1230 – Book Review 210

Depuis un an ou deux, je passe beaucoup de temps sur les sites créés par les disciples de Chuck Palahniuk. Je me retrouve dans leur sensibilité littéraire, leur façon d’appréhender le medium, les conseils et informations qu’ils partagent. Disons que cela compense un peu mon absence de crew dans la vraie vie (un jour, je ferai partie d’une bande avec qui je fumerai d’épais cigares en dissertant sur l’état du roman contemporain, ça sera cool). En attendant, j’ère sur ces sites et je vois régulièrement passer d’excellentes critiques à propos d’un memoir intitulé The Chronology Of Water. Je l’ai mis dans ma wishlist Amazon avant le retirer des mois plus tard, puis de l’y remettre dernièrement. Jusqu’à la semaine dernière, où j’ai fini par me jeter à l’eau, pour faire comme mes copains imaginaires des internets et me sentir proche d’eux.

Lidia Yuknavitch raconte quarante ans de sa vie, regroupés par thématiques plus que par ordre chronologique. Le livre s’ouvre sur l’accouchement de son enfant mort-né, et s’emploie ensuite à remonter le temps, avant de repartir sur le présent. Lidia a été la victime d’un père abusif et d’une mère alcoolique. Elle se réfugiait dans la natation, un sport dont elle aurait pu être championne. Mais se laissant porter par ses propres démons, pulsions sexuelles et narcotiques, Lidia se retrouvera étudiante en littérature, puis professeure d’écriture. Entre temps, elle se sera marié à plusieurs reprise, aura sauvé la vie de son père, exploré sa féminité, fait face à ses démons et vécu plus de victoires que de tragédies. Jusqu’à revenir en 2010, où elle aura fait d’une nouvelle d’adolescence son premier memoir.

Alors oui, The Chronology Of Water mérite tous les compliments que j’aurais pu lire à son sujet. Le livre est écrit comme si Lidia nous racontait sa vie, avec une certaine oralité. Les phrases sont courtes et percutantes, le langage parlé vient se mêler à des figures de style plus séduisantes et subtiles. Ça se lit comme du petit lait (si on pouvait lire du petit lait, enfin, vous voyez quoi). Surtout, le mémoire n’est pas misérabiliste, l’auteur choisissant de ne pas se complaire dans le pathos et l’exploitation de ses propres misères pour lecteur voyeur. Au lieu de cela, Lidia apparait flamboyante, tour à tout sportive et chétive, monstre d’appétit bisexuel et romantique amoureuse. Le livre est féministe, au sens le plus noble puisqu’il ne prêche pas, préfère encourager une force intérieure plutôt que de se vautrer dans des revendications maladroites.

J’ai envie de prêter ce livre aux filles mal dans leur peau, aux écrivains en panne de confiance en eux, à tous ceux qui auraient besoin d’un peu plus d’énergie. The Chronology Of Water se lit vite, avec le même plaisir que l’on ressent lorsque quelqu’un d’intéressant vous raconte sa vie, rien que pour vous, avec passion.

Ça valait le coup.

BUY STAGE !!!

Sur commande (le livre est assez indé) pour 12€ chez Amazon.

1202 – Final Countdown

Or donc, aujourd’hui c’est mon dernier jour du dernier stage de ma vie. A priori.

Comme toutes les fins de taf’, c’est surtout le moment où tu réalises que c’est passé super vite, quand bien même ça fait neuf mois que t’étais là. J’imagine qu’être vieux et mourir ça doit faire à peu près pareil.

Jeudi soir, avant de partir, je vais vider mon bureau dans un carton. Parce que vingt ans de séries américaines m’ont appris que c’est comme ça qu’on fait. Pour mes fichiers informatiques, tout est déjà dans une dropbox qui est elle-même dans une dropbox. On me refera pas le coup de formater mon ordi juste avant que je parte (true story). Il ne reste que les souvenirs physiques à emballer. Je vais empiler dans leur boîte mes fournitures restantes, quelques papiers, mon carnet de notes, les goodies taxées de ci de là et les quelques produits bonus qu’on aura bien voulu me filer en cadeau de départ.

Taxer des trucs pour oublier que je suis triste, un peu.

