Je crois avoir fait une seule et unique Mixtape de toute ma vie. C’était quand j’étais très môme, et que j’avais beaucoup de temps libre chez mes grands-parents, sans téléphone portable ni internets. A cette époque, M6 était encore castré par le CSA et devait diffuser une grosse heure de clips chaque après-midi. Je m’étais calé dans la chambre du haut, la plus insonorisée, et le doigt sur le bouton d’enregistrement du radio cassette familial j’attendais chaque fin de clip pour enclencher la truc. Si la chanson était pourrie, j’avais trois minutes pour rembobiner jusqu’au morceau précédent sur la bande et me repréparer. Il m’aura fallu une bonne semaine pour avoir une heure de ce que j’aimais vraiment, dans un ordre aléatoire vu qu’à l’époque les robinets à clips n’indiquaient pas la playlist à l’avance. Mais putain ce que j’étais fier de moi ! J’ai repensé à ça la semaine dernière, en réalisant que jamais la musique avant le jour où j’ai décrété que j’aimais la musique.
C’était au collège je crois, lors d’un voyage à St Etienne. Deux heures de car depuis Lyon, à l’époque où j’étais globalement solitaire. Jérôme m’avait prêté son Discman avec quelques CDs, dont Americana de The Offspring. J’avais déjà écouté le disque chez moi, lorsqu’un autre pote, Florent, me l’avait amené, surexcité, pour me le faire entendre. Sur le moment j’en avais pas grand-chose à foutre, mais quelques mois plus tard, enfoncé dans un fauteuil avec mes écouteurs, j’ai eu une révélation. Je crois que c’est le premier album qui m’a donné envie de l’écouter en boucle, de me renseigner sur le groupe, d’aller voir ce qu’ils ont produit d’autre. C’était le déclic, celui qui m’a fait m’intéresser à un médium qui pour l’instant n’était avant tout qu’un bruit de fond sans grand intérêt. Si j’avais été un cliché j’aurais eu une épiphanie sur Nirvana ou un truc un peu plus respecté. Et j’aurais peut-être eu meilleur goûts. Mais la vie des fois, c’est comme ça.
En vérité le tout premier album que j’ai vraiment aimé, c’était Dangerous, de Michael Jackson. Je devais avoir genre six ans et des cacahuètes, sept allez. La meilleure amie de ma mère me l’avait copié du CD vers une cassette audio que je faisais tourner en boucle dans mon lecteur Playskool. Vous savez, le genre de truc super cool avec une poignée pour enfant pour se trimballer avec. Bah je faisais mieux, je prenais mon bain avec le cassette à côté, sur le carrelage. Un jour, mon frangin a débarqué pendant que j’étais dans l’eau. En plein milieu d’une chanson il s’est approché de l’appareil et a appuyé sur le gros bouton rouge. La musique a cessé, l’enregistrement a commencé, j’ai hurlé ma race. Les insultes ont fusé, je crois que mini-bro a rien compris à pourquoi on lui criait dessus et ma mère a débarqué in extremis pour extraire l’importun et remettre la musique. Depuis j’ai une cassette où, en plein milieu d’une chanson, la bande coupe et on m’entend insulter mon frangin.
Je me demande où elle est. Avec la VHS pourrie de ma classe verte en CP, c’est sûrement l’unique enregistrement sonore de ma voix d’enfant. C’est aussi une des rares preuves d’un début d’attachement à la musique. Si je repense à tout ça c’est parce que dans le bouquin que j’écris, j’ai du deviner ce que l’héroïne pouvait écouter dans le bus en 2003. En me replongeant dans mes souvenirs, j’ai retrouvé ces bribes oubliées, preuves d’un attachement plus profond avec un médium qui ne maitrise tellement pas.
Tout ceci me transitionnant jusqu’à demain. Vous verrez.





