931 – Book Review 154

Je suis en plein revival de mes années Japon. Depuis des mois me revient l’époque où je tentais d’apprendre la langue. Tout comme l’envie me prend d’aller voir là-bas si j’y suis, pas pour des vacances, mais pour un moment. Alors en attendant je scrute. Et quand j’entends parler en bien d’un livre une fois, deux fois, trois fois, je finis par me pencher dessus. C’est le cas de Tokyo Vice, l’autobiographie de Jake Adelstein, américain devenu journaliste pendant plus de dix ans dans un des plus grands quotidiens du Japon. Préposé à la rubrique criminelle, il s’est fait autant d’amis dans la police que chez les yakuzas, et bien entendu quelques ennemis. Il est aussi rédacteur un chef d’un site qui développer ses anecdotes d’étranger au Japon et est intervenu à ce titre plusieurs fois sur le site de jeux video Kotaku, principalement pour donner l’avis des Yakuzas sur le jeu PS3 Yakuza. A force de revoir passer le bonhomme, j’ai pris son bouquin.

Jake commence son histoire par la fin, dans les années 2000. Il s’est retrouvé dans un bar, face au bras droit d’un grand chef mafieux. Le yakuza le menace, il en sait beaucoup trop sur le patron et s’il continue à fouiner dans ses affaires, il va risquer à la fois sa vie et celle de ses proches. En attendant de décider s’il doit quitter le pays ou tout risquer pour le scoop de sa vie, Adelstein se remémore ses premières années au Japon. Il se souvient de son arrivée et du concours de journalisme pour intégrer le prestigieux Yomiuri. Contre toute attente le voilà qui réussit l’épreuve et intègre une petite équipe de banlieue. C’est là qu’il fera ses armes, à couvrir des affaires de mœurs, des suicides ou des petits larcins. Sa ténacité et son culot le propulseront de nouveau à la capitale, où il sera assigné aux affaires de banditisme, mafia et trafic sexuels. Un milieu rude, qui remettra en question beaucoup de ses préjugés et pourrait bien le pousser à compromettre ses principes. Sans parler des menaces de mort et autres intimidations musclées.

Le livre est épais, mais passionnant de bout en bout. Après l’introduction qui sert à situer le contexte et créer le suspense, la première partie fonctionne comme une suite de nouvelles. Chaque affaire couverte par le quotidien est l’occasion de lever le voile sur un pan de la culture et la société Japonaise tout en résolvant une petite intrigue. La seconde partie du livre est plus continue, et homogène avec des personnages qui vont et viennent ainsi que des affaires qui durent de plusieurs mois à plusieurs années. Les descriptions des réseaux mafieux et du business du sexe à Tokyo sont fascinantes. Adelstein insère juste ce qu’il faut de sa vie privée et de son propre ressenti pour que l’on s’investisse dans son « personnage ». Car s’il n’existait pas des preuves tangibles que tout ceci est vrai (des coupures de presse et rapports sont disponibles sur le site de l’auteur) j’aurais aisément pu croire que je lisais une œuvre de fiction, une œuvre bien écrite et très prenante.

Si vous aimez la culture underground, le Japon, le journalisme, les affaires criminelles, la mafia, vous DEVEZ lire Tokyo Vice. Ça faisait longtemps que je n’avais pas été autant absorbé par un livre et bien qu’il m’ait duré un bon moment, j’aurais aimé qu’il soit deux fois plus épais. Du très bon matos, qui devrait être indispensable pour une bonne partie des curieux.

Hé la France ! Traduit le maintenant !

MUST BUY STAGE !!!

Meilleur prix sur Book Depository : 9€31 fdpin

Prix Kindle : 9,29$ (soit encore 3,75$ d’économies)

882 – Book Review 146

Y’a des bouquins, comme ça, où je suis persuadé que tout le monde l’a lu sauf moi. C’est un peu ce qui s’est passé avec Freakonomics. Le livre est sorti en 2005 et bien que je ne l’avais jamais tenu entre les mains, j’avais le titre en tête. Je croyais me souvenir d’un battage médiatique, de l’effet best seller, des gens qui m’en parlaient ou le citaient dans des conversations. Puis ce mois-ci j’ai regardé la bande annonce du film. Concept : les mecs ont engagé une demi-douzaine de réalisateurs de documentaires (genre Morgan Spurlock et cie) pour créer de courts sujets en lien avec le livre. Cool story. Du coup, motivé par le très faible prix de la dernière réédition de Freakonomics et parce que j’allais avoir plein de temps libre dans la Drôme, j’ai décidé de me faire mon propre avis et de rattraper ce petit retard de culture générale.

Le livre est écrit en tandem par un économiste et un journaliste. Leur postulat de base est que les individus agissent en fonction de la récompense qu’ils peuvent obtenir vis-à-vis de la sanction encourue. Partant de ce principe ils se mettent en quête de sujets un peu sexys, du genre est-ce que les agents immobiliers vendent leurs maisons plus chère que celles de leurs clients, ou bien encore est-ce que les sumotoris trichent en tournoi, et appliquent leur théorie à l’aide de données. Plein de. Plus que d’économie il est surtout question de statistiques et de comment les nombres révèlent un tas de choses. Le but du jeu est de prouver que les lieux communs ont parfois tort, que les causes et de conséquences que l’on imagine ne sont pas toujours liées. Beau message de fin de livre, qu’il faut se poser un tas de question et garder l’esprit ouvert.

