298 – Everyone’s A Critic # 35

- Mais t’as pas honte de lire ça ?!!

LeReilly abaisse son exemplaire poche de Bubble Gum par Lolita Pille, afin de mieux regarder sa camarade de classe qui a l’ignoble impudence de l’interrompre dans sa lecture.

- Bah quoi…
- De toute façon c’est même pas elle qui les écrits, c’est trop connu.
- Ah.

Moi qui pensait que lire Twilight en public était l’offense du moment. J’avais tort. Visiblement lire un Lolita Pille c’est presque plus la honte. C’est à peine si j’ai pas eu à essuyer des salves de caillasses. Pourtant moi j’étais ressorti de Hell pas trop deg’. J’ai pas kiffé à mort mais y’avait des bonnes fulgurances lyriques, et des ébauches de thématiques pas dégueus. Or, il se trouve que Bubble Gum correspond pile à l’image que je me fais d’un second roman. C’est-à-dire qu’on refait le premier, mais on le refait mieux !

Manon est une midinette un peu trop belle pour sa province. Sur un coup de tête elle décide de tout plaquer pour monter sur Paris. Elle accepte un travail ingrat dans un restaurant pour tenir jusqu’à ce qu’elle devienne enfin une star de cinéma. Pendant ce temps là, à Vera Cruz, Ibiza et accessoirement Paris, Derek se fait chier. Derek c’est un héritier pété de thune quasi trentenaire pour qui même la coke et les orgies, c’est chiant. Du coup, comme c’est un personnage de roman, il décide de briser une âme innocente dans l’espoir de faire remonter un peu sa tension.
Là vous vous dites que vous avez grosso modo pigé le reste du bouquin. Et vous avez presque raison. Non parce qu’en fait y’a un twist ! Et là tu crois que t’es tranquille mais y’a un second twist ! A cinq pages de la fin tu penses enfin pouvoir souffler mais non y’a un twist du twist du twist !!! Y’a pas à dire elle est trop forte Lolita !

Bon, en gros après un départ en mode rebelz (10 pages de ce que l’héroïne déteste), ça part de plus en plus en sucette narrativement parlant. Si l’on n’a pas la crédibilité élastique on peut crier au n’importe quoi. Perso j’ai fait fi des quelques incohérences et trous scénaristiques et j’ai bien aimé ce final complètement bordélique. Si j’ai un regret c’est plutôt la bifurcation du roman sur le terrain de la starification et de la real TV. J’attendais plus Pille sur le mal être des vingtenaires, la lucidité du dépressif dans un monde vide de sens. Au moins on note une sévère réduction sur name dropping, et ça c’est bien. Niveau style y’a des trucs qui tuent, et des trucs qui sont too much. Des pages entières sans point, ponctuées seulement de virgules, c’est drôle cinq minutes mais pas bien plus. Bubble Gum est clairement meilleur que Hell. Une histoire qui m’aura plus séduit, une narration plus efficace et toujours le bling bling des bons mots. Pas encore Ze Book qui ferait que j’aurais plus à me justifier de mes lectures, pas encore…

Sinon j’ai pas d’avis sur qui écrit les bouquins de Pille. Je croise que je m’en branle un peu en fait. Je développerai là-dessus quand je parlerai de Crépuscule Ville. A savoir le jour où il coûtera moins que les 20 keuss que j’ai pas.
Demain, Top 3 !

156 – Everyone’s A Critic #5

Attention à tout l’équipage du Best Place. Afin de négocier cette note le commandant va devoir déployer le mode hyperspoiler. A ce niveau de spoil l’invisiotext est inutile. Initions des moteurs hyperspoilers dans trois, deux, un…
Hell est une pétasse du seizième. Sa vie se résume aux boites, au cul et la coke. A force de rien branler fatalement elle aime rien. Enfin ça c’était avant de rencontrer Andréa, son équivalent masculins. Trop cons pour exprimer leurs sentiments, ils se perdent de vue avant de changer d’avis. Sauf que là c’est trop tard vu qu’Andréa s’est fait emboutir en grillant un feu rouge. Désespérée Hell va se faire enculer par le premier connard venu.
Voilà voilà… C’était la version short de Hell.

