1139 – Velib’s Delight

Deux heures du matin. Je peine à rouler droit le long du boulevard Richard Lenoir, perché sur mon Vélib’ à usage unique. Je manque de me vautrer chaque fois que je me retourne pour vérifier si je ne suis pas sur le point de me faire emboutir par un conducteur trop imbibé. C’est là que je me fais dépasser par un trio de vingtenaires en t-shirts. Ils me font un signe de remerciement. Merci de quoi ? D’être une loque qui avance au ralenti ? Mon corps se réveille, la réserve d’urgence d’adrénaline réveille mes muscles et je me mets à pédaler, en danseuse, pour les rattraper. Le trio me voir venir et se redresse comme un seul homme. La chaussée est mouillée, les feux derrière nous au vert, mais une course s’est lancée jusqu’au bout de la ligne droite. Game ON !

Je me suis fait fumer de quelques secondes par le plus grand de la bande. A l’arrêt au carrefour suivant, j’ôte mon casque et échange quelques mots avec mes concurrents du soir. Des types avec qui je n’aurais jamais parlé en temps normal. On se marre un peu. On se souhaite bonne soirée, chacun repartant dans son coin. On ne va pas parler de la pub débile pour le Vélib’ qui rampe mollement sur le net ces derniers temps. Le vrai truc cool du Vélib’, c’est que ça met un tas de gens différents au même niveau. Une fois que les métros parisiens sont endormis, soit t’es thuné et tu prends un taxi, soit t’es patient et t’attends LE Noctilien de l’heure en chopant la crève à ton arrêt de bus. Ou alors tu ravales ta dignité et tu te déplaces avec le vélo le plus moche du monde (oui techniquement il faut qu’il soit pas sexy pour qu’on n’aie pas envie de le voler, et lourd pour pas qu’il crève trop vite).

N’empêche, le Vélib’ unit les losers de la nuit, et c’est BEAU.

Par exemple je suis certain que des dizaines de dealers vont livrer en Vélib’ de quoi rouler quelques joints. On doit aussi pouvoir croiser tous les mecs qui décident post baise de pas rester dormir avec leur plan cul, des fois que ça se transforme en plan tout court avec le lever du soleil. Gosses de riche sortant de boîte ou branleurs rentrant chez eux, on a tous le même volé de merde. C’est ce qui explique les sourires un peu gênés aux feux rouges, ou les speedruns improvisés. J’ai encore jamais vu deux chevaucheurs de Vélib’ se taper au milieu de la nuit. Parce que la lose est notre patrie, notre gang. On aura bien le temps de s’ignorer de nouveau le lendemain, de se foutre sur la tronche un autre jour. Là, on est trop occupé à aller où on doit être, et reposer le tank à roulettes qu’on se trimballe.

Généralement après avoir dérivé sur un demi-kilomètre pour trouver une borne libre.
Thug life.

902 – Under Nine Thousand

Yay ! C’est le plein milieu de la rentrée littéraire et j’ai toujours rien acheté ! Principalement parce que j’ai pas une thune et que je mange des œufs au plat tous les midis (je vous dirai pourquoi soon). Aussi faut avouer que rien ne me fait rêver. Du tout. Pas même le Houellebecq, déjà parce qu’il est cher, ensuite parce que Flammarion et puis parce quand Michel copie colle Wikipédia c’est du « collage » alors que quand je paraphrase Wikipédia à la fac ça me vaut un zéro pour plagiat. Anyway. Ce qui me les brise aussi, c’est les romans giga courts. Enfin, plus précisément les premiers romans méga courts. Il suffit de regarder les étalages chaque année, on trouve deux ou trois nouveautés à la pagination rachitique sur les étals. Quand je vois des trucs comme ça, je me demande comment les auteurs en question peuvent se regarder dans la glace le matin.

Parce que, attention, on parle de feinte à la française. C’est-à-dire que le roman commence à la page 9 ou 11, est rédigé en taille 14, avec des interlignes larges comme le grand canyon. On sent bien le manuscrit étiré au possible, auquel on aura fait subir le supplice de la roue pour atteindre un nombre de pages à peu près cohérent. Je pourrais pointer du doigt que souvent il s’agite d’oeuvres de pistonnés honteux ou de “très jeunes”. Les bouquins sont peut-être bons, les auteurs super adorables. Mais putain, même pas deux cent pages avec une maquette de la honte, pour un premier roman. C’est tout ? Sans déconner. Quand je pense à la littérature avec un grand L de motherfucker je pense à de la densité, de la texture, un univers, un style qui s’exprime, quelque chose de consistant, qui vous prend le cerveau et vous rassasie. Pas de pathétiques miettes réunies en douce pour atteindre le minimum syndical.

