1236 – Comic Review 12

La première fois que j’ai entendu parler de Casanova, c’était en 2006, à la sortie du premier numéro chez Image Comics. Le format était spécial : 16 pages à peine colorisées au lieu de 32, au prix réduit de 1.99$. Avec la promesse d’une narration ultra compressée qui en donnerait pour son argent. Aux manettes le très bon scénariste Matt Fraction (devenu « architecte » pour Marvel) et le sublime Gabriel Ba aux dessins (remember Daytripper). Casanova aura été un succès d’estime immédiat, collectionnant les récompenses au fil des deux premiers volumes. Puis la série a rejoint Fraction chez Marvel et fut republiée en couleurs dans le label semi-indépendant Icon, tout ça pour préparer la sortie du troisième tome. C’est à ce moment que j’ai décidé de plonger et achetant Luxuria, le premier arc de 7 épisodes.

La mauvaise nouvelle c’est que la première fois que j’ai tenté de lire Casanova, j’ai tenu 30 pages. Je ne comprenais rien. Je saignais du cerveau par les oreilles. C’était trop balèze pour moi.

Il a fallu que je lâche l’affaire plusieurs mois, que j’aille lire des résumés des deux premiers épisodes sur internet, et que je m’y remette. J’ai tout repris depuis le début. Ce qui me permet de vous fournir un résumé à peu près compréhensible.

Casanova Quinn est un espion freelance. Son père, Cornélius, est à la tête de E.M.P.I.R.E, un groupe mondial d’agents secrets chargés de protéger la planète. Lorsque sa fille protégée, Zéphyr, meurt au combat, Cornélius invite son fils renégat à l’enterrement et essaie de le faire passer dans le camp des gentils. Mais Casanova est capturé par Newman Xeno, le directeur du W.A.S.T.E, une agence criminelle venue d’une autre dimension. Dans l’univers parallèle de Xeno, Zéphyr est vivante et bosse pour les méchants, tandis que Casanova est mort et travaillait pour E.M.P.I.R.E. Xeno arrache donc Cass à sa dimension pour lui faire prendre la place du gentil Cass et se servir de lui comme agent double. Mais personne n’a pensé à ce que Casanova veut réellement, et cela pourrait se retourner à la fois contre E.M.P.I.R.E et W.A.S.T.E.

CA VA VOUS AVEZ SUIVI OU BIEN ?

Okay, cool. Maintenant je vous rajoute que dans Casanova, on trouve aussi : des robots sexuels, des mutants à trois têtes, des duels psychiques, des mechas japonais, des powerpoints, des hommes de Cro-Magnon et bien entendu PLEIN DE DROGUE. Donc oui, en gros, Casanova c’est James Bond sous LSD. Sachant que tout ceci vit dans des pages avec plein de cases, de bulles, où ça explose de partout. Chaque fois que je dérapais sur une phrase d’anglais que je ne gérais pas je prenais le risque de me perdre à jamais dans un scénario ultra condensé et fou. D’un autre côté, une fois le train pris en marche, ce n’est que du bonheur. Il s’agit qu’un quelque chose qui ne peut exister qu’en comics, avec des blagues surréalistes, des passages méta textuels et une bonne dose de pulp. Vous savez, ce savant mélange de décontraction, sexe et violence qui produit cette saveur si particulière.

Les dessins de Ba sont d’ailleurs un délice, s’adaptant à l’espace, s’amusant des situations et sautillant sans cesse entre réalisme et cartoon. Chaque volume de Casanova possède une couleur particulière, et avec son vert, Luxuria possède une identité forte jusqu’au bout du recueil.

Les gens avaient raison, Casanova est un bijou, un ovni qui ne peut exister qu’en comic. Ce n’est clairement pas pour tout le monde, et je comprends qu’aucune traduction FR ne soit disponible (pour l’instant). Mais si le pitch vous fait frétiller, si vous avez confiance en votre niveau d’anglais, foncez. C’est du style imprimé, et ça se sniffe.

En ce qui me concerne, j’ai déjà commandé le second volume.

BUY STAGE !!!

12€ en VO.

975 – Comic Review 07

L’autre jour je lisais un fascinant article sur le lien entre BDSM (bondage domination sadisme masochisme) et les super-héros. On y défendait la théorie selon laquelle les comics étaient en grande partie des fantasmes fétichistes déguisés. Entre les mecs en cuir moulant, le lasso de wonder woman et la violence glorifiée. Théorie pas inintéressante en fait. Je commençais à peine à y réfléchir quand quelqu’un a pointé du doigt la BD Empowered comme argument ultime du lien BDSM/Comic. Vous me savez curieux, je suis allé voir. Holy shit ! Mais c’est scénarisé/dessiné par Adam Warren ! Un monsieur qui bossait sur Gen 13 quand j’étais ado et dont j’adorais le taf’, au point de conserver sous plastique une super mini-série (Roxy Magical Drama Queen). Et le voilà qui non seulement continue à bosser, mais pond des gros mangas américains chez Dark Horse. J’ai chopé dans l’instant le premier volume d’Empowered.

Empowered est une super héroine pas très douée. Elle tire ses pouvoir d’un costume noir ultra moulant qui lui permet d’être invulnérable, super balaise et de tirer des décharges d’énergie. Le problème c’est qu’à la moindre déchirure du dit costume, elle perd immédiatement tout pouvoir et redevient une post ado parfaitement normale. Oh et elle a un gros cul. Ou en tout cas elle trouve qu’elle a un gros cul. Ce qui n’est pas pour déplaire à Thug, ancien homme de main de super vilain devenu petit ami parfait réformé. Empowered et Thug habitent du coup ensemble, avec un démon intersidéral enfermé dans une ceinture high-tech en attendant de trouver quoi en faire. Ils sont fréquemment visités par Ninjette, une mercenaire sans poitrine mais ultra compétente. Ce beau monde allant d’aventures stupides en péripétie absurde, inconscient de la sombre menace qui pèse sur eux.

C’EST TROP BIEN ! Et je ne vous dis ça rien que sur le premier volume, principalement composé de petites histoires. Déjà le dessin est magnifique, démonstration de ce qu’on peut faire quand on produit un manga aux US en prenant son temps. Pas de trames mais des niveaux de gris et hachures faites directement au crayon. Chargé mais joli. Puis Empowered est giga canon, le genre de persos qui aurait agité mes nuits si j’avais lu ça à 14 ans. Faut dire que ça passe quand même la moitié du temps à baiser, façon érotico soft. Le reste du temps c’est de la grosse baston qui se termine quasiment toujours avec l’héroïne attachée et bâillonnée. Le tout ne se prend pas du tout au sérieux, enchaine les gags et références à un rythme effréné, entre deux interpellations au lecteur. Impossible de lire à toute vitesse tellement tout fourmille de détails, d’idées et de gags.

Je vous en parle un vendredi parce que ça reste super sexe comme manga. Enfin plus qu’un truc jap ou soit on voit rien, soit on est clairement dans le cul. Empowered est malin, drôle, sexy et prenant. Je suis à peu près certain que la suite est encore mieux.

En plus, regardez, c’est dispo en français !