395 – Book Review 57

J’aime bien Lolita Pille, pour un tas de raisons. D’abord ses deux premiers bouquins étaient pas aussi dégueux qu’on veut nous le faire croire. Ensuite le personnage public est cool, présente médiatiquement soit bourrée soit avec la gueule de bois. Deux états que je n’ai jamais atteint et que j’émule péniblement par l’hyperglycémie et l’insomnie. Bref, j’aime bien Lolita, même quand elle balance qu’elle a écrit son dernier bouquin « parce que j’avais plus de fric ». En plus faire de l’anticipation en France, ça se tente, c’est bandant. Profiter de son statut de pétasse star de St Germain pour publier chez Grasset un truc que l’éditeur n’aurait jamais accepté venant d’un auteur de base, c’est bandant. Défoncé par la critique, Crépuscule Ville m’intéressait d’autant plus. Vous connaissez ma passion pour les monstres boursoufflés, les erreurs qui voient le jour.

Pas de bol, 380 pages plus loin, Dark Cit… heu… Crépuscule ville n’est pas juste raté, il est surtout mauvais. La bonne nouvelle, c’est que y’a de quoi écrire une thèse à son propos. Là normalement je vous fais le pitch. Problème : jusqu’au bout j’ai pas compris de quoi ça parlait. Dans un futur où le ciel est obscurci en permanence, les gens drogués légalement et fliqués, Syd Paradine (wtf ?) est un flic alcoolique usé en instance de divorce. Pendant de temps là, des obèses se suicident, des bombes explosent, des femmes fatales meurtries séduisent et plein de gens tirent sur Syd sans qu’on pige trop pourquoi. Trois explications s’offrent à moi : Pille n’a rien a raconter, Pille ne sait pas comment raconter ou bien je suis trop con pour comprendre. Vous savez quoi ? Je vais explorer les trois pistes !

Dis Le Reilly, toi qui est geek, toi qui bouffe de la Sci-Fi et de l’anticipation depuis ta plus tendre enfance, vu ton père te battait avec Blade Runner, comment on fait une bonne histoire de sci-fi ? Pour une pure trame d’anticipation, il faut un concept fort (les robots ont-ils une âme ? what is the matrix ?), si possible original, qui suinte d’interrogations morales ou éthiques, et tu brodes autour. Dans Crépuscule Ville, des concepts forts il y en a de partout, plein, mais aucun n’est réellement original, développé ou reproposé de manière novatrice. Il arrive même qu’ils soient incompatibles entre eux, antinomiques (souvent invraisemblables mais j’en aurais pour une note entière a les démonter). Pille bouffe à tous les râteliers, dans tous ses kiffs de lectrice de base, mais n’arrive pas a produire un tout cohérent, un monde qui fasse corps, sens, auquel on pourrait croire. Le fait qu’elle se refuse (par flemme ?) à donner des points de référence temporels, sociopolitiques, spaciaux par rapport à notre présent achève de nous semer. A force de tout mettre, on se retrouve littéralement avec du rien.

Donc, le worldbuilding, pierre angulaire d’un univers futuriste, est baclé et planté. Mais qu’en est-il de la narration ? Il est de notoriété publique que l’éditeur a convaincu Pille de jeter 200 pages de sa première version aux chiottes, et que des dizaines d’autres ont été amputées de la version finale. Est-ce que ça explique pourquoi j’ai été incapable de saisir le moindre enjeu dramatique tout le long du livre ? Littéralement je ne comprenais pas pourquoi ça se battait, se tirait dessus, je n’ai a aucun moment compris pourquoi je devais en avoir quelque chose à foutre, ou même pourquoi on me racontait ça. Adieu aussi les questionnement et autres paraboles qui font tout le sel de la SF. Le fait que des intrigues soient abandonnées en route n’aide pas. Sans parler des incohérences au niveau du récit, preuve absolue de l’abandon total du relecteur de la version finale, que j’imagine jetée aux libraires parce que personne ne savait quoi en faire d’autre.

