566 – Hambipaulin

- Dis-moi, là dans le four, sur les buns, c’est quoi que t’as mis comme sauce ?
- C’est pas la sauce, c’est des tranches de mozza.

Holy shit. Je suis fasciné. Sous mes yeux brillants d’excitation je suis en train de contempler de la mozza fondre lentement le long de pains aux sésames. Pendant ce temps là, Ben (pas moi, un autre, le vrai), est en train d’ouvrir le cellophane de steaks hachés Charal (non surgelés). Sous ses cheveux ébouriffés il s’excuse de ne pas avoir pu choper de meilleurs morceaux de viande, qu’il aurait du faire les courses plus tôt. J’ai du mal à comprendre dans quel univers il navigue. Je les kiffe d’avance ces steaks qui chantent au fond d’une poêle. Greffé au dernier moment dans une soirée de trentenaires, je préfère m’éclipser un moment de la cuisine pour ne pas me gâcher la surprise.

Les minutes passent et je vois Ben poser une demi-douzaine de petites assiettes sur la table à manger. Trop difficile de ne pas zieuter. Heureusement la viande est prête. Je me retrouve nez à nez avec les deux morceaux de pain, chacun recouvert de mozza fondue. Le steak saignant repose sur le bun du dessous. Bien décidé à utiliser tous les ingrédients présents sur la table, je commence par ramasser une cuillère d’oignons cuits encore chauds. J’ajoute une couche de purée d’avocat pour y coller les morceaux de salade fraiche Iceberg. Le bacon est en tranche, quasiment sans gras et je l’imagine sans peine croustillant. Une fois encore Ben se confond en excuses de ne pas pouvoir proposer de la moutarde au miel de première qualité. Je ne l’écoute plus, trop occupé à tartiner le bacon avant d’en coiffer ma petite tour de pise culinaire. Ne manque plus que le pain du haut et sa mozza que j’écrase de toutes mes forces sur le burger, afin que les ingrédients se resserrent, s’imprègnent les uns des autres.

A la première bouchée, j’ai envie de pleurer. La viande fond sur mon palais, le pain est encore moelleux bien que chaud et croustillant à l’extérieur. La moutarde surprend mes papilles avant de laisser parler les oignons adoucis par l’avocat. Le croquant de la salade achève une bouchée orgasmique. J’ai littéralement les larmes aux yeux mais je me retiens pour ne pas passer pour un gland. Le fait est que je n’avais pas mangé de burger préparé avec autant d’amour depuis des années. Même les maouss burger du Breakfast In America ne sont pas aussi parfaits, ne transpirent pas autant l’amour de la bonne bouffe. Ben me jure sur sa tête qu’il est capable d’en faire des dix fois mieux. Mais c’est comme tenter d’expliquer à une pucelle qui a eu son premier orgasme que ça peut être encore meilleur. Je suis trop occupé à mourir de plaisir pour penser à quoi que ce soit d’autre.

Rapidement je prends peur de ne pas en avoir assez, de rester sur ma faim, dans tous les sens du terme. Alors je me sers quelques frites au four, grillées comme j’aime, sans sauce. Leur goût lave mon palais qui se reprend alors un plein shoot de burger. Une fois la dernière bouchée savourée, déglutie au ralenti, je réalise que je n’ai plus faim. Je n’ai pas besoin de dessert, de second round. C’est tout juste si je me rince en finissant l’assiette de salade. Après coup on me dira que j’ai fermé ma gueule pendant 20 minutes, le regard dans le vide, et que de la part d’un connard bavard comme moi c’était un exploit. Je viens de faire l’expérience d’un Hambipaulin. Et tandis que je rédige cette note, la nuit ne m’a jamais parue aussi douce.

514 – Joe’s Appartment

Pour compenser cet été de misère où j’ai oublié de faire le tour de la planète et de batifoler dans les vagues avec des filles nues, j’ai accepté à peu près tous les plans possibles et imaginables. C’est comme ça que je me suis retrouvé à chausser mes rollers au milieu de la nuit pour débarquer chez des inconnus et boire leur coca, entre autres aventures (de quoi blogguer un moment). Dans l’opération j’ai squatté dans pas mal d’apparts aux quatre coins de Lyon, des pentes bobos de la Croix-Rousse aux maisons en banlieue, en passant par les studios sur la presque-île. A paris il n’y a que la ville, les mêmes immeubles de partout, vaguement séparés de quartier en quartier par des subtiles variations de niveau de vie ou de population. On ne dit pas intra-muros pour rien, puisque Paris est une prison architecturale géante, où le peu d’espaces un peu différents sont circonscrits à un bloc d’immeuble égaré ça et là.

