[Besoin de ventiler, armez vous d'empathie et d'indulgence. Reprise des programmes demain, on parlera filles dans une note kikoolol pour compenser.]
Je n’aime pas réserver ma place de cinéma. Parce que, réserver c’est utile uniquement si la salle est pleine. Or, si la salle est pleine, gros potentiel de se retrouver à une place pourrie. Pour la même raison qui fait que je refuse de regarder un DivX crade, je refuse d’aller voir un film en étant assis n’importe où. Sans compter que si je réserve ma place, je suis bloqué, impossible de changer de cinéma ou de film, ma carte UGC est verrouillée. Une fois sur les deux mes compagnons de ciné changent d’idée au dernier moment, comme c’était le cas pour Inception le jour de sa sortie mercredi. Pour faire plaisir à l’ex femme de ma vie, j’ai accepté de changer de cinéma pour une séance plus tôt ailleurs. Malheureusement complète, tout comme la suivante, tout comme celles de l’UGC d’à côté. Tout ça parce que, carte UGC oblige, tu ne peux pas tirer une place plus d’une heure à l’avance. Un problème que n’a pas la plèbe qui paie en caisse contre du vrai argent. Je me suis donc fait voler ma séance d’Inception par les non porteurs de carte, les non cinéphiles.
Cruelle ironie du sort pour moi qui suit le film depuis ses balbutiements. J’ai suivi les news de casting au compte goutte, les annonces discrètes du réalisateurs, les premiers teasing du dispositif marketing, les jeux sur le net, les bandes annonces. Tout ça jusqu’au critiques dithyrambiques. Dans l’intervalle j’ai beaucoup parlé du film, j’ai boosté pas mal d’amis à aller le voir sur ma simple parole ou mes explications enthousiastes. Lorsque la vague d’avant première eu lieue je ne me suis pas offusqué d’être boudé par les agences de com’. Certes, j’ai pondu plus de critiques cinés que 99% de la blogosphère et je pense être relativement (euphémisme) légitime pour parler films. Mais ce qu’il y a de pire que la plèbe dans un cinéma, c’est ceux qui se bougent parce qu’ils sont invités. J’ai du me retenir d’éclater la gueule de quelques influents qui twittaient leur étonnement « Ca alors Inception quelle surprise ce film c’était ouf ! ». J’étais aussi bien chez moi donc. Au moins le gens normal fait l’effort d’aller chercher sa place et de s’intéresser au minimum au truc, vu qu’il paie et n’aura pas de petits fours à la clef.
Mais mercredi je me suis trouvé dans le caniveau de la première vague, coincé hors du ciné, pris en otage par les vrais gens. Sur le parvis du MK2 Bibliothèque il y avait cette mère de famille obèse mal fagotée qui crachait dans son dumbphone qu’elle avait pris ses places pour « Unssepsion, le film quizonmontré à la télé ». Montée de rage dans mon cœur de cinéphile. La truie (peut-être super sympa au demeurant) allait être dans MA salle pour voir MON film alors qu’il était plus qu’évident à l’écouter parler qu’elle n’avait absolument pas la capacité intellectuelle et les références techico-culturelles pour apprécier le film à sa juste valeur. Si mes mains avaient pu faire le tour de son cou je l’aurai buté sur place et j’aurais récupéré MES places dans ses mains moites et boudinées pour aller voir Inception. Au lieu de ça j’ai attendu la séance d’après, dans l’espoir qu’une fois les bornes déverrouillées je puisse tirer une place pour moi et mon amie. Peine perdue. Nous avons foncé à l’UGC Bercy. Double complet une fois encore. J’ai fait la gueule, comme un gosse à qui on à chié dans les Chocapics. Le bonheur piétiné par le français moyen. A la sortie du métro, j’ai fondu en larmes. Pour de vrai.
Oui, j’aurais pu réserver ma place avant de partir de chez moi (Mais à quelle séance ? La première en prenant le risque d’avoir une place de merde ? La seconde en prenant le risque que mon amie ne veuille pas attendre ?). Oui, si j’étais possesseur d’un iSheep j’aurais pu réserver dans la file d’attente, ou j’aurais pu passer un coup de fil à un ami pour qu’il le fasse de chez lui (“Allo Pollux, je suis dans le cinéma tu peux me réserver une place ?” Trololol). J’aurais pu si j’avais eu l’esprit assez retors pour y penser. Le fait est que je paie ma carte depuis sept ans maintenant, que j’aime le ciné, que je respire, que je mange que je vis le cinéma et que dans mon esprit, ma place en salle pour un film que je surveille et qui me fait rêver (pun intended) depuis deux ans m’est acquise. Bien sûr que je me trompe, bien sûr le public TF1 a aussi le droit de se précipiter dans la salle. Je n’ai que mon intime conviction pour prouver aux gens que je mérite cent fois plus qu’eux de voir Inception le soir de sa sortie. Comme si le mérite avait quoi que ce soit à voir avec la vente d’un ticket de cinéma ou le droit d’accès à une salle. Mon égo contre le réel.
Bien sûr que c’était immature, pédant et ridicule de pleurer en plein milieu de la place de la Bastille à 21h30 pour un film que je pourrais aller voir dès le lendemain.
Mais je crois qu’être cinéphile, c’est aussi ça.
EPILOGUE STAGE !!!
Finalement je l’aurais vu le lendemain, après avoir réservé ma place ET m’être pointé 90min à l’avance pour avoir MA place (milieu de la rangée, aux deux tiers de la salle en partant du haut). Après 2h26 de film, la salle entière a applaudi spontanément.
Sinon, à deux places de moi, une nana s’est effondrée au bout d’une heure et a dormi le reste de la séance. Confère le reste de ma note.