J’avais quelques jours à tuer avant LA grosse sortie littéraire française de janvier. On m’a conseillé très fort d’en profiter pour lire Ask The Dust (traduit logiquement chez nous en Demande à la poussière). Le poche VF était au même prix que le numérique US. J’avais peur d’un texte écrit dans les années 30, mais j’ai opté pour la version originale. La bonne nouvelle c’est que ça se lit très facilement. La bonne surprise c’est l’introduction du roman par Bukowski. Pour Charles, l’auteur John Fante est un maître de littérature, et Ask The Dust une œuvre majeure qui l’a beaucoup influencé. Okay, pas de pression du tout.

A une époque on savait faire des couvertures classieuses. :3
Arturo Bandini est un très jeune écrivain en devenir qui vit dans une petite chambre d’hôtel à Los Angeles. Il est en retard sur son loyer, se nourrit d’oranges bon marché et a pour principale fierté la publication d’une seule nouvelle dans une revue. Alors qu’il oscille constamment entre la certitude d’être le futur roi du monde et l’angoisse d’être un raté, il tombé amoureux de la serveuse du café du coin. Immigrée mexicaine, amoureuse d’une autre, Camilla n’est pas la fille la plus simple à séduire. Mais Arturo est lui-aussi un numéro, et il n’en doute pas, il aura Camilla, qui est le nouvel amour de sa vie, qui lui inspirera un roman !
Bingo, puisque Demande à la poussière est un roman à clef, profondément autobiographique. Arturo Bandini est l’avatar de Fante et le suivra dans plusieurs de ses livres. Ask the dust est d’ailleurs le premier qu’il aura écrit. Et on y retrouve bien l’esprit fou de l’écrivain méconnu et incompris. Bandini est, pendant la quasi-totalité du livre, un sale con bipolaire. Il parle régulièrement de lui à la troisième personne, part dans des fantasmes complètement absurdes, se voit en surhomme, dépense le peu d’argent qu’il a et est odieux avec les femmes. Mine de rien, cela correspond à peu près au wannabe moyen de vingt piges qui a pas été assez baffé dans sa jeunesse. Etonnamment, Arturo deviendra raisonnable après la publication de son premier livre. Libération par le succès.

Le livre m’a surpris par sa capacité à suggérer le graveleux comme peu de livres de l’époque osaient le faire. Les personnages secondaires sont tous intéressants, les femmes (bien que folles) ont de véritables personnalités. Niveau style, c’est un peu fou, on passe de Je à Il plusieurs fois dans le même paragraphe, ça s’exclame beaucoup, mais c’est du coup très vivant. Je craignais l’anglais un peu daté. Il n’en fut rien, ou si peu. Sur le fond c’est amusant comme Ask The Dust peut être comparé à Martin Eden. Dans les deux cas on a le roman autobiographique d’un auteur qui veut réussir pour plaire à la femme de ses rêves. Sauf que Martin est humble et noble tandis qu’Arturo est prétentieux et sale. Du coup je prends que le livre de Fante puisse séduire l’écrivaillant un peu rageux, pour qui la certitude d’être à la hauteur est le moteur principal de ses efforts.
J’ai bien aimé. Ça se lit assez facilement et y’a plein de petites choses à grignoter dedans, surtout dans le rapport aux femmes et tous les détails de l’époque. L’écrivaillant pourra aussi en tirer quelque motivation. Ce qui est toujours ça de pris.
BUY STAGE !!!