- Dis-moi, là dans le four, sur les buns, c’est quoi que t’as mis comme sauce ?
- C’est pas la sauce, c’est des tranches de mozza.
Holy shit. Je suis fasciné. Sous mes yeux brillants d’excitation je suis en train de contempler de la mozza fondre lentement le long de pains aux sésames. Pendant ce temps là, Ben (pas moi, un autre, le vrai), est en train d’ouvrir le cellophane de steaks hachés Charal (non surgelés). Sous ses cheveux ébouriffés il s’excuse de ne pas avoir pu choper de meilleurs morceaux de viande, qu’il aurait du faire les courses plus tôt. J’ai du mal à comprendre dans quel univers il navigue. Je les kiffe d’avance ces steaks qui chantent au fond d’une poêle. Greffé au dernier moment dans une soirée de trentenaires, je préfère m’éclipser un moment de la cuisine pour ne pas me gâcher la surprise.

Les minutes passent et je vois Ben poser une demi-douzaine de petites assiettes sur la table à manger. Trop difficile de ne pas zieuter. Heureusement la viande est prête. Je me retrouve nez à nez avec les deux morceaux de pain, chacun recouvert de mozza fondue. Le steak saignant repose sur le bun du dessous. Bien décidé à utiliser tous les ingrédients présents sur la table, je commence par ramasser une cuillère d’oignons cuits encore chauds. J’ajoute une couche de purée d’avocat pour y coller les morceaux de salade fraiche Iceberg. Le bacon est en tranche, quasiment sans gras et je l’imagine sans peine croustillant. Une fois encore Ben se confond en excuses de ne pas pouvoir proposer de la moutarde au miel de première qualité. Je ne l’écoute plus, trop occupé à tartiner le bacon avant d’en coiffer ma petite tour de pise culinaire. Ne manque plus que le pain du haut et sa mozza que j’écrase de toutes mes forces sur le burger, afin que les ingrédients se resserrent, s’imprègnent les uns des autres.

A la première bouchée, j’ai envie de pleurer. La viande fond sur mon palais, le pain est encore moelleux bien que chaud et croustillant à l’extérieur. La moutarde surprend mes papilles avant de laisser parler les oignons adoucis par l’avocat. Le croquant de la salade achève une bouchée orgasmique. J’ai littéralement les larmes aux yeux mais je me retiens pour ne pas passer pour un gland. Le fait est que je n’avais pas mangé de burger préparé avec autant d’amour depuis des années. Même les maouss burger du Breakfast In America ne sont pas aussi parfaits, ne transpirent pas autant l’amour de la bonne bouffe. Ben me jure sur sa tête qu’il est capable d’en faire des dix fois mieux. Mais c’est comme tenter d’expliquer à une pucelle qui a eu son premier orgasme que ça peut être encore meilleur. Je suis trop occupé à mourir de plaisir pour penser à quoi que ce soit d’autre.

Rapidement je prends peur de ne pas en avoir assez, de rester sur ma faim, dans tous les sens du terme. Alors je me sers quelques frites au four, grillées comme j’aime, sans sauce. Leur goût lave mon palais qui se reprend alors un plein shoot de burger. Une fois la dernière bouchée savourée, déglutie au ralenti, je réalise que je n’ai plus faim. Je n’ai pas besoin de dessert, de second round. C’est tout juste si je me rince en finissant l’assiette de salade. Après coup on me dira que j’ai fermé ma gueule pendant 20 minutes, le regard dans le vide, et que de la part d’un connard bavard comme moi c’était un exploit. Je viens de faire l’expérience d’un Hambipaulin. Et tandis que je rédige cette note, la nuit ne m’a jamais parue aussi douce.





