1027 – The Pizza Kid

En bas de chez moi, à Lyon, on peut trouver trois soirs par semaine un camion de Pizzas. Les pizzas en elles-mêmes ne sont pas super bonnes : la pâte est quelconque, la sauce en petite quantité et la garniture plus proche d’une décoration clairsemée qu’autre chose. Mais le mec qui s’occupe du camion est sympa, il baisse le prix des pizzas quand on attend longtemps, il triche un peu sur la carte de fidélité, il prend le temps de discuter un peu. Enfin le mec, le post-ado plutôt, un an de moins que moi. Je sais pas s’il fait des études à côté, j’en doute, je ne crois pas. A la fois je respecte la motivation et j’ai un peu de la peine pour ce job pas super sexy. Ma mère par contre n’est qu’admiration, totale et absolue, c’est pour ça qu’elle passe tout le temps commande chez lui, malgré les pizzas très moyennes, parce qu’elle est fan, parce qu’il mérite, parce que lui au moins il travaille et ramène de l’argent !

Par opposition à moi qui coûte.
Sous-entendu.

C’est ça le revers d’étudier la com’, c’est du néant, une bonne grosse masse d’intangible. Ca veut à la fois tout et rien dire. Un parent ça visualise mieux un gosse dans une filière professionnelle, ça comprend la durée d’études en école de commerce. Quelque part pour eux c’est tangible. Le nom des écoles est connue, les métiers préparés font sens (bon courage à tous les community managers qui ont du expliquer leur job à la leur famille pour les fêtes), et surtout on sait que ça ramène du cash à un moment. Comparez ça avec l’ado dans une école obscure à Paris depuis des années et qui aimerait bien écrire des livres dans la vie. Ou comment je me retrouve à subir les louanges du pizzakid, parce qui lui au moins il travaille et ramène de l’argent !

Puis j’ai eu mon stage.
Yeah.

Et d’entendre ma mère à la limite des sanglots à l’autre bout du téléphone, tellement elle était fière que son fils trouve un job dans une boîte qu’elle connait et dont elle peut parler avec sa secrétaire au bureau. Au fond j’étais content, pour moi d’abord parce que je kiffe dans mon cœur et mon porte monnaie, mais aussi pour ma mère qui, hopefuly, me cassera moins les couilles avec le type dans le camion de pizza. Celui qui s’est pas bouffé le bac +5 et les stages plus ou moins heureux depuis son micro appart’ dans Paris à manger des nouilles et à prendre le menu pas cher au resto avec ses potes. Qu’il aille momentanément et affectueusement se faire foutre, lui et ses pizzas, aussi sympa qu’il soit. Au moins pour un temps, la haute autorité parentale est calmée, baigne dans la joie. Jusqu’à l’inévitable névrose d’après, la recherche de CDD, de CDI, tous ces trucs qui font que jamais ma mère ne sera satisfaite parce qu’elle est comme ça et que c’est à peu près normal.

Et encore, si elle savait que j’ai pas renoncé à écrire des livres dans la vie.
En plus, je veux dire.

751 – Happy Fun Time

Mercredi soir, quand je suis rentré chez moi, je n’ai pas allumé l’ordi. Je n’ai pas checké mes comptes mail, répondu à mes replies sur twitter ou suivi mes flux RSS. Non. Je suis rentré, j’ai jeté mon sac dans un coin avant d’allumer la Xbox. Pendant que Brütal Legend chargeait je me suis versé un petit verre de Pepsi Max. Tout ça pour profiter, tout seul, d’un moment rien que pour moi, tout seul ! Car s’il y a bien un truc pénible lorsque tu es célibattant stagiaire à peu près aux 35 heures, c’est le manque crucial de temps libre qui commence à se faire ressentir. Forcément ça fait un choc par rapport au rythme étudiant, où même en grande école élitiste on trouve toujours le temps de voir les gens, d’aller dresser du Kevin sur le Xbox Live ou de se faire un cinéma de minuit.

Pourtant on m’avait prévenu. Je veux dire, sur les forums des Internets j’ai lu des tonnes de messages de trentenaires se plaignant qu’ils n’arrivaient pas à suivre les sorties en jeux vidéo par manque de temps. Ou alors je croise de plus en plus de personnes qui m’avouent avoir possédé une carte de ciné Illimitée mais ayant résilié, parce qu’ils n’arrivaient même plus à les rentabiliser. Dans le dedans de mon fort intérieur, je m’étais juré que je ne me ferais pas avoir, que je continuerai à faire ce que je veux. Sauf que non en fait. La preuve pour me manager un peu de temps pour jouer à la Xbox il faut que j’éteigne tout le reste pour ne pas parler aux gens. Et les cinés, à force de promettre à machine ou connard que j’irai voir tel film avec eux, je me retrouve à y aller seul à 22h la veille de sa déprogrammation parce que mes camarades auront pas assuré.

Nous revoilà autour de l’éternelle question du passage à l’âge adulte et des compromis qui lui sont associés. Et le truc, c’est que je freine l’imminence de cet état de fait des deux pieds. Mentalement j’ai besoin de prendre du temps à faire ce qui me plait, ce dont j’ai envie, sinon ça ne marche pas. C’est pas neuf, ça date de toujours en fait. Je suis capable de me foutre une nuit de sommeil en l’air parce que je refus d’aller dormir sans avoir pris une certaine quantité de temps à jouer à un truc, a discuter avec une personne. Si je suis épuisé, tout le temps, c’est à cause de ça. C’est à cause de la conversation téléphonique que je n’abrège pas, c’est à cause de la « dernière » partie sur la Xbox avant d’aller me coucher. C’est à cause de mon psychorigidisme. Je vais donner cette note de blog à mon patron pour mon prochain retard.

Ou alors je peux toujours devenir journaliste/écrivain/critique à la maison rien que pour pouvoir jouer à Alan Wake dès le jour de la sortie sans personne pour m’emmerder. Ce qui constitue un idéal de vie comme un autre.

Demain, ciné again. On approche le 100ème film chroniqué. Je fear un peu.