1011 – Inbetweener

Un peu après minuit aujourd’hui, j’ai quitté la soirée d’amis du lycée où j’étais pour rejoindre une soirée d’amis de la fac pour y terminer la nuit. Les métros de province endormis, j’ai emprunté la carte de transport de mon meilleur ami pour embarquer un Velo’v. J’avais une heure de location pour aller de Gorge de Loup à Massena, les lyonnais sauront. Soixante minutes entre minuit heure française et minuit GMT. J’étais à la fois en 2011 et à la fois pas encore en 2011. Coincé pour quelques douzaines de minutes entre deux années.

J’ai manqué de me faire renverser plusieurs fois par des conducteurs en tort. J’ai dépassé deux filles elles aussi en vélo qui m’ont rattrapé et doublé à leur tour dans un petit rire étouffé sous leur écharpe. J’ai croisé un mec de deux mètres à l’air triste sous son conne de fêtard. J’ai ralenti sur la place de l’hôtel de ville pour observer les petits groupes sur les marches, assis sur la fontaine, ou qui simplement courraient, dansaient. J’ai pas écouté le type qui voulait quelque chose sur le parvis de l’opéra. Je ne me suis pas trompé de chemin dans les rues que je ne connaissais pas. J’ai laissé passé le motard trop pressé qui grillait tous les feux rouges. J’ai définitivement adopté le dernier album de Metric au point de m’arrêter à plusieurs reprises pour renfoncer mes intra-auriculaires qui se faisaient la malle. Je suis arrivé à destination un peu après minuit Greenwish Mean Time.

Cette fois, plus de doutes possibles, j’étais bien en 2011. J’ai fait péter le Coca pas light pour l’occasion et regretté un poil mon Pepsi Max. Mais j’étais content de voir les amis, de gratter du câlin, de danser sans me sentir ridicule au milieu des gens alcoolisés.

Surtout, j’ai adoré ce moment au milieu, où j’ai simplement profité de l’air frais, de la vitesse, des visages des passants, des jambes des filles, des lumières de ma ville, des vagues sur le Rhône. Mon heure, entre deux soirées, entre deux années, créée juste pour moi.

981 – It’s Raining Snow

Donc il neige sur mon blog et fuck you. Comme dans « allez vous faire foutre ». Je dis ça rapport au fait que j’ai reçu quelques mails et autres vannes par messagerie instantanée. Parce que la neige sur un blog c’est quand même bien pathétique, tendance pimkie-skyblog. So what ? J’asperge d’essence votre porte-clefs hello kitty avant de le mettre en feu ? Je plaisante hein. Je suis pas vraiment en colère. Seulement c’est la troisième année qu’il neige sur ce blog en décembre. Une option de base de WordPress ça, que j’ai jamais décoché parce que moi, à titre personnel de proprio des lieux, j’aime bien. Ce qui m’amuse c’est qu’en 2008 mon lectorat trouvait ça cool, en 2009 pas vraiment de réaction. Sauf que cet hiver, bim, l’insurrection. Soit vous êtes devenus tous cyniques avec l’âge, soit vous êtes tous des nouveaux. Des nouveaux cyniques.

En fait ça tombait bien. A quelques jours près je recevais des messages de mes amis lyonnais concernant la spectaculaire chute de neige sur la ville la plus cool du monde. Remontée de souvenirs de décembre dernier, quand je rampais sous la loge du vigile de mon ancien lycée à trois heures du matin pour prendre des photos de la cour de récréation immaculée. Du coup en début de semaine j’avais plus que l’impression de louper un truc. Je loupais un truc. Pendant ce temps à Paris on se les geler royalement. Pour rien. Parce que l’intérêt de la neige, c’est entre autre de justifier pourquoi on à froid. On chope des rhumes mais c’est joli dehors. Heureusement que la brigade météo twitter veille. Chacun n’hésitant pas à rendre public tout début de flocon à sa fenêtre. Au point qu’il était possible de savoir sur Paris, arrondissement par arrondissement, où ça neigeais.

A titre personnel je vis dans le noir, volets fermés toute la journée. Au point que j’utilise parfois un widget météo sur mon téléphone pour savoir quel temps il fait dehors. Du coup les twittos qui se prennent pour Louise Bourgoin version geek poilu sont salutaires. Sauf qu’ils ne font pas ça par souci d’information. Non non, l’arrivée de la neige c’est une « info » comme une autre. IL FAUT ETRE LE PREMIER A LE DIRE ! Une fois la nouvelle répandue, on peut commencer à bitcher. On dit du mal des transports en rade, on dit du mal du fait que la neige ça mouille, on dit du mal de tous ceux qui osent trouver ça cool. Et ainsi de suite. Ceci expliquant que je me la sois globalement fermé. Pour rester loin du troupeau rendu fou par deux flocons. Jusqu’à ce que j’oublie que mon blog se mette à neiger et qu’on bitche.

