809 – MOAR

La semaine dernière je publiais un article sur American Psycho. Je l’avais envoyé à une fille par mail, elle était curieuse. C’est franchement pas mal, qu’elle m’a dit, mais c’est un peu court, ça manque de profondeur. L’article faisait déjà un paragraphe de plus que d’ordinaire. Piqué à l’égo, j’ai répliqué que de toute façon j’allais le relire hein, je veux dire je vais arranger ça. En plus, en vrai j’avais corné des pages sur mon bouquin, souligné des répliques, entouré des passages au Staedler dans le métro. Si je voulais je pouvais approfondir, chercher plus de contexte, lire des interviews d’Ellis, des analyses de profs. Prendre le temps de faire un papier pro et glorieux. Puis mardi soir je sortais de la piscine, après être allé à l’école rendre un brouillon handicapé de mémoire. Je me suis retrouvé face à mon article à publier, à repenser à tout ça, les muscles endoloris, les yeux rouges. Puis j’ai simplement dit fuck it. J’ai publié tel quel.

J’ai déjà comptabilisé le temps que me prends une note de blog par jour (entre 60 et 90 minutes). Tout ça à l’œil of course, pour les vôtres, de oeils. A partir de là je ne peux simplement pas me permettre non plus de produire des trucs de fou furieux. Parfois si, attention, comme la note 800, qui comptabilise trois fois plus de mots pour quatre fois plus d’images que la moyenne. La note aura été posée comme ça, l’air de rien, un weekend. J’aurais pu la laisser trois jours, faire du proratta quantité/qualité/temps d’exposition. Mais j’aime mes règles du jeu, un jour une note. Même si c’est la merde. Même si ce soir je vais sûrement veiller pour terminer la lecture du livre dont je veux vous parler mercredi. Je pourrais changer, poster moins souvent, poster mieux, ne pas être borné. A mes yeux, la contrainte est cool, c’est une vision du format blog. Et puis, quand bien même j’aurais le temps et l’énergie de produire des articles pros, je ne le ferais pas.

Techniquement j’ai de bonnes bases en journalisme. J’ai eu des putain de cours de journalisme (okay, c’était à la fac but, still), j’ai une putain d’expérience de journaliste (okay, c’était sur le web but, still) et je pense être capable de sortir un vrai bon papier s’il le faut. Seulement, ça me fait mal aux fesses de le faire à l’œil. C’est mon côté méritocrate, entre la croyance que tout travail mérite salaire (les followers twitter ça paie pas les jeux Xbox) et qu’il y a une différence entre journaliste et bloggueur. Bosser plus pour gagner pareil ? Faut pas déconner. Alors ouais, quelques minutes après la publication de ma note sur American Psycho, un fan du livre me tombe dessus car malgré les points justes de mon analyse, elle est parcellaire, bordélique et tellement superficielle. Je sais qu’il a raison. Je sais que j’aurais pu pousser et pondre un vrai truc. Au final j’ai juste fait un compte rendu à chaud, et j’ai répondu à une question simple : j’ai trouvé ça bien ou pas ? Le fond de ma pensée, c’est que pour une note de blog, c’est déjà pas mal.

Ce blog restera toujours pour une bête étrange, paradoxe mutant qui dors entre deux internets. C’est un plaisir, c’est une contrainte. A ce titre, si je ne pose pas les limites, je finirai par me faire bouffer tout cru, finir épuisé, vidé et régurgité, incapable de m’y remettre. Bien sûr j’aimerais pondre des trucs de beau gosse de temps à autre. Ca me tourne dans le crâne. J’aimerais. Ce qui est certain, ce qu’à ce moment, ce ne sera pas ici.

La bonne nouvelle, c’est que grâce à ces limites, vous aurez une nouvelle note demain.

STEA… PAY THAT PITCH !!!

Hey ! La presse culturelle de branleurs, Inrocks, Tech, Cronic et autres Snatch ! Le journaliste gonzo c’est pas seulement aller boire de la bière avec des néo-nazis, c’est aussi le frisson littéraire. Je serais rédacteur en chef d’un mag’ comme ça, je paierais avec du vrai argent un vingtenaire de la génération Y pour lire American Psycho, creuser le sujet et se confronter à son entourage au fur et à mesure qu’il remonter aux racines du mythe et en palpe l’héritage à travers sa propre vision des choses et celles de ses interlocuteurs. Ca ferait un putain de papier, facile 2/3 pages, en combo avec la sortie d’Imperial Bedrooms à la rentrée, ou pour les 20 ans du livre l’année prochaine. Et perso, j’aurais envie de lire ça. Je mettrai même de la thune dedans.
Je dis ça je dis rien. C’est pas comme si j’avais pas déjà fait la moitié du boulot et que j’étais pas joignable.

