499 – Once Upon A Time

Il était une fois une soirée à l’autre bout de la ville, non, à l’autre bout de la banlieue. Au fin fond de la ligne T2 du Tram lyonnais, la promesse d’une maison pleine de jeunes, de fraises tagadas et peut-être de filles bourrées. Ayant déjà l’habitude d’arriver systématiquement à la bourre, j’ai pris le dernier tram avec une copine. Le temps qu’on se pointe, la nuit sera déjà entâmée, les gens à bloc et en tant que nouveaux arrivants, nous serons le sang frais de la fête, le centre de l’attention. Enfin, pour ça, encore fallait-il parvenir jusqu’à la maison. Le tram nous aura lâché à la hauteur de son dépôt, à savoir à mi-chemin du parcours. A hauteur du campus de Lyon II endormi, mon amie et moi dument nous résoudre à marcher les trois/quatre bornes manquantes, seuls. C’est alors que je lui proposais de lui raconter une histoire.

A l’époque, je finalisais mon dossier BD sur Misplaced. J’avais bossé autant l’univers que la trame et les personnages. Je vivais littéralement dans mon petit monde de Sci-Fantasy. Alors au milieu de cette nuit, pour meubler le franchement long et pénible périble à travers la banlieue endormie, j’ai commencé à raconter l’intrigue de mon petit projet. Le premier acte entièrement scripté était très détaillé, jusqu’aux prémisces de dialogues. Puis pour contenter mon auditrice, j’ai du broder sur mes notes mentales du second et du troisième tome. De temps en temps elle m’interrompais pour me poser une question à laquelle je m’efforçais de répondre le plus précisément possible. Ce petit jeu a duré plus d’une heure, durant laquelle je marquais des pauses régulières pour lui demander si je ne la saoulais pas. Il semblait que non. Quand j’eu fini, elle resta silencieuse quelques minutes, avant de m’avouer qu’elle avait adoré.

Ce sera la fois où j’aurais raconté cette histoire avec le plus de détails, la seule et unique fois où j’ai pu déployer la totalité de mon travail sur ce projet. Et elle avait adoré. Sur le coup, je m’en foutais pas mal d’avoir mal à la gorge à force d’avoir parlé. Parcequ’au fond, raconter des trucs, tisser des intrigues dans ma caboche pour les proposer autant aux amis qu’aux inconnus, c’est ça mon kif. Misplaced a fini dans le gigantesque carton où j’ai enterré un tas d’idées qui sûrement ne reverront jamais la lumière du jour. Mais quelqu’un en aura profité. Quelques autres aussi, au détour d’un aprem’ passé dans l’herbe au fond d’un parc ou d’une conversation MSN transformée en monologue passionné. Déjà qu’en temps normal on a du mal à me faire taire. Rien au monde ne m’enthousiasme plus que d’aller voir un pote pour lui confier la dernière trame qui me hante, sur laquelle je travaille et que j’ai un besoin viscéral de partager.

Et mine de rien on touche entre autre à pourquoi j’écris quotidiennement depuis bientôt 500 notes. Sans parler des romans, des projets qui rôdent dans l’ombre et hurlent leur douleur de devoir rester discret, jusqu’au jour où j’aurais une occasion de les mettre déçamment en valeur, de les publier.
Demain, c’est la note 500, on parlera du blog, d’ambition et peut être que je laisserai s’échapper quelques bribes de quelque chose de nouveau.

RIEN A VOIR STAGE !!!

Hier dans le bus j’ai trouvé un super nom de travail pour mon, heu… 4ème bouquin. Comme ça je vais pouvoir renommer tous mes fichiers Word le concernant. Perfect Ten.

175 – Lloyd ! Get The Fuck Out Of Here !