J’écris cette note et les premiers flocons viennent se déposer quelques secondes sur la vitre de la fenêtre derrière moi. Lyon me manque, les grosses chutes de neige aussi, tout comme l’innocence de ceux qui se foutent des transport, de l’humidité, du froid, et qui apprécient la neige pour ce qu’elle est. Un manteau qui habille brièvement le monde, la mélancolie d’une pluie rendue douce par cette chute ralentie.

Je vais aller tendre la langue dehors. Les autres, fuck you.

979 – Hey Mister DJ

Bonsoir,

Pourriez-vous, s’il vous plait, écouter votre musique un peu moins fort, (à partir de 22h00) car celle-ci nous empêche de dormir. Vous seriez bien aimable.

Merci beaucoup.

Voilà ce que j’ai trouvé manuscrit sur une feuille volante, scotché sur la porte de mon studio alors que je rentrais de chez une amie. Joie. Dans la liste de ce que j’apprécie moyen : le fait que ce soit anonyme (pour le courage et la communication), le fait que ce soit sur ma porte au lieu de dans ma boîte aux lettres (pour l’humiliation publique) et le fait que ce soit un poil méprisant dans le vocable (pour me motiver à faire un effort). C’est donc la première fois qu’on se plaint ouvertement de quoi que ce soit me concernant dans mon immeuble en presque trois ans. J’ai rien contre faire un effort, mais vu la manière dont ça a été demandé, mon premier réflexe serait plutôt de monter un peu plus le volume.

Faut savoir que j’ai dû vivre une enfance/adolescence sans trop de bruits. A Lyon la maison est super mal isolée et la guerre avec les voisin quasi permanente. Dès qu’on monte un peu trop la radio, y’a retour de son de la part de la TV d’en dessous. Dans le même ordre d’idées, interdit absolu de sauter. Quand j’étais môme pour pas vriller le tourne disque (ON NE SAUTE PAS PENDANT LE DISQUE) et adulte parce que parquet qui grince et gens un étage plus bas. Une fois ado, je pouvais crever pour avoir le droit d’écouter de la musique dans la salle de bain. On ne dérange pas l’ours pendant son café sous peine de gueulante. Bien des années plus tard, sur Paris, chez l’ex-femme de ma vie, on entendait les voisins ne serait-ce que parler entre eux. Quand je jouais à Guitar Hero, c’était donc proche de l’air guitar niveau débit sonore. D’où une certaine frustration globale et un lâchage depuis mon nouveau chez moi.

Bon, ces deux dernières semaines c’est pire. J’en conviens. J’en ai beaucoup parlé sur Twitter, pas du tout ici, mais j’ai acheté Kinect pour ma Xbox. Parce qu’en poussant mes meubles et en orientant la TV en diagonale j’ai pile la place devant ma kitchenette pour jouer à Dance Central. Et bordel ce que j’ai squatté le truc. Pendant dix jours j’ai fait d’une à deux heures tous les soirs après minuit, le volume bien à fond, en sautant, tapant dans les mains et tout ce que tu veux. Je m’en fous, mon appart est accoudé à un couloir et au-dessus d’un kebab. Bon, il s’avère qu’en fait ça doit s’entendre (peut-être au-dessus) d’une façon ou d’une autre. Mais merde j’ai mérité ! Si ça se trouve mon prochain appart je pourrai même pas ne serait-ce que rêver de sauter sans éclater mon plancher. Même si, dans le fond, je sais à quel point ça peut être lourd, un voisin qui abuse un peu sur le volume global de sa consommation sonore.

En vrai, j’ai fait un début d’effort. Pas parce que je culpabilise, pas parce que je veux rendre service. Pour ça y’aurait fallu un mot signé et poli discrètement mis dans ma boite aux lettres. Non, juste parce que je sais que je vis dans un immeuble de taré, où on pisse dans l’allée, on vole des colis et où ça hurle dans des langues bizarres au milieu de la nuit dans le couloir. Et que j’ai vu assez d’émissions de Julien Courbet pour savoir jusqu’où l’escalade entre voisins peut monter. Still, immeuble de merde.

(Oh et je vous défonce tous à Dance Central)