1050 – Infinite Read

Imaginez.

Vous êtes seul dans une pièce, face un à gigantesque mur sur lequel est écrit un très long texte dans une langue complexe. Vous pouvez partir à n’importe quel moment, mais vous aurez perdu. Si vous vous approchez du texte pour le lire, l’unique lumière de la pièce se met à clignoter. De plus en plus vite. Si vous insistez la lumière s’éteint et un type débarque pour vous éclater la tronche à coups de poings avant de repartir comme il était venu. Pour gagner, il faut aller au bout du texte. Pour perdre, il suffit de renoncer.

Là je viens de vous décrire en gros ce que ça fait d’essayer de lire Infinite Jest en version originale.

Infinite Jest est de ces livres « dont on entend parler ». Mentionné dans la liste des 100 meilleurs livres anglophones du siècle selon Time, ce roman apparait dans de nombreuses listes de livres importants, qu’il faut avoir lu. Infinite Jest est le second roman de David Foster Wallace, un auteur américain qui s’est donné la mort en 2008 à l’âge de 46 ans. Il s’agit de sa pièce maitresse. Tous ceux qui sont arrivés au bout du livre tendent à s’accorder sur sa haute valeur littéraire. Parce que le principal problème vis-à-vis d’Infinite Jest, c’est de le lire jusqu’à la fin.

Dans son édition actuelle, Infinite Jest fait 1071 pages, dont une centaine constituées uniquement de notes de bas de page. Et encore vous n’êtes pas sortis d’affaire : la police de caractères est microscopique. C’est ce qui me rebute depuis deux ans, la promesse d’une migraine ophtalmique, d’un mal de dos et de longues minutes perdues à aller chercher les notes de bas de page de l’autre côté du livre. Puis la version numérique est sortie. Pour une dizaine de dollars j’ai acheté le confort du marque page numérique, de l’e-reader petit/léger et surtout des liens hypertextes. Je me suis lancé. J’allais lire Infinite Jest et être « un hardcore gamer de la littérature » comme dirait AuDiableVauvert.

C’était sous-estimer déjà la barrière de la langue. Le niveau de langue joue aux montagnes russes entre l’argot et les termes ultra-scientifiques. Le recours au dictionnaire intégré du Kindle ralentit ma lecture. Mais pas autant que la narration, entre les apartés interminables, le narrateur qui change d’un chapitre à l’autre, dans le même chapitre, les pronoms qui switchent sans prévenir. Et le récit, que je peine à cerner. Pour vous donner une idée, en une semaine j’ai lu l’équivalent volumique du dernier Houellebecq. J’en suis au dixième d’Infinite Jest. D’après mes calculs j’en ai pour une quarantaine d’heures si j’espère en venir à bout. Plus le mal de crâne.

Alors aujourd’hui je ne fais pas de critique litté, je vous parle quand même d’un bouquin, mais de la surface. Parce que je ne peux pas prétendre là de suite à en faire plus. Ce livre est un challenge, un super badge à gagner, une fierté à brandir si jamais je le boucle.

Je ne sais pas encore si je le trouve bon. Je sais que je le trouve intéressant.

Et je sais que malgré tout, j’ai envie de pousser la lecture et d’essayer encore.

Je vous tiens au courant.

915 – Ignited

Deux semaines sur liste d’attente pour obtenir le Kindle, succès oblige. Ça vous donne une idée du nombre de bouquins qui ont atterri sur ma wishlist entre temps. Le packaging est ultra minimaliste. A l’intérieur : un mini guide d’utilisation, un câble et l’eReader. On le charge trois heures pour une autonomie au final d’une semaine en Wifi et un mois déconnecté (tuerie). Le design reste austère vis-à-vis de la concurrence mais ce Kindle 3 encore plus fin qu’avant m’est agréable tant à l’œil (couleur graphite), qu’au toucher (plastique doux qui marque très peu les traces de doigts). Le temps de configurer les paramètres wifi et je transférais mon premier livre acheté sur le Kindle Store (après avoir déclaré habiter aux US pour ne pas payer la TVA et avoir accès aux 25% du catalogue en plus interdit par les éditeurs à l’Europe). Temps total de la manip’, trente seconde. J’ai beau être habitué aux MP3 en streaming ou aux Divx, ça m’a fait quelque chose d’avoir instantanément mon bouquin.

Il m’aura fallu moins de 24 heures pour m’habituer à l’engin. Le contraste de l’écran eInk est juste phénoménal, bien meilleur et agréable à l’œil que celui d’un papier moyen. La possibilité d’adapter police, taille de police, écartement des lignes et mode paysage permet d’optimiser son confort de lecture par rapport à un livre écrit trop petit par exemple pour économiser de la place. Les boutons pour tourner les pages sont en double de chaque côté de l’écran. Du coup je peux me saisir du Kindle et naviguer avec une seule main. Royal. Le temps d’allumage et d’arrêt est proche du néant, magique. Au final j’ai vite réalisé que je lisais plus vite, plus agréablement et plus souvent. Ce sont les avantages de la technologie eInk et du faible encombrement du reader (je refuse de dire liseuse, académiciens, je vous méprise). Au bout de deux jours je ne me voyais pas repasser au papier.

