Je me souviens de cette fois où j’ai sauvé une courtisane dans la citadelle de l’Alliance. Un tueur en voulait à sa peau. Je me suis chargé. Pour me remercier la courtisane m’a offert sa gratitude éternelle. Je lui ai répondu que c’était déjà trop d’honneur, je ne faisais que mon job de Spectre. Et je suis reparti sauver la galaxie.
Mon frère se souvient de cette fois où il a sauvé une courtisane dans la citadelle de l’Alliance. Un tueur en voulait à sa peau. Mon bro s’en est chargé. Pour le remercier, la courtisane lui a offert sa gratitude éternelle. Il lui a répondu que ça n’allait pas être suffisant, rapport au fait qu’il lui avait sauvé la vie. Elle concéda que oui, avant de se désaper et de s’offrir à lui.
Que nous apprend Mass Effect sur la vie ? Que dans les jeux vidéo comme dans le monde réel, c’est toujours les connards qui arrivent à baiser. Oh que décidément, je suis un putain de kikoolol.

En fait, je suis surtout irrécupérable, un incorrigible optimiste. Aussi longtemps que je m’en souvienne j’ai voulu jouer au super gentil. Ca a commencé avec les livres dont vous êtes le héros, jusqu’à Mass Effect II cette semaine. Dès qu’un jeu m’offre un choix de moralité, je suis toujours la voie du paladin. Mon acte le plus répréhensible remonte à Zelda 3, quand je filais des coups d’épée dans les poules. Quand j’ai joué à Fable I et II, Knight Of The Old Republic ou n’importe quel autre jeu avec un système de moralité. Je finis toujours gentil. Plusieurs raisons à cela. D’une part j’aime m’embarquer dans une histoire tel que je suis moi. Si j’étais vraiment, avec ma personnalité, ma morale et mes lois, dans les baskets de mon personnage, qu’est-ce que je ferais ? L’expérimentation obscure m’intéresse moins que vivre une expérience par procuration totale. Ca renforce mon immersion, mon attachement à l’univers et à l’intrigue. Mais surtout, dès que j’essaie de jouer le fils de pute, je culpabilise.

J’ai bien tenté de commencer des parties en mode connard, sur Fable par exemple. Mais ça coince. Je m’en veux d’avoir été hardcore avec un perso qui n’en méritait pas tant. Empathie encore et toujours. Cependant je n’écarte pas la possibilité que dans un système fermé, je tente d’agir tel que j’aimerais agir dans la vraie vie. Comme tout le monde, j’ai des accès d’égoïsme ou de lâcheté, voire de cruauté. C’est l’éternelle différence entre qui on est et qui on aimerait être. Alors dès que je joue à un jeu possédant un système de moralité, je finis par agir comme je pense être (ce qui est encore une autre facette du problème). Ca ne m’étonnerait pas qu’à force de grandir en lisant des comics et des trucs super optimistes j’aie développé un début de complexe messianique. La bonne nouvelle, c’est que bien que le terme existe, il n’est pas encore considéré comme une véritable maladie mentale.

Reste ce qu’il se passe lorsque j’échoue, lors que la réalité de mes pulsions contredit ce que j’aimerais être. Je parle de la vraie vie là, des crises fulgurantes de culpabilité et la rage qui parfois en découle. Mais c’est une histoire pour un autre jour, pour dans quelques centaines de notes de blog en rab’, quand on sera plus proches. On en reparlera.
Demain, on parlera d’agrafes.





