1097 – Agent X

Dans la vie on veut toujours ce qu’on ne peut pas avoir.

Prenez les agents littéraires, alias le truc qui existe chez nous que pour vendre des droits ciné/à l’étranger. Bah j’en veux un. Je sais je l’ai déjà dit. J’ai déjà énuméré tous les avantages à avoir un type qui est payé à la commission et qui va donc suer sa race pour faire toutes les démarches de l’artiste qui n’a plus qu’à rester chez lui à sauter des étudiantes. Plus ou moins. Je me comprends. Enfin. Dans le monde réel pendant ce temps j’imprime en scred un exemplaire de manuscrit, je fais relire à cinq personnes ma note d’intention (aucune d’entre elles n’aura relevé la faute de grammaire) et j’écris avec mes petits doigts l’adresse de l’éditeur sur la lourde enveloppe avant de la poster.

Alors pour conserver un peu de magie dans un monde sinistre, j’appelle tous mes amis de l’édition Agent. Comprenez par là que si quelqu’un me donne ne serait-ce qu’un micro coup de main (rappeller son ex qui a couché avec un type qui a fait un stage dans le service courrier d’un édteur et qui peut être peut me donner un nom), je l’interpellerai toujours comme « Agent », jusqu’à complétion des services. D’une, c’est déjà beaucoup plus valorisant que « contact », « réseau » ou « piston ». Ensuite ça me donne l’impression d’être un génie du mal solitaire qui, derrière son bureau, envoie ses équipes en mission à travers Saint Germain.

A un moment j’avais quand même envisagé d’engager un agent/chasseur de primes. En mode « le premier qui est directement responsable de ma signature gagne XX% au passage. Mais bon, c’est mon côté pistolero du capitalisme ça. Puis vu ce que ça gagne un auteur, je peux promettre un diner au restaurant ça reviendra au même.

N’empêche que je commence des mails par « Agent ! » et que ça me fait plaisir. Je parlais dernièrement des petites motivations qui me font continuer. Mes potes qui jouent le jeu, m’engueulent comme si j’étais un vrai client relou, se démènent et me trouve des bribes de plan, tout ça joue sur le moral. Dans le bon sens.

Si on ne peut pas toujours avoir ce qu’on veut dans la vie, on peut faire semblant. Ça marche pareil.

1089 – Swap

Au départ je voulais vous parler d’un dessin animé, puis après je voulais vous parler de mes dimanches récents durant lesquels il ne se passe rien. Puis il est 00h47 et je réalise que j’écrirais bien un peu ce soir. Genre que je bouclerais un chapitre de Perfect Ten. Alors du coup je vous parle pas vraiment. A la place je vous fait un deal que vous ne pouvez pas refuser.

Vous n’avez que quelques lignes sur le blog aujourd’hui, mais là, à presque une heure du matin, j’ouvre Word et je fais l’équivalent quantitatif d’une note sur mon bouquin.

Deal.

Edit 02h22 : J’en ai écrit pour 881 mots. Y’en a un peu plus, je vous le met quand même.

1083 – Press Print To Continue

En ce moment je suis en plein dans la théorie des six dégrées de séparation. Vous savez, le truc comme quoi on connait quelqu’un qui connait quelqu’un et tout. A une époque j’y réfléchissais pour draguer. Par qui je peux passer pour m’approcher de cette patineuse artistique odieusement bien fichue ? Là, je serais plutôt en mode Linked In. Par qui je peux passer pour m’assurer qu’on lise mon bouquin avec toute l’attention nécessaire pour maximiser mes chances ? Vu quel’intelligencia littéraire française ne comprends pas trop les réseaux sociaux, je dois aller les emmerder directement. Mais à défaut, j’emmerde mes amis, les potes de mes amis, les connaissances des potes de mes amis. Et ainsi de suite. Tout ça dans l’espoir de grappiller le coup de phalange (je demande même pas un pouce entier) qui pourra faire la différence.

Ca fait une dizaine de jours que j’ai réactivé Les Proxos, que j’ai imprimé un ou deux exemplaires reliés, au cas où. Motivé par un coup de pied au cul et autres facteurs, j’essaie de relancer la machine. Pour passer à autre chose. Pour avoir le droit de me plaindre à nouveau quand tout le monde m’aura dit non. La seule différence cette fois, c’est que si ça ne marche pas, ce sera injuste. Parce que cette fois j’ai des preuves tangibles, encrées sur papier, que ce bouquin peut passer, qu’il a la taille de la serrure. Ce qui entraîne forcément une espèce de fébrilité, des névroses, le cerveau qui rumine. J’ai passé une semaine de merde (ça s’est vu dans mes derniers billets, on est même venu me demander si ça allait niveau dépression), en partie à cause de ça.

Si j’ai retenu un truc de mon expérience avec Flammalol, c’est que tu peux plaire à tous les échelons de la hiérarchie, tant que le mec d’en haut s’en tape, tu rentres bredouille. Alors j’emmerde mes potes, pour qu’ils me fournissent de quoi réduire les intermédiaires autant que possible. Des noms, des indices, des astuces, je prends tout. Et dans le tas je découvre ceux qui au fond s’en carrent pas mal de ce que je fais, ceux qui au fond méprisent un peu mon taf’. Je réalise parfois aussi que d’autres sont prêts à se mettre en quatre pour moi, à faire plus que ce que j’espérais, et je leur dois moult choco-BNs. A côté de ça, j’ai recommencé à faire un des trucs les plus douloureux à mes yeux : des notes d’intention. Résumer en quelques lignes le feu qui m’habitent, vendre ce qui je trouve parle de lui-même.

Sauf qu’aux yeux des éditeurs, je suis un qui n’en veut comme les autres. Y’a pas marqué « prix littéraire » sur mon front, ni « mine d’or » sur le paquet de feuille que je dépose sur leur bureau. Et je comprends, c’est le jeu, j’en aurais rien à foutre non plus si j’étais à leur place. Alors comme on choisit pas les règles, je me plie, en essayant d’accumuler ce que je peux comme atouts de mon côté, que ce soit avec une adresse postale directe ou les mots juste sur une note d’intention.

Cette semaine, je pense que j’enverrai un premier manuscrit. La semaine d’après un autre, peut-être deux. Jusqu’à que j’en finisse. Les doigts croisés, la certitude au cerveau, l’espoir au cœur.