1075 – New Justice

Le dimanche matin, le mieux, c’est de petit déjeuner devant des dessins animés. A l’ancienne, avec un bon bol de chocapics entre les mains et les pieds sous la couette. Malheureusement c’est pas toujours facile de trouver quelque chose à se mettre sous la rétine. A moins d’être fan d’anime, là y’a toujours de quoi faire. Depuis l’annulation du meilleur dessin animé Spider-Man depuis vingt ans (Spectacular Spider-Man), mes dimanches matins étaient bien mornes. Sauf depuis deux mois, le démarrage d’une nouvelle série qui va bien, la Young Justice, qui n’est pas vraiment adapté du comic du même nom.

Cette Young Justice là a les deux pieds dans l’adolescence, ce qui est un cran plus mature que la précédente série Teen Titans. Kid Flash est chamboulé par ses hormones, Robin veut s’émanciper, Superboy déteste son « père », Miss Martian a peur de ne pas s’intégrer etc… Du coup les passages de soap sont presque plus divertissants que les séquences de baston. La fine équipe de jeunes sidekicks a décidé de former sa propre league et court le monde pour combattre les supervilains. Sauf que cette fois on a une continuité, c’est-à-dire une conspiration, des grands méchants planqués et plein de petits fils rouges à suivre d’épisode en épisode.

Par exemple, un des six personnages aura attendu le tiers saison avant de faire son apparition. Chaque épisode a un thème générallement lié à un personnage (la confiance, l’autonomie, le pardon etc…) mais s’emboîte dans une saison construite. Super agréable du coup de dévorer ses vingt minutes le dimanche matin. Il faut dire que l’animation de gâche rien. Warner a beau avoir délocalisé à Séoul la production de Young Justice, les combats sont ultra dynamiques, ça bouge bien. Le style global est mature, les personnages massifs et pas si cartoon. Un vrai plaisir pour le post ado que je suis.

Bien que je sois plus Marvel que DC, il faut reconnaitre que niveau animation la comparaison n’est pas en faveur de « la maison des idées ». Là où Marvel se contente de régurgiter des séries mal branlées pour accompagner les sorties ciné, DC fait un sans faute depuis des années avec des objets parfois étranges (Brave and the bold), parfois magiques (Justice League) ou tout simplement cools (Young Justice).

Alors en attendant la reprise d’Avatar en novembre, je continue à me faire plaisir.

OPENING STAGE !!!

La classe putain !

964 – Big Time

La seconde année où je suis allé au festival d’Angoulême, le dessinateur de comics Humberto Ramos était invité. Ramos est un des big five, les cinq premiers dessinateurs auxquels j’ai été exposé en bande dessinée américaine et qui ont forgé à la fois mes goûts et ma passion pour le comic. En plus de Ramos, Madureira et Campbell ont quasiment cessé la bande dessinée, Bachalo bosse encore de temps en temps, Turner est décédé et a atteri dans un projet de roman à moi. Ce jour là, dans la neige, sous la tente du festival d’Angou, j’ai attendu trois heures pour voir Ramos. Sans sortir de la file, tout seul, sans lecteur MP3, entouré de connards. J’ai mis à profit ce temps pour lui écrire une lettre, en anglais approximatif, avec des petits dessins, pour tenter de lui expliquer ce que son travail représentait pour moi. Je lui ai tendu une fois arrivé à son niveau, il l’a lue et a pris le double du temps habituel pour me faire le plus beau dessin qu’on m’ait jamais fait. Ever.

J’étais fan des projets creator-owned, indépendants, de Ramos. Malheureusement sans l’attrait d’un personnage connu, c’est dur de vendre assez de papier pour payer le beurre dans les épinards, Alors il est allé bossé sur Spectacular Spider-Man, et j’étais l’homme le plus heureux de l’univers. Mais ça n’a pas duré, et il est passé sur X-Men. Sauf que j’arrive pas à aimer les X-Men. J’essaie hein, j’ai essayé plusieurs fois, mais ça marche pas. Du tout. Alors je feuilletais, et je constatais que mon dessinateur préféré souffrait pour rendre ses planches à l’heure, réduisant les décors, le nombre de cases, simplifiant les poses des personnages. Il faut ce qu’il faut. Puis Spider-Man c’est devenu de la merde et j’ai arrêté d’acheter, je me suis contenté de lire un numéro par ci par là, ou des résumés, pour continuer à suivre les nazeventures de Peter Parker. Des années plus tard, la semaine dernière, Ramos est repassé sur Amazing Spider-Man à l’occasion du lancement d’un nouveau status quo, sous le terme Big Time.

