Book Review 220

En théorie des probabilités, on appelle une pièce une fair coin si le résultats de ses lancers tombent à cinquante/cinquante de chaque côté. Par opposition à une unfair coin, ou une pièce biaisée. Voilà pour la théorie.

Sinon, Fair Coin est aussi le titre du premier roman pour jeunes adultes de E.C. Myers (qui est un garçon). Et comme là je lis A Clash Of Kings depuis trois semaines, j’avais besoin de faire une pause un peu neuneu. Une bonne critique d’Io9 plus tard et je me jetais sur ce Fair Coin, qui avait sur le papier tout pour me plaire. A commencer par une histoire de souhaits qui tournent mal.

Ephraïm est lycéen sans histoires jusqu’au jour où un cadavre lui ressemblant un peu trop attérit à la morgue. La mère du garçon, alertée par les autorités, fait une tentative de suicide. A son chevet, Ephraïm récupère les affaires du corps, parmi lesquelles une pièce mal éditée, puisqu’issue d’un état qui n’existe pas. Rapidement, il reçoit un mot lui conseillant de faire un souhait et de lancer la pièce. N’ayant rien à perdre, Ephraïm souhaite que sa mère aille mieux, jette la pièce et se retrouve dans une réalité où sa mère est au top de sa forme. Intrigué et paniqué, Ephraïm pousse plus loin les expériences, mais réalise que chaque souhait a des conséquences inattendues, parfois catastrophiques. Il se confie alors à son meilleur ami, qui fera tout basculer.

J’avoue que malgré la présence d’un pitch alléchant, j’ai ramé toute la première moitié du livre. En cause, le style, beaucoup trop pauvre. L’écriture manque cruellement de descriptions, de sentiments, de matière, et c’est presque un script que Myers nous inflige. Moi qui espérais me laisser porter, c’était perdu. Seulement, à mi-livre, quelque chose bascule. Le conte de fée un peu morbide se transforme en roman de science-fiction. J’ai glapi de bonheur, sans me douter que le récit me réjouirait de plus belle en adoptant une tournure glauque. On a des meurtres de mineur par des mineurs, de la torture, des filles battues par leur mec et quelques insinuations de viol. C’est beaucoup plus que la moyenne des romans pour jeunes adultes aux US. Et c’est jouissif.

(même si, et ça vous rassure peut être, y’a une happy end)

Une fois les cent cinquante premières pages avalées, force est de reconnaitre que j’ai dévoré le reste de Fair Coin en deux nuits. Ce qui tendrait à prouver que quand on a pas de style, on peut accrocher avec des idées. Un point pour l’équipe fiction.

Mine de rien, comme respiration littéraire au milieu d’un gros pavé, ça faisait remplissait parfaitement sa mission.

BUY STAGE

Un peu plus de 13 euros.

783 – Book Review 132

J’ai enfin mis la main sur un exemplaire Sévère, de régis Jauffret. Par la même j’ai donc enfreint une de mes règles d’or en l’empruntant à mon N+2 au bureau (tu ne te feras point prêter). Tout ça parce que, et je l’ai déjà dit, on se retrouve là face au pire rapport quantité/prix en littérature depuis le dernier livre attribué à Nicolas Rey. Refusant de cautionner ça j’ai taxé l’exemplaire dédicacé qui trainait sur le bureau du patron (du coup je peux pas faire style j’ai oublié de lui rendre, vu que c’est marqué dedans que c’est le sien, fuck). Au moins Sévère à une genèse un peu étrange, d’abord soi-disant refusé chez Gallimard par peur de procès pour finalement arriver au Seuil, de toute façon amputé des noms des protagonistes. Ca sent un peu la combine dont on est pas trop au courant. Etrange. Enfin, le truc aura été lu en quelques trajets de métro, efficace.

Jauffret aura chroniqué pour Le Nouvel Obs l’affaire Stern. Souvenez vous, le banquier Suisse bourré aux as qu’on aura retrouvé dans une combinaison en latex rose sadomasochiste, assassiné d’une balle dans la tête par sa maîtresse (dans tous les sens du terme) bafouée, Cécile Brossard. De ce fait divers et grand procès, l’écrivain tire un roman. Ca aurait pu être un récit, mais en choisissant de faire vivre au présent la fuite de Brossard et d’ajouter des anecdotes plus ou moins fantasmées, Jauffret reste malgré tout dans l’ouvre de fiction, mais dont la plupart des faits sont réels, mais pas tous attention. Oui, je le conçois c’est bordélique. On a vu des récits de faits divers (genre dans lequel excelle Emmanuel Carrère) ou des romans inspirés par les journaux. Ici on nage en pleine confusion, un pied dans chaque genre.