J’ai un super souvenir d’appart’ Lyonnais. C’était chez une petite copine de l’époque, enfin, vaguement, longue histoire courte. La porte de chez elle était presque penchée, le long des pentes, de la Croix-Rousse. Ce qui m’a scotché, c’est que son appartement communiquait avec l’immeuble d’à côté. A un endroit où les deux grosses maisons à étages devaient être séparées, quelqu’un avait abattu un mur avant de condamner l’autre porte d’entrée. En passant la tête par une des fenêtres, il était clair qu’elle habitait à cheval sur deux immeubles, créant un espace complètement inédit. Un peu avant que je ne fasse voler son soutien-gorge à travers sa chambre, j’ai eu le temps de décréter cet appartement officiellement le plus cool de tous les temps. C’était il y a presque dix ans, et je n’ai jamais trouvé mieux, en terme d’appart’ je veux dire.

Y’a quelque mois, mon ami marabout prophétisait entre deux bouchées de pizza surgelée premier prix que j’irai vivre à New-York avant de finir ma vie entre Saint-Germain et une maison à la campagne. Ca me semblait pas impossible sur le coup. Quand même, ça me ferait super chier de ne pas avoir vécu quelques temps à Lyon. Bon, y’a les prix de l’immobilier qui font que mes potes ont des apparts de fou furieux trop bien placés pour moins que mon cloaque parisien. Il s’agit surtout de mon amour pour la ville, pour ces quartiers où je ne me sens pas étouffé et qui sont si différents les uns des autres. Mais pour l’instant je n’ai absolument rien à faire à Lyon, pas d’études, pas de grosses boîtes ni d’éditeurs à poursuivre. Rien dans l’avenir, qu’il soit proche ou a moyen terme. Impossible cependant d’oublier l’appartement des parents de Coline, devant lequel je ne peux m’empêcher de passer de temps en temps.

514---Stalk-Lettré

Dans une semaine je retrouve mon vingt-deux, sa salle de bain aux robinets qui se dévissent, l’odeur de kebab quand on ouvre la fenêtre et les voisins cleptomanes. Back 2 Skool !
Demain, bouquin pour fillette !

359 – Windows On The World

Dans la série des boulots complètement planqués dont personne se doute qu’ils puisse exister, il y a chauffeur de camion Google. Des mecs chargés de suivre un trajet hyper cadré dans des grandes villes, au volant d’un camion maquillé surmonté d’un étrange dispositif : un appareil photo à 360° qui mitraille non stop. Tout ça pour produire l’option Street View de Google Maps/Earth. Pour ceux qui l’ignorent, Street View c’est la possibilité d’obtenir une vue « de la vraie vie » tournante sur son navigateur. En gros, tu dois aller quelque part tu veux voir la tronche que ça a pour mieux situer qu’avec un carte, et paf ! Méga kif tu as la façade de l’immeuble ou du magasin en maouss photo sur ton n’écran d’uber geek. Perso, moi je kiffe niveau utilité, mais aussi niveau connerie. Un peu comme le jour où Street View a été disponible sur mon N95, j’ai passé 5min a faire la recherche de la vue de mon école tout en étant dans un des cours de la dite école.

J’aime bien Google Earth. Quand c’est sorti j’étais en transe, le kif absolu de faire le tour du monde avec ma souris. Ca ramait sa race, c’était très moche, mais le pied quoi ! Pour moi qui suit une grosse feignasse des voyages, c’était un peu magique (comme mes HD DVD Planet Earth). Quand les montagnes en 3D sont apparues, j’avais des étoiles dans les yeux, mais moins que le jour où les immeubles de New-York se sont retrouvés modélisés et texturés. Méga pied du kikoo lol qui fait le coin avec le zoom sur la grosse pomme. Si je vous raconte tout ça, c’est que l’autre jour j’étais au bureau, avec le mal du pays. Ce jour là de nouvelles villes avaient été ajoutées en Street View, dont la proche banlieue lyonnaise. Une petite recherche plus tard et je tombais sur ma maison de quand j’étais pas un hypeur parisien. Une photo en plein été, qui plus est, et donc toute touchante pour mon petit cœur de geek.

Mon premier réflexe suivant mon « Awww » face à la porte de chez moi, aura été de me dire que ça je devrais Street Googler les maisons de mes exs. Oui, des fois j’ai des raccourcis intellectuels très étranges. Pas autant que cet anglais qui utilisait Google Earth pour repérer les tuiles de valeur à voler sur les toits de Londres (bah ouais). Ou encore ce japonais qui utilise la navigation Street combinée à un tapis roulant pour faire son footing en appartement tout déambulant dans les rues du monde entier. Sans parler des pyschopathes qui traquent sur les millions de clichés pris par Google tout ce qui pourrait être insolite (genre des mecs qui font des combats dans leur jardin). Comme quoi on peut être uber geek et complètement créatif. C’est débile à dire, mais je sais que quand je baderai, que ce soit à Paris, New-York ou au fin fond de la campagne japonaise, je pourrais toujours faire une balade virtuelle dans un Lyon éternellement figé dans un magnifique jour d’été.

Voilà ce qui s’appelle être nostalgeek : la technologie au service de l’âme. Si c’est pas beau ! J’en embrasserais Google tiens ! Pas le temps, car demain on parlera d’un livre au titre extrêmement putassier. A 16h il sera question de mes notes de Master.