Avengers Disassembled

Quand je suis sorti de la salle après The Avengers, j’étais super content, mais avec un bémol au fond des tripes. Je savais en partie pourquoi, mais ça restait flou. N’empêche que depuis une semaine je rumine le film dans ma tête. Plus j’y repense et moi je l’aime. Et je crois que je commence doucement à comprendre à cause de quoi.

J’ai, depuis, revu Thor (qui est kitsch mais me fait quand même plaisir) et Captain America (qui est pour moi le film Marvel qui fonctionne le mieux). Ces deux films ont quelque chose que The Avengers n’a pas : une ambition formelle.

Toute la séance de The Avengers, j’étais gêné par le cadre du film. Au lieu d’utiliser un format étendu cinémascope (2.35:1), Joss Whedon a opté pour un format télévisuel (1.85:1). En gros Avengers est réalisé dans un cadre de série TV et non de film de « cinéma ». C’est une erreur tant au niveau symbolique (le film ne mériterait pas un traitement grand spectacle) qu’au niveau visuel (puisque c’est toujours plus glorieux d’avoir un cadre étendu, plus beau, particulièrement quand c’est pour filmer un tas de personnages et des explosions). Ensuite, les couleurs du film sont tristement réalistes. Il n’y a que très peu de travail réalisé sur l’étalonnage et la colorimétrie. Cela fait que l’image est sans identité, sans âme. Surtout, sans filtre ni lense flare ni parti pris, The Avengers a un rendu très pauvre, où tous les décors ont l’air de studio (particulièrement dans la forêt, dans les trois rues de New York du final).

C’est désespérant parce qu’au lieu de voir le film le plus épique de l’été, je vois quelque chose qui ressemble à un téléfilm de luxe, un season finale avec de bons effets speciaux. D’autant que ce sont deux défauts qui se corrigent avec un simple choix de bon format et l’embauche d’un directeur photo qui s’y connait un minimum. D’autant que Thor et Captain America étaient tous deux en 2.35:1 et avec un véritable travail formel sur la couleur, le grain, les ambiances.

Plastiquement, Battleship enterre complètement The Avengers. (IL LE COULE)

Sur le fond, l’introduction de Avengers est particulièrement faible, les Chitauri sont tellement peu personnifiés qu’on se contrefout de ce qu’ils veulent et de ce qui leur arrive, d’où un combat final convenu. Surtout, le « vrai » monde ne réagit que très peu aux Vengeurs et son combat. Où est la déclaration d’intention mondiale de Loki, qui fout les boules à la planète entière par exemple ? Les vrais gens ont trois répliques dans l’épilogue, mais leur absence empêche les héros de prendre corps dans le monde, comme si tout se passait dans une bulle hermétique.

Je suis triste parce que The Avengers devait être un grand film, m’en mettre plein la gueule, ça devait être le film qui allait foutre la honte à Michael Bay, qui allait faire des trucs incroyables et un peu sale avec mes yeux. Au final j’ai l’impression d’avoir vu une fan-fiction filmée comme un TV film. Oui c’est drôle, oui les personnages sont maîtrisés, oui les bastons entre héros sont cool, le final explosif, mais c’est si peu épique.

Pour moi, l’expérience était plaisante, mais le contrat n’est pas rempli. Ce n’est pas le film Marvel ultime que j’espérais. Ni celui qu’on nous vend ou critique. L’adhésion presque totale de mes amis et des critiques geek US me dépite un peu, du coup. En partie parce que je ne comprends pas qu’on soit si peu à buter sur des défauts qui me paraissent monstrueux. Mais surtout parce que j’aimerais être aussi enthousiaste qu’eux, avoir aimé avec autant d’énergie. Ça m’éviterait la tristesse, et l’écriture de ce post. Sauf que non.

Heureusement qu’on a Prometheus à la fin du mois. Parce que ça, rien que la bande annonce explose formellement et artistiquement tout le film des Avengers. Il manque plus que l’histoire suive, et on tiendra le grand gagnant de l’été.

Croisage de doigts.
(j’Assemble mes phallanges t’as vu)

BONUS STAGE !!!

Si vous voulez relire cet article en plus vulgaire et extrémiste, allez chez mon copain Boounz. Il a parfois raison.

1075 – New Justice

Le dimanche matin, le mieux, c’est de petit déjeuner devant des dessins animés. A l’ancienne, avec un bon bol de chocapics entre les mains et les pieds sous la couette. Malheureusement c’est pas toujours facile de trouver quelque chose à se mettre sous la rétine. A moins d’être fan d’anime, là y’a toujours de quoi faire. Depuis l’annulation du meilleur dessin animé Spider-Man depuis vingt ans (Spectacular Spider-Man), mes dimanches matins étaient bien mornes. Sauf depuis deux mois, le démarrage d’une nouvelle série qui va bien, la Young Justice, qui n’est pas vraiment adapté du comic du même nom.