Sur la forme c’est pas super grave, j’ai même trouvé ça fascinant, cette espèce d’expérimentation entre le réel et le faux, un puzzle qui joue avec la vérité. Sur le fond, tout ça sonne un peux creux. On suit la maîtresse en fuite, jusqu’à son revirement, son retour et ses aveux. Est-ce que ça parle de SM ? Pas vraiment. De banques ou de la vie des puissants névrosés ? Non plus. En se concentrant sur le « personnage » de Cécile Brossard ne creuse pas son sujet et préfère explorer un personnage et son intimité. L’exercice est réussi mais un fois le livre refermé je suis resté un peu sur ma faim. J’aurais voulu en savoir plus, sur d’autres angles, d’autres détails de l’affaire. L’histoire réelle est si riche qu’il est forcément un peu décevant de se retrouver avec un petit roman condensé. Néanmoins le style est magistral, à vous enchaîner des trouvailles pages après pages. A mon petit niveau c’était l’humiliation, je suis petit et Jauffret est grand.

En s’inspirant du réel, Régis livre un opus agréable et surtout facile à lire, éloigné des expérimentations complexes du passé. Plus pur peut-être, mais paradoxalement plus creux. Déjà que j’en sors frustré, si j’avais mis 17€ dedans j’aurais boudé dans un coin de mon studio deux/trois jours.

734 – Book Review 122

Lorsque Joe Hill sort son premier bouquin il y a trois ans, les médias ne comprennent pas trop qui est ce type trop secret sur lequel on ne sait rien. Surtout que son roman, une histoire de fantômes, se vend vraiment bien chez un gros éditeur. Il faudra quelques mois à la presse spécialisée et l’interweb pour éventer la supercherie. Hill est le fils de Stephen King qui, a l’instar de son père à une époque, aura choisi de publier sous pseudonyme, principalement pour éviter de profiter de son nom. Sur le principe, ça se respecte. Mais quand j’ai découvert ça quelques mois plus tôt, j’ai passé précommande son second roman Horns, avec un pitch bien alléchant. Et comme je suis un nazi de la couverture, j’ai préféré l’édition anglaise avec son miroir intégré pour se regarder avec des cornes de Satan directement sur le bouquin. Marketing genius !

Ig s’est payé une bonne cuite. Il faut dire qu’un an plus tôt sa petite amie était retrouvée assassinée et violée dans les bois. Principal suspect, Ig ne doit sa liberté qu’à un incendie du commissariat qui aura détruit toutes les preuves. Le lendemain de l’anniversaire de la tragédie, le jeune homme se réveille avec une foutue gueule de bois et deux protubérances osseuses sur son front, des cornes. Très vite Ig s’aperçoit que ses nouveaux appendices lui confèrent d’étranges pouvoirs, comme faire confesser à ses interlocuteurs leurs pires pulsions ou bien visualiser les souvenirs d’une personne au moindre contact. D’abord paniqué, Ig finit par se demander si cette étrange malédiction ne pourrait pas l’aider à résoudre le viol et meurtre de sa petite amie, et lui permettre ainsi de se venger.

La première page de Horns est magistrale. Courte, bien menée et ultra stylée, elle donne le ton d’entrée de jeu. Les cinquante suivantes sont extraordinaires, vous prennent aux tripes comme un top model qui a décidé arbitrairement de vous chevaucher sans prévenir. Puis d’un coup elle se retire, vous laissant le désarroi à l’air, et décide de vous raconter l’histoire de sa vie avant de finir de baiser. C’est complètement dégouté que j’abordais le gros morceau du bouquin, un gigantesque flashback de la rencontre entre Ig et Merrin, sa promise. On suit leur adolescence, leur amitié avec Lee, le mec à la cool, et Terry, le grand frère d’Ig. C’était comme dans rentrer dans un second bouquin, sans fantastique ni dialogues bien vénères. Mais je me suis attaché à cette storyline, et j’ai eu le cœur vrillé dans les derniers instants du jeune couple, tellement les scènes et caractères ont su toucher juste.

La seconde moitié réserve bien d’autres surprises que le simple « kikilatué ». Toutes les interrogations se rejoignent avant la fin et j’en suis ressorti plus que contenté. Horns est étonnamment propre et bien construit, loin des délires parfois foutraques du papa King. Ce sont les personnages qui m’auront le plus soufflé, à me faire adopter leur point de vue ou à me convaincre qu’untel ou unetelle est une véritable ordure alors que non. Et inversement. Bien joué Joe Hill. Ca valait vraiment le coup.

Demain on parlera névrose du tee shirt.