866 – Spirou And Fantaddict

Un jour où j’avais un sale trajet de métro à faire, mais plus de livre à bouquiner, je suis allé acheter Spirou Magazine au kiosquier le plus proche. Okay, ça n’a pas marché et j’ai du faire quatre buralistes pour enfin en trouver un. Tout ça pour un journal qui sent bon le kikoolol, avec très peu de séries à suivre, une partie éditoriale un peu trop complaisante et des gags en une planche quasiment jamais drôles. En même temps, c’est quoi, deux euros trente ? Presque un tiers de paquet de clope, même pas deux tickets de métro, le prix d’un moyen coca au MacDo. Pas grand-chose quoi. Alors la semaine d’après je me suis surpris à prendre le numéro d’après. Pour voir. Assez cool à lire avant d’aller dormir pour décompresser. Forcément, deux mois plus tard, j’ai une pile de Spirou au pied de mon lit. Le fuck.

Tout ça c’est la faute de mon oncle, abonné jusqu’à presque quarante piges au magazine. Que j’étais môme et que les parents discutaillaient en famille, avec mon frangin on relisait la gigantesque pile dans la chambre. C’était la pure époque, celle du Spirou de Tome & Janry, avec Soda pour le polar badass et les débuts de Kid Paddle, orgie à lols. Quand mon oncle s’est désabonné, mes grands parents ont pris le relai. Faut dire que dans la montagne, le moindre centre commercial à plus de vingt bornes, c’était juste la bouffée d’air hebdomadaire pour le collégien que j’étais que de recevoir le Spirou (je m’ennuyais au point de me mettre à lire le Nouvel Obs, à douze ans, ce qui explique bien des choses). Puis j’ai grandi en même temps que le magazine changeait. Tome & Janry limogés pour cause d’audace, Soda disparaît du journal car trop mature pour le lectorat et Midam cesse Kid Paddle.

J’avais l’âge de suivre les coulisses, le rachat des éditions Dupuis, le remerciement du rédacteur en chef historique, remplacé par un comptable bien décidé à élargir le lectorat par un nivellement vers le bas. Face à la version kikoolol aseptisée, j’ai déclaré à mes grands parents que c’était pas la peine de continuer l’affaire. Désaveu, désabonnement. Ce qui nous ramène au présent, quelques années plus tard. J’ai vu les coulisses, j’ai eu des rendez-vous avec la rédaction, je suis ami avec des auteurs. Mais au fond de moi je reste le môme qui kiffait avoir quarante pages de BD tous les mercredi pour dix francs. Alors je rachète le truc, au kiosque chaque semaine. Depuis la dernière fois la rédaction a une nouvelle foi changée de main, le magazine est plus qualitatif qu’avant, même si les génies de l’époque ne sont plus dans la place.

Deux pauvres histoires à suivre par semaine, c’est pas assez. Les séries kikoolol pas drôles genre Tamara, c’est trop faible. La prime à l’ancienneté qui excuse encore la présence de gags terrifiants de nulité, c’est moche. Mais au milieu de tout ça, je trouve encore de quoi sourire, de quoi relire, de quoi me dire que pour le prix, dans mon budget, ne serait-ce que pour le shoot de nostalgie. Après, est-ce que je vais continuer sur plus de trois mois à acheter le truc, espérer un retour à ce que j’aimais à l’époque, continuer une tradition de quinze ans ? Je sais pas trop.

De toute façon, je veux dire, j’arrête quand je veux.

795 – 24Hr Post

En voilà un projet sexy ! C’est ce que j’ai immédiatement pensé le mois dernier lors de l’annonce sur projet 48hr magasine. Une bande mecs un peu fous autour d’une grosse table ont eu une idée : créer un magasine en deux jours chronos en comptant sur la motivation des internautes. Après l’annonce du thème, n’importe quellle personne où qu’elle soit pourra envoyer un article, une interview, de la fiction, des dessins, des photos, un tweet ou autre pendant vingt-quatre heures. Ensuite une équipe rédactionnelle réduite aura le même laps de temps pour sélectionner, mettre en page et envoyer le PDF final à l’impression. Le magasine bouclé, il sera dispo sur un site d’impression à la demande. Tout l’argent récupéré devrait servir à financer en partie un No2 et payer tous les contributeurs à parts égales. Forcément, je m’étais inscrit au twitter, à la newsletter, au RSS du blog, la totale. Dans la nuit du vendredi à samedi prévu, à minuit, le thème tombait : Hustle.

Pas de couverture haute-def' du mag, alors je vous mets le poster de Hustle & Flow à la place.

Nous voilà face à un des rares mots anglais qui ne possède aucun équivalent en Français. Le verbe hustle désigne les petites arnaques, les combines, les escroqueries, mais ça peut aussi faire référence à la prostitution (« hustlin ») ou à la simple frénésie d’une rue bondé difficile à naviguer. Hustler, c’est un état d’esprit, un truc tellement compliquer à définir que je me suis laissé emporter dans d’autres trucs ce samedi là et que j’ai manqué le coche, malgré quelques débuts d’idées. 48Hr Magasine se serra allègrement passé de moi, avec plus de 1500 contributions pour finalement 75 places à prendre une fois la revue maquettée. Comme prévu, après deux jours sans dormir la petite équipe aura uploadé un PDF sur le site MagCloud, qui livrait les premiers exemplaires dans les jours qui ont suivi. Enfin, sauf à moi, vu que j’habite ni aux UK ni aux US.