805 – Enter The Void

Le problème, quand tu bosses (enfin quand tu stagiaires) comme Community Manager, c’est que tu passes ta journée entière sur Internet. Comme dans tous les autres boulots de bureau en somme, sauf que là t’es forcé, t’es obligé, c’est ton putain de job. Alors tu lis tous les commentaires de ton site, tu animes les forums, les facebooks, les comptes Twitter. Entre deux vrais morceaux de trucs utiles, tu vas lire du blog, du journalisme gratuit, les journaux intimes des gens. Parce que, ouais, t’es sur l’internet de toute façon, et que ton propre article du lendemain est déjà dans la boîte depuis onze heures du mat’ (première pause café). Et là tu te dis que finalement, t’es bombardé d’informations, tu absorbes de la matière toute la journée et que tu deviens de ce fait quelqu’un de meilleur, quelqu’un qui sait, quelqu’un qui a appris des choses. Sauf que sur l’internet, y’a pas grand chose, principalement le vide.

Je ne lis que très peu de blogs, pour la simple et bonne raison qu’il y en a bien peu qui sont dignes d’intérêt quand tu n’es pas « pote » avec la personne en face. La folie des blogs BD s’est calmée, il reste les bons, et finalement ça pèse pas bien lourd au milieu des énièmes clones de Penelope. J’ai l’impression de nager dans une gigantesque piscine de duplicate content, la copie d’une copie d’une autre copie. Le problème, c’est que la plupart des infos qui m’intéressent, je les chope à leur source, sur les sites « pros » qui publient les news au départ. Alors quand je vois le lien circuler sur Twitter, c’est trop tard, et quand je vois la news reprise, régurgitée de travers sans être comprise sur un blog, j’ai juste envie de me flinguer. Les gens qui utilisent leur compte twitter pour balancer du lien, faire suivre des articles et des retweets, comme s’ils étaient une succursale bas de gamme de l’AFP, s’étonnent que je ne les suive pas. Maintenant ils savent pourquoi.

Pendant ce temps on a des moches qui parlent de cul avec des gros mots pour susciter l’intérêt et exister. Au même moment les modasses-pouffiasses redoublent d’efforts pour ne pas être intéressantes, de peur que la part de gens pas d’accord avec leurs éventuelles prises de postions ne décroissent leurs précieuses statistiques. Miroir aux alouettes. Un peu comme le marketing sur les blogs. Avant, je refusais les billets sponsos parce que dans la majeure partie des cas je trouvais les opérations pathétiques. Maintenant je suis à peu près convaincu que les retombées concrètes pour le client sont quasi nulles, que ça ne sert à rien. Mais comme on a construit des entreprises autour, on continue à brasser du vent. Mieux vaut pomper et qu’il ne se passe rien plutôt que ne pas pomper et qu’il se passe quelque chose. Au moins dans l’espace, y’a de la matière noire au milieu du vide. Sur l’internet, y’a que du vide. Sinon, c’est le vrai monde dehors. Et le vrai monde, il va chez le coiffeur, déjà.

Je suis fatigué de faire le tri, de chercher la matière noire de l’internet. C’est épuisant. Beaucoup plus que d’essayer de participer constructivement (faire des articles avec des mots, qui ne parlent pas que de marketing, de cul ou de téléphone déjà dépassé, être sympa, ne pas mentir, ne pas comploter, être de la matière). Déjà que j’avais la flemme de me créer une personnalité web, un pseudonyme mystérieux, de jouer le jeu de dupe où l’on aurait collectivement halluciné que tout ça, c’est qualitatif, cool et hype. Vous savez ce qui est hype ? Le remake en HD de Earthworm Jim sur ma Xbox hier. Ca avait le goût de la nostalgie, le bling d’une peinture refaite à neuf et j’ai perdu, parce que le jeu est hardcore, il n’est pas prémaché, revomis en flash avec une difficulté de lopettes. Hier j’ai joué à Earthworm Jim HD, et j’avais coupé l’internet. En entier. Le temps d’une partie. Je me suis du coup demandé, pendant les temps de chargement, ce que j’allais faire dans le vrai monde. A part me couper les cheveux.

