, vue et revue, cette héroïne qu’est Kerrigan, sa force, sa détermination et ses faiblesses ont tout comblé à mes yeux. Si certains reprochent à Starcraft de ronronner, si l’effet de surprise du premier volet de ce second opus est passé, ce Heart of the Swarm m’a impliqué et donné du plaisir, avec son histoire, son héroïne partie sauver son prince.

Tearaway

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Exclu Vita qui justifie l’existence de la Vita, Tearaway aura réussi à me faire verser une larme. Petit jeu de plateforme bourré d’idées et de gimmicks, Tearaway met en scène le Messager et son message, en route vers le soleil, vers moi, vers toi, vers la personne qui tient la console entre ses mains. Moult niveaux, ennemis, pièges et enigmes plus tard, et le message est délivré, à ce joueur qui s’est impliqué de ses doigts, qui s’est vu jouer depuis le soleil, quasi omniprésent dans l’univers du jeu. Et cette fin, toute bête, toute simple, m’aura mis la larme à l’œil. Preuve qu’on peut toucher avec bien peu. On parle beaucoup d’expérience pour qualifier un jeu vidéo, souvent à tort, mais pas dans le cas de Tearaway.

Wolfenstein : The New Order

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Claque de l’année dans le sens où je n’attendais rien de Wolfenstein en général, et de ce jeu en particulier. Shooter ultra optimisé, efficace et à l’ancienne, ce New Order est également doté d’une âme. Le jeu m’a fait un croche-patte à l’occasion du premier et seul choix narratif que l’on m’a proposé, pour ne plus me laisser me relever. Proposant une vraie vision sur la guerre, sur l’horreur, sur la résistance, ce Wolfenstein possède une humanité si rare au sein de son genre. Nombre de joueurs et critiques en ont été désarçonné, voyant là une maladroite tentative d’injection de pathos dans une licence qui n’en avait pas besoin. Et pourtant, sous le cynisme des sans coeur, les personnages qui sonnent vrais, cette mélancolie au milieu des massacres, un brin d’amour. La larme en traitre. Putain.

Ces trois jeux ne sont pas mon jeu de l’année, ils n’ont pas le gameplay le plus précis, les graphismes les plus dingues, l’histoire la mieux ficelée. Mais ils ont, chacun à leur manière, réussi à me prendre de court, à venir me coller un taquet derrière la tête. Ce qui fait que je m’en souviens maintenant, que j’en parle autour de moi, que je vous en parle. Si jamais vous aussi êtes en recherche de ce petit truc qui s’agite au fond des tripes entre deux pressions de gâchette, n’hésitez pas.

(Et cela n’engage que moi, mais mon Game Of The Year, parmi ceux auxquels j’ai pu jouer cette année, c’est Titanfall, le seul qui m’aura poussé à « allez, une dernière petite partie », catégorie où juste derrière vient débouler Binding of Isaac : Rebirth. Parce que l’envie d’abuser un peu, de se mettre en retard, de se coucher un cran trop tard, pour une dizaine de minutes de jeu en plus, c’est un des meilleurs critères video ludique qui soit.)

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Kickstarter

J’aime bien Kickstarter, le plus gros site de financement participatif du monde. Là où des gens cherchent des sous pour leurs projets, qu’ils te présentent avec une vidéo, du texte, quelques photos. Suivant ce que tu contribues tu « gagnes » différents trucs. Le principe m’a toujours émoustillé. D’ailleurs.
J’étais sur Kickstarter avant que Kickstarter soit cool. Plus ou moins.

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En 2011 j’ai filé $10 au documentaire Urbanized en échange d’une copie en streaming du film à sa sortie, et $5 à une bande de grands malades voulant construire une piscine sur l’Hudson à New-York en échange d’infos sur la suite du projet.
Puis, en février 2012, il y eu le projet qui, à mon sens, a fait exploser Kickstarter dans l’inconscient collectif des vrais gens.

Tim Schafer, créateur culte de jeux vidéo, fondateur du studio Double Fine, a demandé quelques centaines de milliers de dollars pour faire un nouveau jeu à l’ancienne. Ce qui était une idée pour échapper au système parfois trop lourd des éditeurs de jeux, a permis à la fois de lever plusieurs millions de billets, mais de rendre Kickstarter crédible aux yeux du monde. Tim a créé un gouffre dans lequel s’est engouffré la moitié des indépendants du jeu vidéo. Puis ce fut au tour du cinéma de venir s’incruster. Le financement récent d’un film Veronica Mars aura été une autre grande réussite. Au point de motiver l’acteur/réalisateur Zach Braff à lancer son propre projet, là encore avec succès. Alors que la presse se demande si la bulle Kickstarter va exploser, si les stars ne détournent pas le système au détriment des petits, je continue à sonder les tréfonds du site.

Par exemple le mois dernier j’ai filé $10 au scénariste de comics Bill Willingham pour l’aider à financer les illustrations de Frank Cho pour un roman à venir. Ou la semaine dernière je me suis engagé sur un jean sorti de l’imagination d’inconnus de Seattle (en partie parce que la série How to make it in america me manque, également parce que je suis désœuvré). Deux projets qui illustrent les deux leviers qui me font ouvrir mon portefeuille sur le net : l’envie de voir quelque chose qui me plait aboutir, l’envie de posséder un truc un peu chelou qui n’existerait pas sans une précommande. Si les deux sont réunis, c’est encore mieux. Et puis, il existe une autre dimension à mes pulsions Kickstarteriennes, l’aspect making-of. A partir du moment où tu as donné ne serait-ce qu’un dollar à un projet, tu te retrouves dans la mailing list. En ce qui me concerne j’adore recevoir les nouveaux épisodes du documentaire de Schafer, des nouvelles du boss de Veronica Mars ou la promesse de longs articles sur le processus d’écriture de Willingham.

En ce sens c’est comme du pay-per-view. Plus que l’achat d’un produit ou le soutien à une cause, c’est l’impression d’être dans la boucle. Une sorte de blog payant. Comme quoi c’était plus ou moins possible.

Chez nous en France, les clones pullulent, et d’autres projets se montent, grâce aux gens plein de bonne volonté. C’est cool. Ça fait un peu plaisir.

Malheureusement, ce que je retire de toutes les réussites Kickstarter, c’est que pas mal de financiers ne savent pas repérer les vrais bons projets vendeurs. A mon sens tout ce que prouve le sur-financement de Double Fine ou Veronica Mars, c’est que ça allait aurait valu la peine d’investir dedans hors de Kickstarter. Le public aurait été là au bout du compte, il y aurait eu de l’argent à gagner, sans devoir donner un pourcentage de la somme à Kickstarter. Zach Braff ne pouvait pas trouver deux millions sans que le producteur ne mette son nez dans la partie créative. Kickstarter donne l’argent en deux jours, Braff récupèrera une plus grande part des bénéfices finaux. Tout ce que je vois, au-delà de l’envie des gens, c’est la connerie totale et absolue des producteurs, passant à côté d’un plan sûr et certain par pure stupidité. Enfin, c’est une autre façon de voir, je suppose.

A mon sens, la réussite de Kickstarter est surtout l’échec des financiers traditionnels. Et de mon point de vue c’est tout aussi déprimant pour « le système » qu’encourageant pour l’avenir.

Ce qui ne m’empêche pas de filer mes sous. Ça donne un peu l’impression d’être moins con que la moyenne des financiers classiques. Du coup.