Je suis fan d’Entourage (maintenant en HD, mangez-en, c’est bon). A la base c’était pas gagné. Une série HBO sur une superstar de cinéma et sa bande de pote, par tranches de 25min remplies avec des vannes, des fucks et du fucking. Le tout baigne dans une nonchalance et une certaine apologie du vide. Non, clairement au début ça me cassait un peu les couilles. Jusqu’à ce que je croise le personnage d’Ari Gold. Ari est l’agent de Vincent, la superstar, et en vrai c’est lui le héros de cette série. Grande gueule et plein de ressources, c’est un peu l’agent de rêve. Ah moins que le rêve ce ne soit d’avoir un agent. Non mais foncièrement à quoi ça sert un agent dans la vraie vie, hors d’HBO je veux dire. En fait c’est le type qui va aller voir les producteurs et autres financiers à votre place, vous vendre à votre place, négocier les contrats à votre place et organiser votre promo à votre place. Techniquement son but dans la vie c’est de limiter au maximum votre part de taf’ qui ne relève pas strictement de votre art. Combien ça coute d’avoir un mec qui vous rend la vie plus facile ? Un pourcentage de ce qu’il vous rapporte (généralement 10%, même si ça oscille).

A ce stade de la note, c’est lundi alors je vous en veux pas, mais vous vous demandez où je veux en venir. En fait j’avais envie de causer des agents littéraires. Aux US c’est monnaie courante d’aller déposer son manuscrit à un agent plutôt qu’à une bande d’éditeurs surchargés. L’agent c’est le type qui est sensé avoir un minimum de crédibilité car ayant déjà effectué une pré-sélection. Et quand il pose un manuscrit sur le bureau d’un éditeur, c’est avec une certaine caution supplémentaire en rab’. En France on appelle ça des « Amis journalistes ». Genre tu connais un type chez tel magazine qui connaît un type chez tel éditeur. Pour simplifier on peut aussi appeler ça le piston. C’est discret parce que ça fout les boules aux jeunes qui n’en veulent et qui n’ont pas d’amis. Mais c’est aussi stupide, car en restant dans l’ombre et en se limitant aux amis, on est pas professionnalisé. Un type qui pistonne va rarement demander une rétribution financière, ou bien aller accompagner le projet. En l’état, on a donc à priori des demi-agents.

Parce que voilà, en France on a la culture du mérite, du vrai. Genre tu veux publier bah tu te démerdes, t’es un homme, un vrai. Tu DOIS aller lutter dans la boue, sonner à des portes qui ne répondent pas. Et puis c’est quoi ces espèces de capitalistes qui profitent du talent des autres ?! Saleté de métier ricain à la con tiens ! Oui mais dans les faits, il se passe quoi ? Dans les faits un stagiaire va lire des manuscrits à la place d’un éditeur dont le goût perso aurait pu changer un non en un oui. Dans les faits une amie qui en est réduite à coucher avec un employé d’une grosse maison d’édition attend toujours une réponse à son manuscrit. Dans les faits quand sur Rue 89 ils nous disent comment Faïza Guène a publié son premier roman (400 000ex), ça donne « Un des profs de l’élève Faïza Guène, qui avait repéré « une bosseuse qui a du talent », lui demande l’autorisation de soumettre un début d’histoire à quelqu’un de l’extérieur. Sans préciser qu’il s’agit de sa sœur, Isabelle Seguin, éditrice chez Hachette. » Si vous avez l’impression qu’on se fout de la gueule du monde, vous êtes sur la bonne voie.

Au final des agents littéraires en France, y’en a moins d’une demi douzaine. La moitié se préoccupent uniquement des gros gagneurs (qui eux, pas cons, ont saisi l’intérêt de la démarche), les autres luttent sans qu’il soit évident de cerner leur réelle influence. Mais après tout, est-ce que l’agent est la réponse à tous les problèmes d’un éventuel premier roman de qualité ? Clairement pas. Même s’il faut avouer que dans un métier ultra-concurrentiel, pourri jusqu’à la gueule et avec un doux parfum de loterie, avoir quelques portes en plus auxquelles frapper serait pas du luxe.

Sur ces belles paroles, que je vous laisse tout le loisir de méditer pendant 24h, j’annonce le sujet de demain. On causera monde réel et ninjas UMP. J’avais promis une reveal. Y’en aura une.

LINK STAGE !!!

Intéressant article de la part (encore) de Rue89 à propos des agents littéraires en France.