Après reste le style. Hum. Ouais. Bon okay y’a un effort de style, la branlette made in St Germain est là, à fond. Y’a même des phrases carrément bien troussées, des trucs de beau gosse. Malheureusement il s’agit ici de raconter une histoire, une intrigue, de l’action. Et tout tombe à plat. En s’appliquant à faire ce qu’elle sait faire, des bons mots, Pille saborde le flow du récit. Soit tu lis au ralenti pour décoder les images, des figures de style, soit tu avances à un rythme normale et tu es complètement paumé. Je ne comprenait les scènes d’actions qu’une fois terminées. Médaille des pires fusillades, illisibles, impossible de s’y retrouver. Là, quelque part, je ris, je me délecte. Car je ne suis pas aussi lettré que Pille, je sais pas faire des pures phrases bonus multiplicateur au scrabble. Mais ça m’évite de me paumer moi même ainsi que mon lecteur quand je raconte une histoire (qu’elle soit bonne ou mauvaise).

Fuck, y’a rien a sauver dans Dark Cit… Crépuscule Ville ? Bon bon okay si. Y’a quelques passages qui passent bien, l’enterrement, la scène de baise est bien foutue, les putes asphyxiées c’est pas mal aussi. Puis pour chaque « yeux bleu fond d’écran » t’as autant de bonnes phrases qui claquent. De là à faire un livre, de le vendre à 20,50 euros à la RNAC, peut être pas. Ma grande théorie c’est que ce truc est un désastre A à Z, que Pille avait bouffé tous ses a-valoirs et que jamais elle l’aurait retafé. Quitte à avoir payé, Grasset à posé le trucs sur les étals, pour en finir, de sa mort lente. Les ventes ont été désastreuses par rapport aux attentes, Pille se mettant dans la situation ultra délicate d’être obligée de réussir son prochain bouquin, sous peine de passage à tabac dans les cave du Flore. Peut être la motive nécessaire à un pur prochain livre.

Ce que je sais, c’est que si j’avais pas prévu d’en faire critique, j’aurais arrêté ma lecture page 90 sans la reprendre deux semaines plus tard comme je l’ai fait. Ce truc n’aurait clairement jamais dû sortir, du genre à pousser les aspirants écrivains a s’ouvrir les veines de jalousie et d’injustice. Je suis content ne pas l’avoir payé, même si une fois disséqué (fais chier j’aurais pu en tirer facile encore 3/4 posts) il montre à sa façon les rouages d’une littérature française complètement paumée.

Demain, stage !

BONUS STAGE !!!

Parce que cette note n’est pas encore assez longue, j’en profite pour linker une extraordinaire vidéo promo, qui montre qu’à défaut de savoir faire de l’anticipation, Pille est très très fun  (plus ou moins alcoolisée) dans la vraie vie.

248 Bis – Strike 4

Déjà que je m’étais levé sérieusement à la bourre ce matin, quelle ne fut pas ma surprise d’avoir une zoulie lettre de Stock dans la mailboxe ! Pour le coup je dois admettre que ça a le mérite de l’honnêteté. Garanti 0% bullshit.

Monsieur,

Nous avons lu avec intérêt votre manuscrit intitulé :

Merci pour les souvenirs

Malheureusement il n’a pas convaincu un nombre suffisant de nos conseillers littéraires, nous ne pouvons donc pas l’accueillir dans l’une de nos collections.

En vous remerciant toutefois de votre confiance, et vous souhaitant le meilleur pour votre manuscrit chez l’un de nos confrères, nous vous prions d’agréer, Monsieur, l’expression de nos sentiments les meilleurs.

Le service littéraire.

Bon bah nous voilà à mi-chemin. Quatre refus sur huit envois. Ca commence à sentir un tout petit peu le sapin. Du coup comme je suis arrivé trop tard pour mon cours je me suis fait une mission à la FNAC pour bouquiner (chouette des blagues de pets dans le dernier Lanfeust) et céder à mes instincts consuméristes dans une tentative d’auto-remontage de moral. To be chroniqued…

246 Bis – Strike 3

Vous savez quoi ? Aujourd’hui je suis presque content de recevoir un refus de Fayard. Déjà parce que j’en attendais absolument rien (c’était sur le chemin), ensuite parce que leur base de lettre type est super classe. Démonstration :

Cher monsieur,

Je vous remercie de nous avoir fait parvenir votre ouvrage.
Malgré son intérêt, ce texte ne nous paraît malheureusement pas pouvoir entrer dans notre programme de publications à venir.
En vous souhaitant de trouver rapidement un éditeur enthousiaste, je vous prie de croire, cher monsieur, en l’assurance de mes sentiments distingués.

Service des manuscrits.

Moi je dis, c’est carrément bien foutu, limite ils m’auraient mis une fraise Haribo dans l’enveloppe ça aurait été pareil. Même pas mal du coup, merci Fayard et ses employés prévenants ! Hop, sur la pile avec les autres. The fight goes on.