Cette Young Justice là a les deux pieds dans l’adolescence, ce qui est un cran plus mature que la précédente série Teen Titans. Kid Flash est chamboulé par ses hormones, Robin veut s’émanciper, Superboy déteste son « père », Miss Martian a peur de ne pas s’intégrer etc… Du coup les passages de soap sont presque plus divertissants que les séquences de baston. La fine équipe de jeunes sidekicks a décidé de former sa propre league et court le monde pour combattre les supervilains. Sauf que cette fois on a une continuité, c’est-à-dire une conspiration, des grands méchants planqués et plein de petits fils rouges à suivre d’épisode en épisode.

Par exemple, un des six personnages aura attendu le tiers saison avant de faire son apparition. Chaque épisode a un thème générallement lié à un personnage (la confiance, l’autonomie, le pardon etc…) mais s’emboîte dans une saison construite. Super agréable du coup de dévorer ses vingt minutes le dimanche matin. Il faut dire que l’animation de gâche rien. Warner a beau avoir délocalisé à Séoul la production de Young Justice, les combats sont ultra dynamiques, ça bouge bien. Le style global est mature, les personnages massifs et pas si cartoon. Un vrai plaisir pour le post ado que je suis.

Bien que je sois plus Marvel que DC, il faut reconnaitre que niveau animation la comparaison n’est pas en faveur de « la maison des idées ». Là où Marvel se contente de régurgiter des séries mal branlées pour accompagner les sorties ciné, DC fait un sans faute depuis des années avec des objets parfois étranges (Brave and the bold), parfois magiques (Justice League) ou tout simplement cools (Young Justice).

Alors en attendant la reprise d’Avatar en novembre, je continue à me faire plaisir.

OPENING STAGE !!!

La classe putain !

964 – Big Time

La seconde année où je suis allé au festival d’Angoulême, le dessinateur de comics Humberto Ramos était invité. Ramos est un des big five, les cinq premiers dessinateurs auxquels j’ai été exposé en bande dessinée américaine et qui ont forgé à la fois mes goûts et ma passion pour le comic. En plus de Ramos, Madureira et Campbell ont quasiment cessé la bande dessinée, Bachalo bosse encore de temps en temps, Turner est décédé et a atteri dans un projet de roman à moi. Ce jour là, dans la neige, sous la tente du festival d’Angou, j’ai attendu trois heures pour voir Ramos. Sans sortir de la file, tout seul, sans lecteur MP3, entouré de connards. J’ai mis à profit ce temps pour lui écrire une lettre, en anglais approximatif, avec des petits dessins, pour tenter de lui expliquer ce que son travail représentait pour moi. Je lui ai tendu une fois arrivé à son niveau, il l’a lue et a pris le double du temps habituel pour me faire le plus beau dessin qu’on m’ait jamais fait. Ever.

J’étais fan des projets creator-owned, indépendants, de Ramos. Malheureusement sans l’attrait d’un personnage connu, c’est dur de vendre assez de papier pour payer le beurre dans les épinards, Alors il est allé bossé sur Spectacular Spider-Man, et j’étais l’homme le plus heureux de l’univers. Mais ça n’a pas duré, et il est passé sur X-Men. Sauf que j’arrive pas à aimer les X-Men. J’essaie hein, j’ai essayé plusieurs fois, mais ça marche pas. Du tout. Alors je feuilletais, et je constatais que mon dessinateur préféré souffrait pour rendre ses planches à l’heure, réduisant les décors, le nombre de cases, simplifiant les poses des personnages. Il faut ce qu’il faut. Puis Spider-Man c’est devenu de la merde et j’ai arrêté d’acheter, je me suis contenté de lire un numéro par ci par là, ou des résumés, pour continuer à suivre les nazeventures de Peter Parker. Des années plus tard, la semaine dernière, Ramos est repassé sur Amazing Spider-Man à l’occasion du lancement d’un nouveau status quo, sous le terme Big Time.

Epaulé par des dessinateurs de soutiens qui font un numéro par ci par là, Ramos a plus de temps pour faire ses planches. New York est de retour dans les arrières plans, les pages comportent plus de trois cases et plusieurs personnages discutent dans la même case. Surtout, Peter Parker a de nouveau une tête à mi chemin entre le cartoon et le réaliste, les aventures de Spider-Man sont funs et colorées, le script me fait rire et malgré les restes des mauvaises décisions du passé et la redite de certaines histoires de fond, je suis à bloc. Pour la première fois depuis le court run de Bachalo y’a deux ans, j’ai regretté de pas avoir le numéro en papier dans mes mains, j’ai regretté de pas avoir de comic shop assez près pour aller l’acheter tant que j’oubliais que c’était trop cher pour moi en ce moment. Et au final, face au scan que j’avais dégotté, j’ai eu la larme à l’œil. Foutez vous de moi autant que vous voulez, j’ai aimé à ce point.

C’était pas révolutionnaire, mais c’était pile ce que je voulais, du fun old school avec aux crayons un des dessinateurs qui m’a fait aimé ce medium il y a dix ans. Shoot de nostalgie dans le cerveau, de nostalgie au goût de nouveauté. La double win d’un comic qu’on attendait pas. Je l’achèterai dans six mois quand il sortira en VF. Muchas gracias Humberto.