1185 – Mute

En ce qui me concerne, tu peux aller te faire foutre. Et ce que tu penses, j’en ai rien à battre. Alors le mieux c’est que tu répondes même pas, qu’on en reste là. Bonne continuation (connasse).

J’ai dû être un peu moins violent que ça. Mon souvenir est forcément pire que ce que j’ai pu balancer sur le moment. Je reste certain que c’était pas joli. Il faut dire que le but était qu’elle ne réponde pas. Parce que je ne pouvais pas en entendre plus sans retourner mon bureau, arracher ma porte d’entrée de son cadre ou faire du baseball avec une batte cloutée et le chat de ma voisine. J’en avais assez. Bien sûr, c’était illusoire. D’une si je ne voulais pas de réponse je n’avais qu’à commencer par me taire. De deux, si j’avais été le destinataire du mail, j’aurais fait tous les trucs de la phrase précédente avant de répondre un truc encore plus ordurier. Forcément qu’elle allait me répondre. Alors j’ai fait ce qui’il fallait.

J’ai passé la conversation en « muet ».

La fonction Mute de Gmail est d’un génie sans nom. Au lieu de bannir une adresse email, un mot clef ou créer un filtre spécial pour envoyer une conversation automatiquement à la poubelle, on peut simplement rendre passer la discussion en muet. Elle disparaît de la boîte aux lettres, et toutes les réponses à venir ne s’afficheront jamais non plus. Retirer l’engueulade ciblée de la partie. MAGIQUE. Alors je n’ai jamais eu de retour de mail. Bien que je reste persuadé qu’il y en a eu un. D’ailleurs, il est (peut-être) encore là, dans mon onglet Mute. Il suffirait que je clique dessus pour le lire, et sûrement me conforter dans la colère que j’ai ressentie à ce moment. Sauf que je n’irai pas voir ce qui se trouve dans ce dossier interdit. Ah ah, pas fou le paranoïaque !

A moins que.

Il parait que la curiosité est un vilain défaut. C’est lui qui, par exemple, vous fait acheter du sirop kiwi-banane (bonne idée) ou googler des filles du lycée disparues (mauvais idée). Surtout, la curiosité, c’est celle qui vous fait vous demander ce qui se passe dans le dossier mute, entre les conversations à rallonge, les engueulades et les mails de haters. Qu’est-ce qui se passera, le long soir d’hiver où, bouffé par la nostalgie, la solitude, j’irai voir ? Parce qu’au fond, je m’en veux pour ce que j’ai dit. Qu’on soit clairs, je lui en veux d’abord pour ce qu’elle a dit. Mais même. Dans l’idée, j’aimerais seulement pouvoir repartir à zéro. Si ça se trouve, son mail de réponse était posé. Si ça se trouve, comme moi, après un certain temps, elle réalise l’absurdité du truc, s’est détendue. Ou si ça se trouve, elle n’a jamais répondu. Oh et puis merde, je vais voir main…

NON ! VILAIN LE REILLY ! VILAIN !

Ne pas aller fouiller dans mon dossier Mute est la raison 9001 au fait que je ne boive pas une seule goutte d’alcool. Parce que je me connais. Alternativement, je pourrais aussi, et surtout, essayer de ne plus m’engueuler avec les gens que j’aime. Et inversement.
Ce serait un bon début.

1162 – Don’t Tell Me Who I Can’t Do !

Je suis allé voir J’aime regarder les filles au cinéma. A cause du titre et des lèvres de l’actrice principale (dont une de ses amies m’a appris qu’elle était beaucoup plus casée que la plus casée des meufs qui ne sera jamais ta copine). L’histoire du film, c’est un prolo provincial sans le sou qui s’amourache d’une princesse bon chic bon genre parisienne. Sauf que quand la fille découvre que son nouveau mec est un plouc, elle le largue. Mais il insiste, parce que c’est pas perdu. Sauf qu’il finit par comprendre qu’en fait il est mieux avec la meilleure amie mignonette, tendre et moins bourgeoise. Parce que même dans le cinéma indé français intellectuel, la beauté c’est superficiel et faut pas trop aimer hors de sa classe sociale.

Sur le coup je n’ai pas trop prêté attention au sous-texte trop obnubilé par une scène en ombres du film (pour ceux qui savent). Puis la morale m’est remontée en tête deux semaines plus tard, au détour d’une conversation.

J’étais concentré sur l’ordre de nomage de mes sashimis quand la fille en face de moi m’a reproché de vouloir la pom pom girl. T’es un mec spécial, dans le sens un peu bizarre mais plein de personnalité, Matthias. Mais tu veux la bonnasse de service, la pom pom girl. Mais tu peux pas, parce que ça marche pas comme ça, que tu fantasmes à plein régime. C’est comme moi, je peux pas avoir mon Hank Moody parce que je suis le genre de fille compatible. Du coup t’es malheureux pour rien. Faut pas t’étonner qu’elles t’ignorent, te prennent de haut ou comme là te mettent des coups de latte dans les rotules. Faut pas fricoter avec parce que tu vas perdre. D’ailleurs c’est pas pour rien si dans les films le nerd finit toujours avec sa copine choute et pas la pétasse qu’il convoite depuis le début. Leçon de vie. Leçonne toi.

Ouais bah moi j’aime bien The Faculty, et dans The Faculty y’a Elijah Wood qui joue un gros nerd et qui se tape la chef des pomp pom girls à la fin, parce qu’il l’a sauvé des aliens et qu’en fait elle est pas superficielle. D’abord.

Alors oui je sais que les couples ont tendance à se former dans les mêmes classes sociales. Je sais que parce que je ne clope/bois pas ça devient rapidement hyper galère de séduire une fille qui clope/bois. Je sais aussi que quand on croise un couple mal assorti dans le métro on ricane qu’il/elle la larguera vite quand il/elle comprendra. Nous sommes bouffis de préjugés et le réel leur donne raison. Pendant que dans les comics Peter Parker se marie avec une mannequin pour tous nous venger. Sauf que des fois ça existe, l’étincelle à la couleur un peu étrange qui fait s’assembler deux personnes qui ne se ressemblent pas, où le fantasme de l’un devient contagieux. Quand bien même ça ne dure pas longtemps, se termine dans le sang et s’exorcise dans un manuscrit au fond d’un tiroir. Pure hypothèse.

Fuck le cinéma, fuck les copines avec leurs sushis, fuck les accidents du passé et fuck les connasses du présent. La pom pom girl à un cœur, et avec un peu de chance, on peut l’atteindre. On peut avoir celle qu’on veut.

Au pire il y a toujours les invasions aliens.