Puisqu’après tout, j’ai appris des tonnes de pro tips en presque un an de taf’. Embauché un peu hors casting, pas au point sur toutes les subtilités de la fonction, j’ai du compenser au début, potasser le reste du temps. Ce qui m’a permis de découvrir plein de choses, de rajouter plein de lignes à mon CV. D’où la tristesse de partir quand je suis à peu près au point.

Je me console en me disant qu’avec mon nouveau statut de rechercheur d’emploi je vais pouvoir m’attaquer à la pile de jeux vidéo sous blister qui traîne sur mon bureau (Coucou El Shaddai, Deus Ex, Forza 4, Dark Souls, Rage, Batman et Modern Warfare). Je vais aussi pouvoir reprendre mon mémoire là où je lai laissé (à savoir pas très loin) et aller emmerder les éditeurs de paris en leur jetant des paquets de feuilles reliées à la tronche. Vivement.

Ca ne va pas être le début du reste de ma vie. Pas encore. C’est la période de transition, moitié étudiant moitié chômeur, moitié diplômé moitié employé. Je vais être rien et tout à la fois. Beaucoup d’excitation.

Mais je m’avance. Là je dois aller bosser, encore, quelques jours.
D’ailleurs je suis à la bourre.

1150 – No Vacancy

J’y suis. Mon premier été sans vacances. C’est d’autant plus flagrant que d’ici la fin du mois je serai littéralement seul au taf’. Entre les congés et les congrès, tout le monde sera parti. Du coup je réfléchis à comment je pourrai décorer le bureau de mon boss pour le traumatiser à son retour (un peu comme a pu faire SEGA). Sinon c’est le moment ou jamais de faire un putsch. Etant le seul aux commandes, je peux renommer toute la gamme et mettre ma tête sur les packaging. Avec genre un pouce en haut et une autocitation qui lirait « Me Gusta ! » suivie de cinq étoiles. Si les ventes explosent, je deviens le big boss. Ou alors je profite de l’absence totale de toute manager pour prendre de longues pauses déjeuner durant lesquelles je vais rattraper les trente volumes de retard que j’ai sur One Piece. Un scan à la fois.

L’autre effet secondaire de mon absence totale de vacances, c’est que je peux devenir un hôtel. D’habitude à cette époque de l’année, je suis à Lyon, à rien foutre. Mon placard parisien est fermé à clef, toutes les prises débranchées. Et les clefs sont sur le bureau du salon lyonnais. Du coup je n’hébergeais personne. Rien qu’aujourd’hui j’ai eu trois demandes de squat de l’autre moitié du lit de la part de voyageurs. Pour la première fois je vais laisser squatter des gens, que je laisserai jouer avec ma Xbox pendant que j’irai bosser. Et c’est cool. Parce qu’au prix d’un peu de temps, d’intimité et de pizzas, je verrai les potes et je gagnerai des points de karma. Si tu ne vas pas en vacances, les vacanciers viendront à toi. Au pire c’est toujours une excellente raison de ranger mon appart (et de récupérer un centimètre de plafond au passage).

Sinon, rapport aux vacances, je peux me consoler en me disant que je serai pas distrait par genre l’horizon sur la mer pour faire mon mémoire. Ou trouver un boulot. Le saviez-tu que Rockstar cherche un coordinateur marketing à New York ? Au hasard hein. Au minimum ça peut être une excellente excuse pour me faire un CV en anglais. Je divague mais j’ai pas tellement le choix. L’été à Paris, sans vacances, c’est la lose, et on s’évade comme un peu. C’est aussi le moment de réfléchir à un tas de trucs. On voit les amis changer de pays, signer des contrats qui les font partir loin, choisir de quoi sera fait le reste de leur vie. Le but du jeu pour moi, en plus de survivre à mon rhume chopé à cause de la clim (fail), c’est de m’assurer que cet été sans vacances soit non seulement le premier, mais surtout le dernier.

Enfin, on verra ça quand j’aurai rattrapé mon retard sur One Piece, que j’aurai fini le jeu Retour Vers Le Futur, bouclé un concours de nouvelles et hébergé la moitié de mes potes chez moi.

Dès que j’ai fini ça, je m’occupe de mon futur, et de la mer.