517 – The Other Love

Ces dernières semaines sur Lyon je suis devenu escort boy. C’est-à-dire que j’étais une sorte de petit copain chaste intérimaire. Pendant qu’une copine était « en pause » avec son gars, ou en rupture partielle, je sais pas trop, j’ai comblé l’agenda, rempli les cases de l’emploi du temps. Paraît que c’est ce qu’on font les amis. Mais comme j’évite de trop croire à l’amitié fille-garçon, je préfère le terme d’escort boy, c’est plus kewl (wesh paie ta street cred !). Une bonne partie de ma mission consistait notamment à traîner cette fille au fin fond des cinémas de la ville, autant pour sa culture que pour que je ne me retrouve pas seul au fond de mon fauteuil. Emotive et peu habituée des salles obscures, elle produisait des réactions que je croyais disparues depuis le lycée. Prise par le film, elle retenait son souffle, se mordait les doigts, vivait entièrement l’histoire projetée devant ses yeux.

Depuis un petit moment, depuis que j’ai plus de temps, j’essaie de me tenir à regarder un film par jour, tous les jours. Parfois je fais les choses bien, haute définition, paquet de sablés Pépito et bouteille de Pago Fraise. Autrement, c’est un peu plus en lose, un DivX réduit dans une petite fenêtre à côté du document Word, note de blog à rédiger à la bourre, ou coincé entre deux conversations MSN avec deux filles que de toute façon je ne me taperai jamais. Films de merde, import asiatiques, perles indés sans sous-titre, je ne fais pas de tri, me faisant avant tout plaisir. L’important est de conserver le rythme, l’envie de plonger dans une histoire différente tous les jours, continuer à dévorer des heures d’images, de dialogues, de musiques. Puis, quand la motivation me saisit, j’attrape mes baskets et file faire chauffer ma carte illimitée aux quatre coins de Lyon.

Avec le temps, j’ai trouvé un intérêt supplémentaire au cinéma. C’est le seul moyen pour moi d’échapper à mes propres névroses, à mon besoin compulsif de surveiller mes emails, de suivre les Twitters des gens, de commenter sur Facebook. Lorsque je rentre dans une salle de cinéma, avec un peu de chance mon téléphone ne capte plus. Une fois les lumières éteintes, je suis dans film et uniquement dans le film. Tel un papillon face à un néon d’été, mes yeux sont hypnotisés par l’écran. Il n’y a pas beaucoup de moment dans la vie où l’on n’est concentré que sur une seule et unique activité. Baiser, c’est un peu ça, enfin avec la bonne personne. Il en va de même pour les films. Avec une bonne pellicule, c’est parti pour deux heures de baise non-stop, jusqu’à s’en dessécher la cornée à force de ne pas cligner des yeux pour ne pas rater une miette.

Le cinéma est depuis tout gosse une de mes plus grandes histoires d’amour. Je reparlerai sûrement de mes sentiments à son égard. Peut-être est-ce pour ça que lorsque l’on me conseille d’écrire des scripts, je ne suis guère intéressé, peine à me motiver. Pour garder la magie intacte, ne pas toucher au frisson qui me parcourt en m’installant dans la salle. Rester du côté propre de l’écran, loin des meetings, des compromis, des engueulades de la production. Rester du côté magique.

Demain, re-bouquin ! Désolé.