La semaine dernière je publiais un article sur American Psycho. Je l’avais envoyé à une fille par mail, elle était curieuse. C’est franchement pas mal, qu’elle m’a dit, mais c’est un peu court, ça manque de profondeur. L’article faisait déjà un paragraphe de plus que d’ordinaire. Piqué à l’égo, j’ai répliqué que de toute façon j’allais le relire hein, je veux dire je vais arranger ça. En plus, en vrai j’avais corné des pages sur mon bouquin, souligné des répliques, entouré des passages au Staedler dans le métro. Si je voulais je pouvais approfondir, chercher plus de contexte, lire des interviews d’Ellis, des analyses de profs. Prendre le temps de faire un papier pro et glorieux. Puis mardi soir je sortais de la piscine, après être allé à l’école rendre un brouillon handicapé de mémoire. Je me suis retrouvé face à mon article à publier, à repenser à tout ça, les muscles endoloris, les yeux rouges. Puis j’ai simplement dit fuck it. J’ai publié tel quel.

J’ai déjà comptabilisé le temps que me prends une note de blog par jour (entre 60 et 90 minutes). Tout ça à l’œil of course, pour les vôtres, de oeils. A partir de là je ne peux simplement pas me permettre non plus de produire des trucs de fou furieux. Parfois si, attention, comme la note 800, qui comptabilise trois fois plus de mots pour quatre fois plus d’images que la moyenne. La note aura été posée comme ça, l’air de rien, un weekend. J’aurais pu la laisser trois jours, faire du proratta quantité/qualité/temps d’exposition. Mais j’aime mes règles du jeu, un jour une note. Même si c’est la merde. Même si ce soir je vais sûrement veiller pour terminer la lecture du livre dont je veux vous parler mercredi. Je pourrais changer, poster moins souvent, poster mieux, ne pas être borné. A mes yeux, la contrainte est cool, c’est une vision du format blog. Et puis, quand bien même j’aurais le temps et l’énergie de produire des articles pros, je ne le ferais pas.

Techniquement j’ai de bonnes bases en journalisme. J’ai eu des putain de cours de journalisme (okay, c’était à la fac but, still), j’ai une putain d’expérience de journaliste (okay, c’était sur le web but, still) et je pense être capable de sortir un vrai bon papier s’il le faut. Seulement, ça me fait mal aux fesses de le faire à l’œil. C’est mon côté méritocrate, entre la croyance que tout travail mérite salaire (les followers twitter ça paie pas les jeux Xbox) et qu’il y a une différence entre journaliste et bloggueur. Bosser plus pour gagner pareil ? Faut pas déconner. Alors ouais, quelques minutes après la publication de ma note sur American Psycho, un fan du livre me tombe dessus car malgré les points justes de mon analyse, elle est parcellaire, bordélique et tellement superficielle. Je sais qu’il a raison. Je sais que j’aurais pu pousser et pondre un vrai truc. Au final j’ai juste fait un compte rendu à chaud, et j’ai répondu à une question simple : j’ai trouvé ça bien ou pas ? Le fond de ma pensée, c’est que pour une note de blog, c’est déjà pas mal.

Ce blog restera toujours pour une bête étrange, paradoxe mutant qui dors entre deux internets. C’est un plaisir, c’est une contrainte. A ce titre, si je ne pose pas les limites, je finirai par me faire bouffer tout cru, finir épuisé, vidé et régurgité, incapable de m’y remettre. Bien sûr j’aimerais pondre des trucs de beau gosse de temps à autre. Ca me tourne dans le crâne. J’aimerais. Ce qui est certain, ce qu’à ce moment, ce ne sera pas ici.
La bonne nouvelle, c’est que grâce à ces limites, vous aurez une nouvelle note demain.
STEA… PAY THAT PITCH !!!
Hey ! La presse culturelle de branleurs, Inrocks, Tech, Cronic et autres Snatch ! Le journaliste gonzo c’est pas seulement aller boire de la bière avec des néo-nazis, c’est aussi le frisson littéraire. Je serais rédacteur en chef d’un mag’ comme ça, je paierais avec du vrai argent un vingtenaire de la génération Y pour lire American Psycho, creuser le sujet et se confronter à son entourage au fur et à mesure qu’il remonter aux racines du mythe et en palpe l’héritage à travers sa propre vision des choses et celles de ses interlocuteurs. Ca ferait un putain de papier, facile 2/3 pages, en combo avec la sortie d’Imperial Bedrooms à la rentrée, ou pour les 20 ans du livre l’année prochaine. Et perso, j’aurais envie de lire ça. Je mettrai même de la thune dedans.
Je dis ça je dis rien. C’est pas comme si j’avais pas déjà fait la moitié du boulot et que j’étais pas joignable.





