J’étais persuadé de vous avoir déjà parlé de It’s A Bird, un roman graphique Vertigo par Steven T Seagle et Teddy Kristiansen en 2004. Mais en fait non. Je crois que la raison principale était que le comic était pas du tout disponible en France et que ça aurait été plus frustrant qu’autre chose. Sauf que cette semaine, en trainant dans une librairie BD j’ai découvert que la traduction était enfin disponible, six ans plus tard. A l’époque j’avais acheté ça à cause du scénariste. Steven T Seagle avait bossé sur Superman pour une série de numéros que j’avais pas trouvés particulièrement bons. Débarque alors It’s A Bird (en référence à une des phrases cultes de Superman), BD autobiographique où l’auteur nous racontent comment il s’est vu proposer le job de scénariste d’Action Comics et pourquoi ce job en or était si difficile à appréhender. J’ai eu raison puisque ce bouquin est un des meilleurs comics que j’ai pu lire.

Steven T Seagle a touché le jackpot. DC Comics le courtise pour qu’il scénarise Action Comics, le plus vieux comic du monde, celui qui a vu naitre Superman et qui raconte ses aventures depuis soixante ans. Malheureusement Steven est circonspect. Il a du mal à voir ce qui rend Superman intéressant. Il peine à trouver des accroches, des idées suffisantes pour en tirer un script. L’éditeur décide d’accorde une faveur à Seagle, il lui donne quelques jours avant d’appeler quelqu’un d’autre. Le scénariste met ce temps à profit pour essayer de comprendre ce qui coince, il questionne le mythe de Superman, le masque Clark Kent et toutes les notions de superpouvoirs. Car Steven a un secret, son père est atteint de la maladie d’Huntington, qui paralyse les muscles avant de provoquer une démence au stade final. La maladie est génétique, Steven sait qu’il est peut-être condamné. Alors qu’il reste au chevet de son père sombrant dans la folie, le scénariste se demande, c’est quoi être Superman ?

J’ai une histoire compliquée avec la maladie en général, mais je ne pense pas que ce soit nécessaire pour appréhender It’s A Bird. Le récit est suffisament humain et sincère pour que l’on se sente sincèrement touché par cette histoire vraie et ces tiraillements d’adultes. Ou comment nos proches et notre travail influent sur notre façon de voir et d’être. A un niveau plus comics, le bouquin est intéressant car on reproche beaucoup à Superman d’être fade, inutile, trop figé dans une iconographie pour qu’on puisse en faire quoi que ce soit. A titre personnel je ne suis pas d’accord mais la question est posée et Steven Seagle essaie d’y répondre du mieux qu’il peut. Son run sur Action Comics ne sera pas resté dans les anales, mais il a essayé, et il s’est posé de vraies questions. Le comic est peint dans un style très doux, les dessins faisant beaucoup d’économies de traits. Le récit n’en est que plus touchant et on se laisse porter d’un bout à l’autre, une petite larme à la fin.

Si vous aimez les vraies tranches de vie, les comics, le processus de création ou Superman, foncez. Je sais que la traduction n’est pas donnée, mais à défaut ça peut vraiment faire un beau cadeau. Un indispensable couronné d’un Eisner Award pour ses dessins, It’s A Bird me hante encore six ans après.
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