997 – Pushing It

Je suis sur le point de finir Dance Central. Vous savez, le jeu de danse pour Kinext sur Xbox 360, bah je suis à la fin. C’est-à-dire qu’il ne me reste plus que le défi ultime à boucler : à savoir enchaîner un medley de l’intégralité des trente et quelques chansons du jeu. D’un coup. Ca m’aura pris vingt-cinq heures, en un mois, pour en arriver là. Il n’y aura que deux jeux sur lesquels j’aurais passé plus de quinze heures cette année : Final Fantasy XIII et Dance Central. C’est presque une heure par jour. De la véritable boulimie qui m’a infligé des tonnes de courbatures, m’a fait suer comme un bœuf et a fini par me mettre mal vis-à-vis de mes voisins. Alors quand on me dit que Kinect, et les jeux de danse, c’est pour les joueurs occasionnels, les casuals, ça me fait doucement rigoler. Mais pas trop, à cause des courbatures.

 

HEY LE GRAPHISTE ! TU PEUX ME RENDRE MA DIGNITE ?

En fait je crois que j’ai abordé le jeu avec une mentalité hardcore gamer. Chaque morceau à danser est un niveau. Pour passer au suivant je dois d’abord éclater celui en cours. Je me suis interdis d’aller taquiner la chanson d’après tant que j’avais pas fait péter les cinq étoiles (80% des mouvements réussis) au moins en facile et normal. Quand je sentais que c’était possible j’allais défoncer le mode hard (j’en ai passé plus des deux tiers sur la totalité de la tracklist), celui avec jusqu’à trente pas différents sur le même titre, avec les carrés jazz, les 360° et toutes ces saloperies. Peu m’importais que j’aime la chanson ou pas. Tout comme je peux détester un niveau dans un jeu normal, un shoot ou de la plate forme, je peux pas le sauter dans un jeu normal, alors je ne le saute pas là. Névrose, obsession ou sacerdoce, toujours est-il que j’ai éclaté toutes les chansons du jeu.

Rarement j’avais autant pris mon pied sur un jeu, à démonter les mécanismes, à m’habituer à la logique interne. Parce que sorti du mode facile, impossible de se jeter sur une chanson sans un bon quart d’heure de préparation (le plus gros mensonge marketing de Dance Central : le jeu est tout SAUF accessible). Au début j’ai galéré, passant parfois plus d’une heure sur la même chanson (record sur Push It, jouée 28 fois) pour rentrer le petit mouvement en plus pour faire briller la cinquième étoile. Sur la fin je trouvais le jeu presque trop simple, les nouveaux pas rentraient beaucoup plus vite, j’arrivais à mieux les enchaîner entre eux. Surtout, je me suis détendu, étant moins rigide sur mes pieds à faire des mouvements brusques. Le pied total que de maîtriser assez une chanson pour être souple, onduler dessus, se prendre au jeu.

Pour ceux qui se demandent, ouais, ça t’apprend (un peu) à danser. Disons que la dernière soirée à laquelle j’ai assisté, j’ai pu buster des moves un peu moins ridicules que d’habitude. Enfin, ça rend malheureusement pas moins timide, j’étais toujours traumatisé. Tout seul, au milieu de ma nuit, devant ma TV, c’était mieux.

Tout ça pour dire que Dance Central est une tuerie cosmique. Et que je suis un hardcore gamer. Et que si j’ai pas encore attaqué le medley de la mort, c’est parce que j’ai pas envie de finir le jeu.

MOAR !!!

979 – Hey Mister DJ

Bonsoir,

Pourriez-vous, s’il vous plait, écouter votre musique un peu moins fort, (à partir de 22h00) car celle-ci nous empêche de dormir. Vous seriez bien aimable.

Merci beaucoup.

Voilà ce que j’ai trouvé manuscrit sur une feuille volante, scotché sur la porte de mon studio alors que je rentrais de chez une amie. Joie. Dans la liste de ce que j’apprécie moyen : le fait que ce soit anonyme (pour le courage et la communication), le fait que ce soit sur ma porte au lieu de dans ma boîte aux lettres (pour l’humiliation publique) et le fait que ce soit un poil méprisant dans le vocable (pour me motiver à faire un effort). C’est donc la première fois qu’on se plaint ouvertement de quoi que ce soit me concernant dans mon immeuble en presque trois ans. J’ai rien contre faire un effort, mais vu la manière dont ça a été demandé, mon premier réflexe serait plutôt de monter un peu plus le volume.

Faut savoir que j’ai dû vivre une enfance/adolescence sans trop de bruits. A Lyon la maison est super mal isolée et la guerre avec les voisin quasi permanente. Dès qu’on monte un peu trop la radio, y’a retour de son de la part de la TV d’en dessous. Dans le même ordre d’idées, interdit absolu de sauter. Quand j’étais môme pour pas vriller le tourne disque (ON NE SAUTE PAS PENDANT LE DISQUE) et adulte parce que parquet qui grince et gens un étage plus bas. Une fois ado, je pouvais crever pour avoir le droit d’écouter de la musique dans la salle de bain. On ne dérange pas l’ours pendant son café sous peine de gueulante. Bien des années plus tard, sur Paris, chez l’ex-femme de ma vie, on entendait les voisins ne serait-ce que parler entre eux. Quand je jouais à Guitar Hero, c’était donc proche de l’air guitar niveau débit sonore. D’où une certaine frustration globale et un lâchage depuis mon nouveau chez moi.