La bonne nouvelle, c’est que si vous êtes en train de lire cette fin d’article, c’est qu’avec un peu de chance j’aurais été quelques particules de matière noire au milieu du néant. Et c’est déjà pas mal. Entre ça et les belles rencontres, les quelques pépites, je crois que je vais rebrancher mon câble ethernet. Mais après ma partie d’Earthworm Jim.

ALTERNATE NOTE STAGE !!!

Sinon j’aurais pu économiser 750 mots en faisant une note de blog d’une ligne pour dire la même chose : “J’ai besoin de vacances”, mais ça aurait été moins marrant.

795 – 24Hr Post

En voilà un projet sexy ! C’est ce que j’ai immédiatement pensé le mois dernier lors de l’annonce sur projet 48hr magasine. Une bande mecs un peu fous autour d’une grosse table ont eu une idée : créer un magasine en deux jours chronos en comptant sur la motivation des internautes. Après l’annonce du thème, n’importe quellle personne où qu’elle soit pourra envoyer un article, une interview, de la fiction, des dessins, des photos, un tweet ou autre pendant vingt-quatre heures. Ensuite une équipe rédactionnelle réduite aura le même laps de temps pour sélectionner, mettre en page et envoyer le PDF final à l’impression. Le magasine bouclé, il sera dispo sur un site d’impression à la demande. Tout l’argent récupéré devrait servir à financer en partie un No2 et payer tous les contributeurs à parts égales. Forcément, je m’étais inscrit au twitter, à la newsletter, au RSS du blog, la totale. Dans la nuit du vendredi à samedi prévu, à minuit, le thème tombait : Hustle.

Pas de couverture haute-def' du mag, alors je vous mets le poster de Hustle & Flow à la place.

Nous voilà face à un des rares mots anglais qui ne possède aucun équivalent en Français. Le verbe hustle désigne les petites arnaques, les combines, les escroqueries, mais ça peut aussi faire référence à la prostitution (« hustlin ») ou à la simple frénésie d’une rue bondé difficile à naviguer. Hustler, c’est un état d’esprit, un truc tellement compliquer à définir que je me suis laissé emporter dans d’autres trucs ce samedi là et que j’ai manqué le coche, malgré quelques débuts d’idées. 48Hr Magasine se serra allègrement passé de moi, avec plus de 1500 contributions pour finalement 75 places à prendre une fois la revue maquettée. Comme prévu, après deux jours sans dormir la petite équipe aura uploadé un PDF sur le site MagCloud, qui livrait les premiers exemplaires dans les jours qui ont suivi. Enfin, sauf à moi, vu que j’habite ni aux UK ni aux US.

J’ai finalement du me rabattre, deux semaines après la guerre, sur un exemplaire en PDF. Ce qui est certes mieux que rien et pas si cher que ça (moins de 4€ pour 58 pages chez Lulu). Bon, la maquette est ultra minimaliste, pour ne pas dire inexistante mais ça a le mérite d’être aéré (hypocrisie). Léger manque d’habillage mais c’est un prémier numéro. Au niveau des articles des plumes pro se confondent avec les anonymes et avec la largeur du sujet il y en a pour tous les goûts. On passe de Haïti à un graphiques sur le taux horaire moyen des prostituées avec un texte sur les arnaques à la carte bleue au milieu. Les articles sont presque trop éclectiques si bien que je n’ai pas tout lu, même si en regardant bien on tombe sur de jolies perles comme ce témoignage sur les marchands d’une ville au Vietnam qui offrent des bracelets aux touristes a chaque achat pour permettre aux collègues d’identifier ceux qui dépensent dans la rue.

Au niveau de l’expérience en elle-même, 48Hrs Mag est une vraie réussite. Motivation et crowdsourcing font des miracles ! Nous ne sommes pas au niveau d’un magasine classique pro, mais les 58 pages recelent quelques perles qui en valent la peine. Tout ceci tendant à prouver que grace aux Internets il est possible de repousser les limites d’un medium, d’explorer de nouvelles façons de faire. A titre personnel j’ai vraiment hâte de voir se faire le second numéro de 48Hr Mag. Qui sait, à ce moment là j’arriverai peut-être à leur proposer un truc.

Demain, bouquin kikoolol.