Bon.
Cette semaine j’ai mis un terme à mon investissement (de 20 euros) dans l’aventure MyMajorCompanyBooks. Si vous avez oublié, il s’agissait de ce site qui permettait de prendre des parts dans la production de romans, avec la promesse d’être associé au processus d’édition et un retour financier en cas de succès. En réalité, on s’est retrouvé avec une demi-douzaine de livres déjà écrits et déjà sélectionnés par l’éditeur XO, qui avait trouvé là un bon moyen de créer une collection pour pas un rond, pendant que des centaines de candidats écrivaillons s’entredéchiraient pour exister dans un concours sans gagnants.
Deux ans plus tard, j’ai obtenu les chiffres de vente de mon poulain, ainsi que mon morceau du gâteau. Sur un tirage d’environ 10 000 exemplaires, un peu plus de la moitié ont trouvé preneur (ce qui est bien dans l’absolu, mais moins qu’espéré). Je m’en tire avec 18.16€ de retour sur investissement, plus un exemplaire gratuit du livre. Si on prend en compte le prix de vente du roman, je suis gagnant. De mon point de vue, c’est une perte nette de plus de 2€ (il y avait des « frais de dossier »). Tout ceci pour en arriver là où je veux venir.
Le financement participatif de la littérature est à l’heure actuelle une mauvaise idée, parce que cela ne fonctionne pas.

Pendant que vous lisez ça ici, l’une des plus grande team de créateurs de comics au monde cherche à financer la production de leur nouvel album grand format sur Kickstarter. Et ils rament. Que Paul Jenkins et Humberto Ramos soient incapables de faire financer leur production me tue sur place. Ce qui est démontré ici, c’est que lorsqu’il s’agit de livres ou BD, les ventes se font en librairie (ou sur le net), mais une fois l’œuvre sortie, palpable. Sans éditeur aux US, Jenkins et Ramos risquent de ne pas pouvoir sortir leur album, tandis que le livre est édité en Europe sans aucun problème et disponible à la vente. L’éditeur est encore la clef.
Tout comme l’expérience MyMajorCompany aura surtout profité à l’éditeur XO, qui s’est assuré d’être dans le vert quoi qu’il arrive. Il n’y aura pas eu d’emballement médiatique pour cette nouvelle forme de financement, pas de succès à grande échelle.
Nous sommes en 2012 et le premier grand succès d’édition alternative en France n’existe toujours pas. Alors que pendant ce temps, aux US, on peut devenir millionnaire en s’autoéditant chez Amazon. En grande partie grâce à la base installée des lecteurs d’eBooks et (ce qui va de pair) à l’évolution des mentalités des lecteurs humains.
La révolution numérique n’est encore arrivée chez nous. L’internet 2.0 n’a pas encore créé de succès majeur ou d’œuvre littéraire incontournable (je ne doute pas qu’il y en ait, elles n’émergent simplement pas vraiment). Les gens qui lisent ne peuvent pas ou ne veulent pas s’y risquer.
Ce weekend encore, une amie disait trouver les éditeurs bien mous, dépassés par le présent, à la ramasse. Et face au fiasco de MyMajorCompanyBooks (qui ferme, du coup), l’absence de héraut de l’autoédition en France, ou l’incapacité de stars du comics à s’autofinancer, je ne vois pas pourquoi les éditeurs se bougeraient. Vu qu’il semblerait que rien ne vienne vraiment les taquiner.


