Un livre, à la base, n’a pas que le prix qui soit unique. Lui-même, en tant qu’objet, l’est tout autant. Quand on achète un roman, nous n’avons pas le choix de plusieurs fabricants, plusieurs qualités de papier, plusieurs éditions. Non, un bouquin, c’est égalitariste (sauf pour les acheteurs d’occasion). Enfin c’était, puisque le livre numérique a inventé les différents modèles de liseuses, et les différentes façons de s’approvisionner. Et qui dit différence, dit préférence.
Les fanboys sont prêts.

Par exemple, je préfère mon Kindle à tous les autres modèles de liseuses électroniques (plus fin, plus petit, plus d’autonomie) et je préfère Amazon à tous les autres marchands de livres numériques (plus de services, plus d’applications). C’est un avis qui n’engage que moi et correspond à mes propres besoins. Je peux comprendre qu’un possesseur d’iPad n’ait pas envie de doubler avec un eReader. Tout comme il m’arrive de conseiller la concurrence à des amis qui ont d’autres priorités. Pourtant, j’ai été amené à croiser d’autres utilisateurs de liseuses dans le métro, et à les prendre intérieurement de haut.
AH AH AH BANDE DE TOCARDS VOUS AVEZ PAS DE GOUT AVEC VOTRE FNACBOOK DE MERDE !
Ceci est un comportement prodigieusement méprisable, quand bien même il est mien. Comme disait la célèbre pub anti hooligans : on n’a pas la même équipe, mais on aime tous le même sport. Le livre à le super pouvoir de ne pas être altérable suivant son support. Un film est moins bien en DVD qu’en Blu Ray, un album musical est moins bon avec un casque premier prix que des enceintes de luxe. Du texte, c’est du texte. Sa qualité ne peut pas être diminuée par le support. Prétendre le contraire est un bon moyen de repérer les crétins. Car au final, peu importe le modèle de liseuse, on lira tous un roman identique. Alors comment se fait-il que le fanboy en nous se mette à mépriser son prochain ?
On trouvera plein d’études behavioristes qui expliquent que l’on n’achète pas une marque parce qu’on l’aime, mais le contraire. J’aime Apple parce que j’ai acheté un Mac un jour et que je dois rationaliser intellectuellement la dépense. Dans le même ordre d’idées, j’ai dépensé 100 euros pour acquérir un Kindle et près de 500 euros de livres chez Amazon. Je suis obligé d’aimer mon appareil et ma boutique plus que de raison, puisqu’ils m’ont tant coûté et que changer de camp implique un “gâchis” monétaire. Plus tu investis dans quelque chose, plus c’est difficile d’admettre que tu peux avoir tort.

De la même manière que les utilisateurs de Spotify méprisent les abonnés Deezer (et inversement), la différents modèles de liseuse ont déjà commencé à créer des clans (Tablette VS Papier VS eReader). Le livre n’est plus un objet unique au prix unique. Sa consommation passe par un outil que l’on aura dû préférer avant d’acheter. Tout se complique. Nous ne sommes plus égaux devant la consommation de littérature.
Maintenant, quand je croise un compatriote du numérique, je ferme ma bouche mentale bien fort. Le gars ou la nana lit un livre, on est frère de culture, liés par le texte, et non par le matériel. C’est tout ce qui doit compter.
Même s’ils ont tor… NON ! VILAIN LE REILLY !!!