Bon, ces deux dernières semaines c’est pire. J’en conviens. J’en ai beaucoup parlé sur Twitter, pas du tout ici, mais j’ai acheté Kinect pour ma Xbox. Parce qu’en poussant mes meubles et en orientant la TV en diagonale j’ai pile la place devant ma kitchenette pour jouer à Dance Central. Et bordel ce que j’ai squatté le truc. Pendant dix jours j’ai fait d’une à deux heures tous les soirs après minuit, le volume bien à fond, en sautant, tapant dans les mains et tout ce que tu veux. Je m’en fous, mon appart est accoudé à un couloir et au-dessus d’un kebab. Bon, il s’avère qu’en fait ça doit s’entendre (peut-être au-dessus) d’une façon ou d’une autre. Mais merde j’ai mérité ! Si ça se trouve mon prochain appart je pourrai même pas ne serait-ce que rêver de sauter sans éclater mon plancher. Même si, dans le fond, je sais à quel point ça peut être lourd, un voisin qui abuse un peu sur le volume global de sa consommation sonore.

En vrai, j’ai fait un début d’effort. Pas parce que je culpabilise, pas parce que je veux rendre service. Pour ça y’aurait fallu un mot signé et poli discrètement mis dans ma boite aux lettres. Non, juste parce que je sais que je vis dans un immeuble de taré, où on pisse dans l’allée, on vole des colis et où ça hurle dans des langues bizarres au milieu de la nuit dans le couloir. Et que j’ai vu assez d’émissions de Julien Courbet pour savoir jusqu’où l’escalade entre voisins peut monter. Still, immeuble de merde.

(Oh et je vous défonce tous à Dance Central)

972 – One Fine Day

Samedi je me suis réveillé à quatorze heure trente. J’ai toussé, tentant d’expulser la douleur au fond de ma gorge. Perdu. J’étais quitte pour un début de maladie, ça m’apprendra à sortir en tee jusqu’à minuit. Les pieds à terre au bord du lit, j’ai pris conscience que mes chevilles avaient mal pris mes vingt-deux tentatives de la veille de venir à bout de la cinquième étoile sur Soulja Boy en hard sur la Xbox. Titubant jusqu’au frigo à la recherche de la bouteille de lait, mes pas rythmés par le son de mes articulations en souffrance, j’ai pris la décision que je n’allais prodigieusement rien faire de ma journée. Ce qui commençait par écouter le message de mon boss de mon boulot freelance au black et décréter que je répondrai le lendemain. Je me suis préparé un bol de Chocapics avec un fond de poudre de chocolat blanc et je suis parti lire mes mails.

J’ai passé une grosse heure sur Call Of Duty en hard, à avancer comme dans du beurre, tellement la différence entre very hard et hard est absurde. Puis je me suis douché et semi habillé avec le jogging du mec qui dit qu’il emmerde le reste du monde et ne sortira pas de chez lui de la journée. Par contraste avec l’époque où je faisais un effort conscient de mettre le nez dehors chaque jour. En fin d’aprem’ mon frangin est passé, ramenant un tas de colis arrivés à Lyon, où il avait pu passer un weekend. J’ai donc récupéré un pur nouveau tee, le bouquin dont je vous parlerai dans deux semaines et mon exemplaire d’Alan Wake oublié ces dernières vacances. Je lui avais demandé de prendre sa manette Xbox. On a pu passer plus de deux heures à jouer en coop à Shank puis Kinect Adventures. Quand j’ai refermé la porte derrière lui, j’ai réalisé que le bonheur dans la vie, c’est simple comme partager un jeu vidéo avec son frère.

Il était pas loin de vingt-deux heures quand j’ai diné devant le dernier Supernatural. Une série qui arrive à être trop bien malgré l’absence totale de budget. C’était cool. Un café plus tard et j’étais malade. Ce qui m’a donné l’occasion de bien avancer dans la lecture en retard du bouquin dont j’ai prévu de parler demain. Minuit sonnait sur la vraie fin d’Alan Wake, celle qui te donne un frisson dans le bas du dos et te fait espérer une suite en dépit des faibles ventes. Je suis ensuite repassé sur l’ordi fignoler l’article de blog de dimanche que j’avais commencé à mettre en ligne pendant que mon frangin jouait à Super Meat Boy. L’occasion de mailer le mec du répondeur de ce matin, prendre des nouvelles des gens connectés à Gtalk. Enfin, j’ai mis la tenue la plus grotesque du monde : baskets, bas de pyjama, torse nu. Ou comment compenser les douleurs de la veille pour une dernière heure de Dance Central.

Il était trois heures du matin quand, en nage, je rédigeais les dernières lignes de cette note. Pour la première fois depuis des semaines, j’ai pris une vraie journée pour moi, sans corvées, sans boulot, avec mon frangin, avec ma console.

Ouais, c’était une bien bonne journée.