1217 – Pro Tips

J’ai reçu ce weekend mon premier mail de demande d’astuces pour réussir le concours du CELSA.

C’est un de mes marronniers, les missives d’étudiants qui m’ont trouvé en cherchant des infos sur les anciens de l’école. D’ailleurs ça arrive à la plupart de mes camarades, qui laissent trainer leur CV sur LinkedIn ou ailleurs. Et quelque part, c’est normal, c’est le cycle de la vie. Tout comme j’avais emmerdé quelques anciens quand c’était mon tour. Par contre, ce qui me tue un peu chaque année, c’est l’absence parfois totale de courtoisie et d’élégance. Entre ceux qui utilisent l’impératif, ceux qui tournent leur conditionnel de façon à ce que je comprenne que je DOIS répondre ou encore ceux qui se contente d’une ligne prise en sandwich entre un « bonjour » et un « cordialement ».

Autant de candidats qui n’ont pas compris que le CELSA est une ECOLE DE COMMUNICATION. ALLO ?! Non parce que la communication ça commence par des mails courtois qui donnent envie de répondre.

Quand je trouve le courage de m’adresser directement à quelqu’un à qui j’ai quelque chose à demander sans rien à offrir en échange, je pars du principe que je vais lui casser les couilles. Pour une raison simple : c’est le cas. Alors je fais simple, court, je saute des lignes. Déjà. Ensuite je me présente, parce que courtoisie. Puis je demande précisément ce dont j’ai besoin, parce que efficacité. Enfin j’essaie de donner une raison à mon interlocuteur d’accéder à ma demande, parce que motivation. C’est la base, et que des wannabes communicants ne l’aient pas intégré ne m’encourage pas à les aider, rapport au fait qu’ils partent déjà avec un handicap sur le concours.

Mais quand je reçois un joli mail, posé, bien fait, je réponds de bon cœur. Ça me fait plaisir. Encore plus quand je reçois un second mail, l’été venu, pour me dire que YAY ça a marché ! (je reconnais que ce n’est pas souvent, les stats sont contre nous)

Tant que j’y suis, je vais marquer là mes conseils de base, que je pourrais du coup linker d’un copier-coller au besoin, ou des fois qu’un googleur tombe dessus. Voici mes pro tips pour réussir le concours du CELSA :

- Pour l’écrit, prendre en note de manière bête un méchante deux bouquins de la bibliographie fournie par l’école. Retenir deux/trois principes et mots de vocabulaires liés à sa discipline et les ressortir dans la dissertation. Cela prouve qu’on est intéressé, renseigné, pas là par hasard. Compléter avec un maximum d’exemples, ce qui prouve qu’on suit le milieu, ce qu’il en sort et que l’on n’est pas qu’une machine à vomir des citations. Un peu d’enthousiasme dans le style est un bon plus, si on arrive à communiquer son envie au correcteur, c’est banco.
Ne pas négliger l’anglais non plus. Nombre de candidats ont un niveau moyen voire faible. Tout ce qui sera grignoté sur l’anglais permettra de prendre le dessus sur les disserteurs de génie.

- Pour l’oral, le conseil ultime est d’arriver à prouver pourquoi intégrer l’école est non seulement une bonne idée par rapport à son profil, mais aussi d’une logique totale et absolue. Vous devez me prendre parce que mon études X et mes ambitions Y font que le CELSA est la suite optimale de mon parcours. A défaut de logique, jouer la carte de la complémentarité. J’ai fait des études X, ce qui ne peut être qu’un atout pour moi, pour vous etc…
Enfin, mais cela devrait aller de soi, préparer des réponses toute faite à toutes les questions à la con typiques (pourquoi le CELSA ? pourquoi voulez-vous quitter votre école ? quel métier visez-vous ? vous avez une question pour nous ?) et les apprendre par cœur.

Voilà.

Ça a marché pour moi.
Et c’est ce que je réponds dans la plupart des mails que je renvoie. Sauf question plus précise ou discussion vraiment riche et intéressante. Ce qui arrive, des fois.

Sur ce, j’ai un mémoire de fin d’études à procrastiner.

1165 – Disappear Here

Il existe quelques malheureuses confluences de caractères que j’évite de reproduire dans la barre de recherche Facebook. Avec le mauvais agencement de lettres, je me retrouve né à né avec la photo de profil d’une personne que je garde dans mon pokedex mais dont je n’ai pas (toujours) envie de me souvenir. Une ex. Au hasard. Puis, la semaine dernière, sans vraiment savoir pourquoi, j’ai eu envie (de savoir). J’ai tapoté le début de son prénom. Mais rien. Le début de son nom de famille. Rien non plus. Quelques vérifications plus tard et force était de constater qu’elle s’était bannie de Facebook. Vu qu’elle ne trainait pas trop ailleurs sur le net, elle a dans les faits disparue. Alors oui je peux lui envoyer un email, mais ce serait une démarche active, qui risque de se solder par une engueulade. Je préfère m’abstenir. Bien que je n’aie plus d’autre moyen de suivre ce qu’elle devient.