J’ai finalement du me rabattre, deux semaines après la guerre, sur un exemplaire en PDF. Ce qui est certes mieux que rien et pas si cher que ça (moins de 4€ pour 58 pages chez Lulu). Bon, la maquette est ultra minimaliste, pour ne pas dire inexistante mais ça a le mérite d’être aéré (hypocrisie). Léger manque d’habillage mais c’est un prémier numéro. Au niveau des articles des plumes pro se confondent avec les anonymes et avec la largeur du sujet il y en a pour tous les goûts. On passe de Haïti à un graphiques sur le taux horaire moyen des prostituées avec un texte sur les arnaques à la carte bleue au milieu. Les articles sont presque trop éclectiques si bien que je n’ai pas tout lu, même si en regardant bien on tombe sur de jolies perles comme ce témoignage sur les marchands d’une ville au Vietnam qui offrent des bracelets aux touristes a chaque achat pour permettre aux collègues d’identifier ceux qui dépensent dans la rue.

Au niveau de l’expérience en elle-même, 48Hrs Mag est une vraie réussite. Motivation et crowdsourcing font des miracles ! Nous ne sommes pas au niveau d’un magasine classique pro, mais les 58 pages recelent quelques perles qui en valent la peine. Tout ceci tendant à prouver que grace aux Internets il est possible de repousser les limites d’un medium, d’explorer de nouvelles façons de faire. A titre personnel j’ai vraiment hâte de voir se faire le second numéro de 48Hr Mag. Qui sait, à ce moment là j’arriverai peut-être à leur proposer un truc.

Demain, bouquin kikoolol.

766 – Cine Club 97

C’est compulsif. Je regarde toutes les bandes-annonces des films à sortir. Mais genre toutes. Chaque matin je refresh mes sites de trailers à la recherche des deux minutes qui vont égayer ma journée. Puis ça permet de ne pas passer à côté de pépites potentielles. C’est comme ça que le mois dernier je découvrais Easier With Practice, un petit film indé avec un pitch de fou. L’histoire d’un auteur moyen et de son frère en tournée de dédicace à travers les Etats-Unis. Un soir, dans un hôtel, une jeune femme appelle au hasard le chambre de l’écrivain et lui propose de faire du phone-sex. Le mec accepte et débute une histoire d’amour et cul téléphonique qui durera des mois. Le film a été projeté dans un tas de petits festivals indés et a gagné une bonne demi-douzaine de prix. Piqué au vif dans ma curiosité, j’ai immédiatement voulu le voir. Pas de bol, ça serait un véritable parcours du combattant.

Easier With Practice est sorti en DVD aux US of A il y a trois semaines. Aucune date de sortie chez nous, ni au cinéma, ni en vidéo. J’ai tenté de le pirater mais personne n’a pris la peine d’en faire un rip correct. Tous les fichiers dispos sont des spams ou des trojans. Je le louerai bien en VOD chez Amazon.com pour 4$, mais le contenu est protégé hors de l’Amérique du nord. FUCK ! Merci le zonage arbitraire complètement stupide alors que j’étais prêt à payer, avec du vrai argent. Pas le choix, je me suis résolu à acheter directement le DVD, en payant au final 25$ (fpdin). Plus qu’à espérer que le colis arrivera et se fera pas piquer dans ma boîte. Nice. Sachant qu’après comme je ne dispose pas de lecteur DVD zone 1 il faudra que je le lise sur mon PC sans upscalling et que je le stream avec windows media center et la Xbox. Tout ça parce que, oui j’admets c’est fou, je veux voir un putain de film !

Alors en attendant que la galette arrive je bouquine. En fait j’ai lu l’article de GQ sur lequel est basé le film. Il s’avère que ce pitch est une histoire vraie, arrivée au journaliste et écrivain Davy Rothbart. Le mec en avait tiré un article fleuve dans le GQ US de 2006. Fun fact, GQ ne propose pas d’archives numériques à acheter. Faire de l’argent sur des vieux numéros ? Pourquoi faire ? Bande de tarés autistes ! Heureusement que je peux compter sur Twitter, là où on vous entend crier. Les mecs de Haterz ont entendu la complainte du reilly, et comme ils avaient un exemplaire du dit numéro du magazine (ne me demandez pas comment), ils m’ont fait des photocopies. L’article est effectivement très bon, le genre de trucs qu’en le lisant tu te dis « damn j’achèterais bien les droits pour en faire un film à petit budget sympa ! ». Par contre, du coup, je sais déjà comment ça s’est fini dans la vraie vie.

Le souci est que je ne peux pas vous dire ce que vaut Easier With Practice, le film. J’espère l’avoir à un moment, et qu’il est bien. Auquel cas je vous tiendrai au courant. Quand même, la curiosité peut vous pousser à pas mal d’efforts. Je serais presque tenté de riper le DVD à la réception pour le foutre sur Pirate Bay, pour le principe.

TRAILER STAGE !!!