Le feeling du papier c’est cool, mais je peux toujours imprimer des feuilles A4 et les froisser sous mes narines si je suis en manque. Le fait est que je m’en suis passé bien plus vite que prévu. Moi qui suis habitué aux éditions de luxe et couvertures qui brillent, je suis le premier étonné de réaliser que les bénéfices du Kindle oblitèrent les quelques nostalgies vis-à-vis du livre que je pouvais avoir.  Je me demande si les réticences de la plupart des gens ne sont pas une sorte de fantasme symbolique plus qu’autre chose. Bien sûr, je vais encore devoir en acheter, principalement en littérature française, mais une semaine post découverte, je ne peux m’empêcher de grogner lorsque ce que je veux n’est pas disponible en version numérique. Sinon je me dois de signaler la présence d’un système assez bien fichu de marque-pages. On peut aussi prendre des notes, stabiloter des passages (et les partager avec les autres utilisateurs) ou surligner un mot pour voir immédiatement apparaître sa définition grâce au dictionnaire intégré. Fonction bien pratique.

Tout n’est pas rose il reste quelque défauts. Il est par exemple détestable de devoir choisir une affiliation par pays, les US, les UK et l’Europe n’ayant pas les mêmes catalogues. Merci les éditeurs protectionnistes nazis ! Autre truc bien relou, la décision d’Amazon de ne pas supporter le format ePub mais Mobi. Or en France tout est vendu en ePub, précisément pour faire chier Amazon. Si je veux lire un truc français sur mon Kindle je dois acheter le ePub, hacker les DRM puis convertir le fichier en Mobi moi-même. Autant dire que les éditeurs français peuvent aller se faire royalement foutre. A part ces deux petits points de détail, je suis on ne peut plus conquis.

C’est bizarre l’adoption d’une nouvelle technologie. J’ai l’impression que mon usage et mes schémas de pensée ont complètement basculés en quelques jours. La seule chose qui n’a pas changée, c’est le texte, le cœur du roman, retranscrit intact, avec ou sans papier, avec ou sans édition bling bling.

Il reste le même. Et c’est tout ce qui compte.

825 – Book Review 138

Bon, c’est la merde. Avec ces histoires de mémoire je n’ai pas réussi à boucler le livre que je suis en train de lire à temps. Faut dire que j’ai aussi beaucoup moins l’occasion de bouquiner. Quand j’étais en stage à l’autre bout de la ville avec plus d’une heure de transport par jour, ça aidait. Tout comme j’ai préféré dormir dans le TGV pour Lyon il y a deux semaines. J’ai déjà tenté de m’expliquer sur ce paradoxe, la lecture, c’est méga relou, c’est chiant, ça me casse les couilles. Mais j’aime bien avoir lu, l’après coup. Ou dans de rares cas lire un livre qui arrive à me prendre suffisamment aux tripes pour atténuer les défauts de l’acte en lui-même. Malheureusement, ça n’arrive pas souvent. Les vacances sont une période où je lis forcément moins, parce que j’ai d’autres trucs à faire et moins de situations où je peux me forcer plus facilement.

Heureusement j’avais paré à l’éventualité d’un mercredi sans critique litté. Je sors de mon chapeau Faire l’amour, de Jean-Philippe Toussaint. Je l’avais chopé à l’époque de La vérité sur Marie, le dernier livre de l’auteur, donc j’entendais beaucoup de bien, mais qui coûtait trop cher. En fait, il constitue avec Fuir et Faire l’amour une trilogie teinté autobio autour d’une Marie. Faire l’amour raconte leur dernière partie de jambe en l’air puis leur rupture lors d’une nuit à Tokyo. En vrai heureusement que c’est court comme bouquin, parce que c’est globalement très chiant. Le style est soigné mais pénible à lire, mou et avec des envolées parfois douteuses. Typique le genre de roman dont on est obligé d’admettre que c’est très bien écrit mais merde qu’est-ce que c’est chiant ! Je l’avais lu il y a un bon moment et j’attendais de m’occuper des deux autres pour vous en parler. Ou pas du coup.

J’ai failli prendre Fuir le mois dernier lors d’une visite à la RNAC. Je n’ai pas pu m’y résoudre, la motivation me manquant. A ce moment j’ai compris que je ne trouverai jamais le courage de l’acheter/lire. C’est un peu le running gag pas drôle du moment. J’essaie de trouver des livres récents, français, de poche qui me donneraient envie de sortir de mes achats anglo-saxons. Et ça m’est impossible. Les couvertures made in Getty images, sont dégueulasses, les titres ne sont pas engageants. Je ne trouve rien à mon goût, rien qui ne titille mon désir. Rien. Je suis désespéré et me vient cette bribe de conversation avec une critique littéraire qui m’avait confié que « les livres français, je les lis que si on me paie pour ». Je pourrais lire des vieux trucs, des classiques, des livres plus anciens.Même si je peine sincèrement à me motiver. Puis, au fond, ça m’emmerde sur le principe de ne pas avoir le choix. Avec les centaines de livres qui sortent par an je DEVRAIS pourtant crouler sous les envies !

Alors je vais repasser commande sur Amazon.uk, je vais espérer que la rentrée littéraire dans deux mois ne soit pas aussi minable que l’année dernière, je vais continuer à attendre des nouvelles de mon côté, et je vais continuer à voir si je peux pas bidouiller des trucs dans mon coin.
Wait and see.