965 – My Sonic Youth

Je crois avoir fait une seule et unique Mixtape de toute ma vie. C’était quand j’étais très môme, et que j’avais beaucoup de temps libre chez mes grands-parents, sans téléphone portable ni internets. A cette époque, M6 était encore castré par le CSA et devait diffuser une grosse heure de clips chaque après-midi. Je m’étais calé dans la chambre du haut, la plus insonorisée, et le doigt sur le bouton d’enregistrement du radio cassette familial j’attendais chaque fin de clip pour enclencher la truc. Si la chanson était pourrie, j’avais trois minutes pour rembobiner jusqu’au morceau précédent sur la bande et me repréparer. Il m’aura fallu une bonne semaine pour avoir une heure de ce que j’aimais vraiment, dans un ordre aléatoire vu qu’à l’époque les robinets à clips n’indiquaient pas la playlist à l’avance. Mais putain ce que j’étais fier de moi ! J’ai repensé à ça la semaine dernière, en réalisant que jamais la musique avant le jour où j’ai décrété que j’aimais la musique.

C’était au collège je crois, lors d’un voyage à St Etienne. Deux heures de car depuis Lyon, à l’époque où j’étais globalement solitaire. Jérôme m’avait prêté son Discman avec quelques CDs, dont Americana de The Offspring. J’avais déjà écouté le disque chez moi, lorsqu’un autre pote, Florent, me l’avait amené, surexcité, pour me le faire entendre. Sur le moment j’en avais pas grand-chose à foutre, mais quelques mois plus tard, enfoncé dans un fauteuil avec mes écouteurs, j’ai eu une révélation. Je crois que c’est le premier album qui m’a donné envie de l’écouter en boucle, de me renseigner sur le groupe, d’aller voir ce qu’ils ont produit d’autre. C’était le déclic, celui qui m’a fait m’intéresser à un médium qui pour l’instant n’était avant tout qu’un bruit de fond sans grand intérêt. Si j’avais été un cliché j’aurais eu une épiphanie sur Nirvana ou un truc un peu plus respecté. Et j’aurais peut-être eu meilleur goûts. Mais la vie des fois, c’est comme ça.

En vérité le tout premier album que j’ai vraiment aimé, c’était Dangerous, de Michael Jackson. Je devais avoir genre six ans et des cacahuètes, sept allez. La meilleure amie de ma mère me l’avait copié du CD vers une cassette audio que je faisais tourner en boucle dans mon lecteur Playskool. Vous savez, le genre de truc super cool avec une poignée pour enfant pour se trimballer avec. Bah je faisais mieux, je prenais mon bain avec le cassette à côté, sur le carrelage. Un jour, mon frangin a débarqué pendant que j’étais dans l’eau. En plein milieu d’une chanson il s’est approché de l’appareil et a appuyé sur le gros bouton rouge. La musique a cessé, l’enregistrement a commencé, j’ai hurlé ma race. Les insultes ont fusé, je crois que mini-bro a rien compris à pourquoi on lui criait dessus et ma mère a débarqué in extremis pour extraire l’importun et remettre la musique. Depuis j’ai une cassette où, en plein milieu d’une chanson, la bande coupe et on m’entend insulter mon frangin.

Je me demande où elle est. Avec la VHS pourrie de ma classe verte en CP, c’est sûrement l’unique enregistrement sonore de ma voix d’enfant. C’est aussi une des rares preuves d’un début d’attachement à la musique. Si je repense à tout ça c’est parce que dans le bouquin que j’écris, j’ai du deviner ce que l’héroïne pouvait écouter dans le bus en 2003. En me replongeant dans mes souvenirs, j’ai retrouvé ces bribes oubliées, preuves d’un attachement plus profond avec un médium qui ne maitrise tellement pas.

Tout ceci me transitionnant jusqu’à demain. Vous verrez.

581 – Mixtape Hero

Cette semaine dans mes lectures je suis encore tombé sur un gigantesque poncif de l’entertainment actuel. Un garçon amoureux d’une fille au lycée tente de se rapprocher d’elle en lui offrant une compile CD, une fameuse mixtape. Le nombre de films, séries ou bouquins qui usent de cette ficelle ne semble pas décroitre (je pourrais faire une liste mais ça prendrait tout l’article). Bon, y’a bien quelques tentatives d’actualiser le truc, genre vas-y que je t’envoie un fichier zip de compile (un Mixzip ?) ou une playlist sur Spotify (un Mixtify ?). La Mixtape est d’ailleurs un des ressorts narratifs d’Haute Fidélité, qui explique au lecteur comment faire une bonne compile au fur et à mesure du roman. Non parce qu’une compile, techniquement, dans l’imaginaire culturel collectif, c’est à la fois une preuve d’amour et le moyen aussi infaillible qu’ultime pour déterminer si l’autre mérite d’être le ou la bon(ne).