J’ai rien contre les auteurs installés qui pondent des livres plus courts. La fluctuation ne me dérange pas. Mais commencer par du riquiqui, ça démontre quoi de l’ambition et de la passion de l’auteur ? Un premier roman est forcément un peu raté, un minimum. Mais il est censé venir des tripes, c’est sensé être quelque chose pour lequel on s’est battu, qu’on a voulu, qu’on a rêvé, qu’on a mariné. Et moi des premiers romans qui rêvent petit, je me demande ce qu’ils foutent là. Publier un premier livre de même pas deux cent pages maquettées convenablement, c’est être celui qui amène un paquet de chips premier prix à une soirée. C’est surtout un aveu de manque total à la fois d’ambition et du respect du mec qui va mettre entre quinze et dix sept euros dans un bloc de papier deux fois trop épais (et polluant pour rien). Sortir un premier roman comme ça, c’est vomir sur la forêt amazonienne.

Alors oui, c’est la littérature française. Un gosse de quatorze ans s’est trouvé deux nègres pour faire 120 pages y’a quelques années juste pour pouvoir être « le coup jeune » de la rentrée littéraire. Une “fille de” avec des daddy issues trouve ça parfaitement normal d’écrire une longue nouvelle et que ça prenne la place d’un autre. De toute façon, il suffit de regarder les grands. Même Bégaudeau triche sur la police, ou bien encore on a Foenkinos qui saute 20 pages dans son dernier roman pour arriver à 200. Le milieu littéraire français est sclérosé à bien des égards. Mais chaque rentrée, ce qui me choque au milieu de la masse, c’est le pêché de paresse.

De mon côté, je préfère l’orgueil, parce que ça va avec l’ambition. Peut-être la matière première la plus rare dans le pays. A tous les niveaux. Y compris sur des premiers romans.

[Note à suivre jeudi]

803 – Thread Cred

Branle-bas de combat l’autre soir sur Twitter. J’étais peinard, près à rentrer chez moi pour profiter de ma Xb… faire mon mémoire. Quand, tout à coup, complot ninja sur ma gueule ! En cause, ma garde robe, complète. En première ligne de l’offensive, le teen playboy Thibaut Octave et son éternel combo veste de costard, chemise ouverte sur trois poils et chaussures de ville. Très vite, quelques voix féminines viennent se joindre au débat. Enfin, au lynchage. Non parce qu’il semblerait que mes choix de fringues méritent un assaut à une demi douzaine contre un. Les quelques soutiens qui osent lever le plus petit twitt pour me défendre se font exploser à coup de mortier. La horde a parlé. Le Reilly se sape comme un gamin de dix sept ans. Depuis, bah depuis sept ans en fait. Et il faut que ça change ! Sous peine de je sais pas trop quoi.

Sous peine d'attaque du gang des clones skateurs de Scott Pilgrim !

Une fois rentré à la maison, j’ai fait l’inventaire. Je tourne avec trois jeans, un baggy et deux normaux. Dans l’esprit tordu de Thibaut, je n’ai que des baggys. Raccourci intellectuel douteux. J’ai deux chemises. Une noire, pour les soirées où j’ai pas le choix, une à carreau, pour les soirées cools. Les chemises, ça me donne chaud, très chaud. Parce que voyez, je suis un sanguin, et genre en hiver j’arrive quand même à suer. C’est comme ça, on y peut rien. On fire. Pour cette raison je n’ai aucun pull. Aucun, si, un que j’ai chopé à New York pour cause de climat continental, seule puissance sur Terre me forçant à m’habiller chaudement. Forcement, j’ai donc des tonnes de tee, parce que les tee c’est joli. Et surtout parce que quoi que ce soit d’autre me fait cramer, genre combustion spontanée. Et pour les baskets, j’ai un mot du docteur donc vous êtes tous niqués.

De l'intérêt des pulls en été en fait...

Mon Pimp est lui aussi parti en croisade, à hurler que c’est pas possible, que non, tant que je mettrais des jeans Quiksilver il ne me prendra jamais au sérieux. De toute façon, si un éditeur me signe, jamais il osera m’envoyer face à Taddeï et du coup adieu la promo, et ma carrière sera morte avant même d’avoir commencée. C’est ça que tu veux Le Reilly ! Prends exemple sur Thibaut Octave ! Tu crois qu’il chope autant par la seule force de sa piquante chevelure ? NON ! Réfléchis bien Le Reilly, si tu chopes une vraie veste de costume, que tu t’habilles plus serré, tu pourras te taper plein de pouffiasses et boire des coca light avec Eric Naulleau ! Je sais pas pourquoi mais tout ça va finir en mode Pretty Man à faire les magasins à coup de coups de pied au cul. J’en frémis d’avance.

Puis j’aime mes tees avec des zombies qui traumatisent les serveurs des restaurants chics dans lesquels on m’invite, j’aime mes baggys qui me tombent sur les genoux quand je cours après le métro. J’aime avoir quinze ans d’âge vestimentaire. On peut trouver un juste milieu, right ? Je veux dire, je suis pas obligé de ressembler forcément à tout le monde pour exister chez les plus de vingt ans ? Bordayl.

Demain, Brettounet.