Hell c’est le premier bouquin de Lolita Pille, la cutie girl qui fait bander le monde de l’édition hexagonal. Enfin c’était jusqu’il y a quelques semaines, quand la critique à descendu en flamme son troisième roman, un trip d’anticipation. Moi je voulais juste checker un premier roman ayant cartonné, pour voir de quoi c’est fait. Ce qui m’a fait sourire au fil des petites cent cinquante pages de Hell, c’est le multitude d’expression que j’ai moi-même utilisées plus tard. Ce qui m’a moins fait sourire c’est le niveau de vocabulaire, à des années lumières de mon dico du pauvre. Pille masterize les mots qui comptent triple. Sauf que ça dessert le propos, mais j’y reviendrais. Avant je me dois de mentionner l’existence de Hell, le film. Filmé avec une caméra vidéo pourrie et starant Sara Forestier (qui est la raison pourquoi je me trimballe toujours avec un desert eagle chargé d’une balle avec son nom dessus) en combo avec un mannequin Calvin Klein. Le côté positif c’est que le casting a le mérite de coller aux persos. Le côté négatif c’est que le film a été unanimement vomi, par la critique et les spectateurs. Dommage qu’avec un titre pareil c’est impossible de trouver un rip sur les réseaux tipiaks pour se faire un avis (c’est fou le nombre de films avec Hell dans le titre).

Sur le fond j’ai un tout léger soucis avec le propos, mais c’est ma faute. Je m’explique. Tout le long du bouquin Hell (ou Pille, vu que c’est admis que c’est lourdement autobio) interpelle le lecteur en lui disant qu’il est une merde et qu’il crèverait d’être à sa place. L’idée c’est de ressortir le concept du « Omagad on envie les riches mais en fait sont tristes comme nous ! ». Pas de bol mais être rentier et rien branler de la journée c’est un rêve de prolo. Ce qui coince, c’est que la vie de Hell, je l’envie pas du tout. Le perso me fait pitié du début à la fin, toutes ses emmerdes sont sa faute et j’ai du mal à pleurer quand elle est en bad de se faire avorter. Même tarif pour la sodomie finale, pour « se salir ». J’ai une copine qui réagit comme ça en vrai, bah je la méprise (toujours à l’heure actuelle). Bref Hell est une grosse conne qui pourrait crever dans le caniveau que j’en aurais rien à foutre vu que tout est de sa faute. Ouiii, mais enfin Benny, s’pas sa faute à la gamine. Tout ça c’est la société et les parents de merde ! Oui mais non. Le roman est narrationné à la première personne et là Hell est ultra cultivée et possède des raisonnements construits et matures. Avec son intellect je maintiens que c’est son problème si elle se fout en l’air.

Car Pille ne s’est pas foutue en l’air. Pille a écrit un putain de bouquin sur la jeunesse dorée (ouais fallait que je la place cette expression à la con). Dans un souci de dramaturgie elle met en échec son alter égo littéraire tout en lui conférant sa sagesse. J’appelle ça se prendre les pieds dans sa logique. Hell aurait été un tout petit peu plus conne, j’aurais marché à fond. Au-delà de ça, y’a quand même pas mal de trucs à sauver. Les descriptions de la night du début des années 2000 sont funky (bwah ah ah la moitié du bouquin se passe dans une boîte dans laquelle j’ai squatté pour une soirée Celsa). Ce qui m’a surtout plu c’est que sous le vernis du beau vocabulaire et l’intrigue timbre-poste-sized, y’a de belles phrases sur le mal être adolescent, la vie, la mort et le cul. J’en ressors persuadé que Pille est loin d’être conne et je me dis que pour 4€50 j’aurais pu lire nettement pire.

Holy shit ! Mais ces critiques prennent de plus en plus de place ! Alors que c’est pourtant les notes qui déclenchent le moins les passions ! Que je suis contradictoire, bwah ah ah !

Demain ça fera deux jours que je serais rentré sur Paris, l’occasion de faire un petit point personnel sur ma relation avec la capitale.

BONUS STAGE !!!

Plutôt que de mettre la bande annonce d’un mauvais film que vous verrez jamais, je préfère balancer un peu de zique qui va bien.