Bah oui, la musique c’est universel, tout le monde en écoute non ? Puis les univers mélodiques c’est important, tout comme les paroles des chansons, l’ordre des chansons. Voilà une porte sur l’âme des gens ! Je le sais à force de me le faire rabâcher. J’ai même lu un teen novel où le décorticage de la mixtape constituait plusieurs chapitres à lui seul. En plus, ça prend du temps de sélectionner des morceaux, les mettre dans l’ordre, grave un CD. Preuve s’il en fallait qu’on est sérieux, qu’on est intéressé, qu’on est plus qu’une boule d’hormones en ébullition. Tout ça c’est bien beau. Mais vous êtes déjà bien au courant de mes carences en bon goût de manière générale, et en matière de musique en particulier. Ce qui m’amène donc à me sentir frustré par tous ces bouquins et compagnie. Comment je fais pour pécho moi ?

Bah je me démerde autrement. Parfois y’a la version compliquée. Par exemple je peux demander quel est le livre préféré de la fille, le lire, et en déduire des trucs. Ouais, je suis d’accord, c’est pas simple. Y’a aussi l’option du cinéma. Quel film lui plaît ? Est-ce qu’elle supporte la VO ? Est-ce qu’elle va tenter de me forcer à aller à l’UGC Gobelins, cinéma méga laid mais pas cher ? Une fois de plus, c’est bancal, juger quelqu’un sur un rencard, c’est digne de Foenkinos et son jus d’abricot. L’avantage d’un Mixtape, c’est que t’as une douzaine de chansons, de quoi bien te forger un avis. C’est pourquoi, au final, le truc que je fais, c’est d’aller zieuter les bibliothèques, les collecs de DVD, les playlists iTunes, des filles chez qui j’ai parfois la chance d’aller squatter. Ou alors on peut interroger les exs.

Parce que bon, qu’on soit clairs, c’est toujours plus simple de se baser sur les goûts plutôt que sur la personnalité pour être séduit. Non parce que si en plus faut parler avec les gens ? N’importe quoi !
Bon, demain, Lucky Luke !

416 – Juke Video Box

La semaine dernière j’étais privé d’interweb grâce aux crétins de Numéricable qui passent plus d’une semaine à réparer une panne de secteur. En pleine détresse émotionnelle, je me suis donc tourné vers la télévision pour m’offrir un peu de zique. Oui, pour la première fois depuis un paquet d’années je me suis mis à écouter les robinets à clip. J’aime vivre dangereusement ainsi que dans une certaine mesure, le masochisme musical. Car le seul truc pire que de triper sa race à un concert d’Avril Lavigne c’est de subir la production française actuelle. Et je dis pas ça pour faire mon rebelle de base en mode ah bah la variété c’est sale. Je ne renie pas mon école primaire et ses concerts d’MC Solaar, ou alors pas complètement en tout cas. Y’a même une époque où j’étais plus qu’un fanboy des quelques dernières heures de clips disponibles sur les chaînes hertziennes.

Je passais des aprems entier rivé sur le poste, à espérer tomber sur les purs clips qui me faisaient kiffer. Et combien d’heures j’ai perdues, hypnotisé par les vidéos super glauques du milieu de la nuit ? Le paroxysme de mon addiction eu lieu en vacances chez mes grands-parents. Armé d’un magnétophone rudimentaire et d’une cassette vierge, je montais le son de la TV a fond et pressait le bouton record à chaque nouveau clip. Si c’était une chanson que j’aimais pas je rembobinais la cassette et me tenait prêt à nouveau. Ma première mixtape, avant mes premiers CDs de compile bricolés sur napster, s’est faite face à un robinet à clip, dans le silence religieux de celui qui ne veut surtout pas faire le moindre bruit qui risquerait de saloper son enregistrement. En gros, j’ai pas attendu le peer-to-peer pour capturer de la zique.

Retour en 2009, face à la consternation. La playlist de la chaîne est armée de trente titres maximum et il suffit d’attendre 45min pour revoir le même clip gerbant de Mylène Farmer (Mylène Farmer, c’est laid). Obnubilés par les quotas et le placement d’artistes maison, je pouvais toujours crever pour tomber sur un bon morceau US qui dépote. Parfois une anomalie, comme un vieux Baschung sorti de nulle part entre la dernière comédie musicale à la mode et un ex candidat de télé crochet. D’autres fois c’est carrément n’importe quoi, vu que j’ai pu redécouvrir un tas de clips de Sinclair, qui passent d’autant moins bien qu’on est à présent dans le vingt et unième siècle. Mais pas le choix, que ça comme chaîne de zique qui fonctionne sur mon décodeur enrhumé, pas de poste de radio, une connexion en limace alimentée par mon téléphone en mode modem. Au moins je me serais prouvé que peu importe mes goûts de chiotte, y’a toujours pire.

Heureusement à présent je revis, de retour sur mon Spotify adoré à qui il manque juste quelques groupes (Sugarcult ?) et quelques albums (le dernier New Found Glory ?) pour être parfait.
Demain, bouquin !

BONUS STAGE !!!

Pendant ce temps là, dans le monde merveilleux de l’interweb, Coldplay offre un nouvel album live à tout le monde, comme ça, parce qu’ils sont cool. Ca se passe ici.