Epaulé par des dessinateurs de soutiens qui font un numéro par ci par là, Ramos a plus de temps pour faire ses planches. New York est de retour dans les arrières plans, les pages comportent plus de trois cases et plusieurs personnages discutent dans la même case. Surtout, Peter Parker a de nouveau une tête à mi chemin entre le cartoon et le réaliste, les aventures de Spider-Man sont funs et colorées, le script me fait rire et malgré les restes des mauvaises décisions du passé et la redite de certaines histoires de fond, je suis à bloc. Pour la première fois depuis le court run de Bachalo y’a deux ans, j’ai regretté de pas avoir le numéro en papier dans mes mains, j’ai regretté de pas avoir de comic shop assez près pour aller l’acheter tant que j’oubliais que c’était trop cher pour moi en ce moment. Et au final, face au scan que j’avais dégotté, j’ai eu la larme à l’œil. Foutez vous de moi autant que vous voulez, j’ai aimé à ce point.

C’était pas révolutionnaire, mais c’était pile ce que je voulais, du fun old school avec aux crayons un des dessinateurs qui m’a fait aimé ce medium il y a dix ans. Shoot de nostalgie dans le cerveau, de nostalgie au goût de nouveauté. La double win d’un comic qu’on attendait pas. Je l’achèterai dans six mois quand il sortira en VF. Muchas gracias Humberto.

881 – Photography, The Marvel Way

La semaine dernière je rageais dans le dedans de mon petit corps poilu. Comme j’étais le seul à prendre des photos chez mes grands parents, j’étais surtout le seul a pas être dessus. Les photos. Et c’est pas une pitoyable tentative de self pic dans la forêt qui allait me sauver. J’ai donc du me résoudre à l’impossible : passer mon appareil à mon bro. Rapidos j’ai tenté d’être didactique sur comment cadrer pas trop mal un truc. Peine perdue, j’ai pu en sauver que deux. Faut dire que mon frangin, les photos, il s’en contrefout un peu. Il en prend pas, et est donc dessus. C’est double bénef’. Il ne s’émerveille pas devant une optique de bâtard, ne s’écrie pas qu’il lui faudrait un appareil quand il voit un truc joli et surtout n’a pas envie de faire l’effort d’apprendre à faire ça classe. Moi ? J’ai juste lu beaucoup de comics.

A une époque, la bible de l’apprenti dessinateur de comics aux US c’était « How to draw comics the marvel way » qui est en gros un bouquin de formatage artistique. On t’explique ce qu’il fallait faire ou pas faire pour rentrer dans la boîte à l’époque. Typiquement le genre de bouquins qui rendait fou les éditeurs franco-belges. Principalement à cause des leçons sur les cadrages. En France on est chiant, on aime bien (paradoxalement) les plans américains, où on voit les deux personnages qui discutent et où on se fait chier. Alors qu’un ricain va tout faire pour dynamiser cette insupportable séquence de discussion où on s’emmerde à en crever en attendant que quelqu’un éclate la gueule de l’autre. D’où plans rapprochés, plongées, contre plongées, jeux avec les vides, les pleins, les ombres. Tout est bon pour énergiser ça au maximum. Or, j’ai fait un peu de BD, The Marvel Way.

Quand je faisais du scénar’ de BD, je laissais jamais partir mes dessinateurs sans un storyboard en bonne et du forme. Et c’est quoi un storyboard à part une suite de dessins moches dont le seul intérêt est de présenter un cadrage ? Banco. Avant même de prendre ma première photo avec un véritable appareil qui coûte une blinde, je passais déjà mes journées à découper des plans, positionner mes sujets, jouer avec le décor. A cadrer quoi. Tout en sachant que par mes lectures j’étais quand même beaucoup plus influencé par l’école américaine qu’autre chose. J’en suis venu à me dire que si j’aime me contorsionner, me mettre à genoux face à mon grandad pour prendre un cliché epic ou aller courir la campagne pour faire ZE shot de la maison familiale, c’est en grande partie à cause des bandes dessinées.

J’irai pas jusqu’à dire que je prends des bonnes photos, ou que je fais des bons cadrages, que je suis meilleur que untel ou pas. Mais j’ai la certitude d’avoir le goût de la case, celle qu’on encre, et que je retrouve ce plaisir avec mon appareil, ce qui me donne peut-être un avantage ou une sensibilité particulière. Je fais peut-être de la merde, mais je prends mon pied.
Aussi, j’ai envie de vous dire, si vous aimez pas vos photos, lisez plein de comics.

EXEMPLE STAGE !!!

Hop hop, un exemple célèbre du bouquin, qui compare des cadrages caméra à hauteur d’yeux et caméra dynamique. Je me souviens d’engueulades de dessinateurs autour de ces deux pages, l’un hurlant contre le faux dynamisme gratuit et putassier, l’autre vomissant sur les cadrages chiants à en crever. Le débat fait encore rage.

Hauteur d'yeux.

The Marvel Way