Dans les faits, Freakonomics se lit super bien. En grande partie grâce à l’écriture journalistique, qui coule bien et permet au texte de rester à un niveau relativement neutre. Des dizaines de pages sont consacrées à des tableaux de nombres, de noms ou autres données collectées dans d’autres sources. A la fin du livre on trouve une horde de références pratiques pour appuyer les dires des auteurs. La dernière édition inclue en rab’ des articles de presse en lien avec le livre ainsi qu’un certain nombre d’ajouts ou erratas. Tous les sujets abordés ne seront pas aux goûts de chacun mais il y a de quoi faire. On n’apprendra pas de trucs profondément bouleversants et le lecteur n’en ressortira pas mieux armé pour affronter la complexité du monde, juste enrichi en anecdotes cocasses et potentiellement plein de questions.

Bien entendu, les critiques ont fusé en cinq ans. D’autres experts ont brisé le bouquin, le considérant comme un ramassis d’approximations peu scientifiques. Je n’irai pas jusqu’à prétendre qui à raison. Tout ce que je sais, c’est que j’ai lu Freakonomics à toute vitesse, captivé par pas mal de trucs, la plupart d’entre eux semblant plutôt solide. Pour une fois, la hype n’a pas menti. C’est de la bonne came. Plus qu’à trouver le temps et l’argent d’investir dans la suite sortie en octobre dernier : Superfreakonomics.

TRAILER STAGE !!!

818 – Book Review 137

Je suis un mouton. Enfin non, je suis un mec plein de personnalité qui s’est retrouvé face à une absence totale d’idées pour commander ma dernière cargaison de bouquins. Du coup j’ai érré dans les Amazons du monde entier. Partout je tombais sur ce bouquin : Les Imperfectionnistes. Meilleur roman d’avril 2010 d’après Amazon.com (qui s’est pour l’occasion fendu d’un podcast avec l’auteur sur la page produit), une tuerie, plus de cent commentaires en un mois pour une moyenne de 4/5. C’était court, et même si ça sentait le recueil de nouvelles j’aime bien faire partie du troupeau. Histoire d’avoir un avis au cas où on me le demande. Puis le roman est déjà vendu dans dix pays alors qu’il sort à peine. Beau tour de force pour son auteur, Tom Rachman, à peine trentenaire et des cacahuètes. The Imperfectionists est son premier livre.

Couverture US

Les imperfectionistes sont la galerie de personnages qui peuplent la rédaction et l’entourage d’un quotidien international en langue anglaise basé à Rome. Le livre est composé d’une dizaine de nouvelles qui adoptent chacune le point de vue d’un unique protagoniste : le correspondant parisien qui pour la première fois invente un article, la rédactrice en chef névrosée qui découvre la liaison de son mari, la lectrice psychorigide qui tient à lire chaque nouvelle édition de A à Z quitte à avoir des années de retard sur l’actualité etc… Il est à la fois question de l’état de la presse dans le monde, du devenir du quotidien mais aussi des petits tracas de l’existence puisqu’on y parle sexe, mortalité, adultère, névroses ou par exemple encore solitude. Entre chaque nouvelle quelques pages racontent l’histoire du journal, de sa création jusqu’au présent. Le tout s’acheminant vers une conclusion relativement logique qui lie le tout.

Couverture UK (ma mienne à mouah)

Ce qui me vient à l’esprit ce soir où je viens de boucler in extremis le roman pour vous en parler, c’est l’impression d’avoir lu un truc super populaire, mais écrit avec intelligence. Le style est propre et soigné, sans fioritures, et le livre parle de banalités de la vie. Un peu comme du Gavalda, sauf que ça ne serait pas nivelé vers le bas. Les sentiments sont justes et par ci par là Rachman s’amuse à disserter en sous texte sur le métier de journaliste ou bien resitue des détails de l’histoire de la seconde moitié du siècle. Le bonhomme étant, forcément, journaliste et correspondant à l’étranger dans la vraie vie. On sent la véracité des anecdotes et une passion pour le métier au travers de chaque nouvelles. A ce propos, les personnages se croisent tellement d’une nouvelle à l’autre et l’ensemble étant lié par le fil rouge de l’histoire du journal, il est presque plus logique de parler de roman. Un roman chorale quoi.

Couverture Australienne

The Imperfectionists est comme un film français chiant avec plein de personnages, mais sur papier, qui se passerait dans un quotidien à rome au lieu d’une cuisine parisienne, et en intéressant. Tout ça pour dire que ouais, c’était vraiment bien. Bonne surprise. Le troupeau avait raison. Je lui colle (pour cette fois) le « Le Reilly’s Seal Of Trop La Classe ».

Demain, une lettre ouverte.