Parfois c’est pire, puisqu’on se retrouve pieds et poings liés à tous les niveaux. Comme avec cette amie du lycée que je ne peux pas joindre. Son mec fliquait son téléphone jusqu’à ce qu’elle change de numéro, et filtre toujours ses emails. A moins d’engager un détective privé et de prendre des cours de muay thai, je n’ai aucune chance de l’inviter à boire un Pepsi Max en souvenir du bon vieux temps. Plus récemment, c’est une camarade platonique de promo qui a fermé son Facebook. D’où un début de panique, pour récupérer son email et/ou son numéro. Parce qu’on a tellement l’habitude de traiter les internets en général et les réseaux sociaux en particulier comme des annuaires, on en oublie qu’il suffit de débrancher un compte ou deux pour se retrouver les mains vides, avec plus que les pages blanches pour s’essuyer les larmes.

Je vis dans une bulle, avec la certitude que si on me cherche un minimum, on me trouve. Je ne me cache pas vraiment derrière un pseudonyme, je n’ai pas de vie parallèle, de blog secret accessible sur mot de passe. Pendant ce temps, dans la vraie vie, des connaissances n’ont jamais eu de compte Facebook, se connectent uniquement pour relever leur boite aux lettres laposte.net et se contrefoutent du reste. Et encore je n’ai pas parlé de ceux ou celles qui font des efforts pour te maintenir dehors. Comme la fille du livre qui en douce est venue bosser à paris (son profil LinkedIn l’a trahie). SANS PREVENIR. Je l’ai pokée pour la peine. On a les révoltes qu’on peut. J’aurai pas de réponse. Mais au moins je pourrai arrêter de la chercher du regard dans le métro lyonnais.

Je progresse.

Tout ça pour dire que les gens, s’ils veulent, ils peuvent jeter une bombe fumigène et disparaître. Comme ils veulent. C’est au final pas si difficile. Et des fois ça vous frappe d’un coup, on se souvient que c’est possible. Là idéalement on reprend son téléphone et on passe un texto, un tweet, un mail, au cas où.

Pour que le moment venu, on veuille bien nous donner une piste à suivre.

1010 – They Live

Celle-là m’a ajouté sur Facebook après des années sans se voir. Elle qui avait osé me dire la dernière fois que si elle avait su que je tournerais si bien, elle serait sortie avec moi au collège, a pris une dizaine de kilos depuis notre dernière rencontre. Une autre vient aux nouvelles et m’annonce être en pleine procédure de divorce avec le crétin qu’elle s’était empressée de marier à la sortie du lycée. Celle-ci, pas revue depuis presque six ans, m’envoie quelque lignes de mail, comme pour reprendre contact pour finalement ne pas donner suite, son homme veille. Un peu comme la fille dont le ventre et les fesses illuminaient les cours de natation à l’époque où mon corps commençait à vouloir dévorer de la demoiselle. Deux longs mails auxquels j’ai répondu pour finalement me retrouver face au vide. Ce mois de décembre aura visiblement été celui des retrouvailles ratées, des regrets qui ne vont pas au-delà de quelques mots.

Peut-être que c’est l’hiver qui fait ça. On a froid, on reste chez soi et l’on cogite, seul(e) sous sa couette. La nuit tombe vite, on comate devant l’ordinateur, on cherche des noms sur Google (je vous vois quand vous le faites, sachez le). Puis, parce qu’on peut, on envoie quelques lignes. Si ça se trouve la plupart du temps c’est sans but particulier. Sa vie change. Les études se terminent, les erreurs de jeunesse se paient. On regarde en arrière. A la crise de quarantaine, on trompe sa femme avec une amie d’enfance, elle aussi morose et trop usée pour faire semblant d’être farouche. A vingt piges et des cacahuètes on a peut-être envie de savoir que le passé est toujours là, qu’on peut reprendre la parole n’importe quand. Le bouton reset est à portée de clic. Ou alors on jauge la vie des autres, on reconsidère ses névroses et ses propres jugements. Je ne sais pas trop. Mais j’aurais aussi de mon côté été coupable de mails à la mer de décembre.

En plus de répondre à tout le monde, j’ai aussi dégainé le téléphone et le Gmail. J’ai submergé de textos la fille d’un été, pour me persuader au bout de quelques jours sans réponse qu’elle était morte et que personne ne m’avait prévenu. En fait non, elle était avec son homme. J’en déduis qu’elle va bien, la latence de sa réponse est toujours fonction de la santé de son couple. J’ai posté des messages sur des murs Facebook. Je ne voulais pas dire « Hey toi, bonne vacances » mais « Tu me manques, raconte-moi dans ta vie, prends moi dans tes bras, devenons les meilleurs amis qu’on aurait dû être ». Puis j’oublie. Et j’essaie de comprendre pourquoi elle ou elle ne reprend qu’à moitié contact, pourquoi on me propose un rendez-vous pour l’annuler dans un silence, pourquoi ces à-coups.

De temps en temps, l’ancre vient se planter fermement dans la coque du frêle esquif de votre existence, et on partagera quelque chose. Ce décembre j’ai reçu des messages que je n’attendais pas, j’en ai envoyé. On s’est frôlé, on s’est manqué. Jusqu’à l’hiver prochain, que ça recommence.

Ou plus tôt. Dans une occasion réussie, autour d’un chocolat, dans une salle de cinéma, sous une couette.

Bonne année à vous. A demain.