190 – Gimme More Stones To Throw

Elle doit tourner autour des quarante ans, moche, en surpoids et capable d’encadrer des photos de chat dans son salon. Poursuivie par la caméra, elle est partie se réfugier dans la salle de bain. Face au mirroir, on sent la détresse qui monte.

- Vas-y mais pleure putain !!! Pleure salope !!!

Le cri du cœur provient d’une assemblée d’une centaine de geeks surchauffés. Ca beugle, ça encourage au suicide. La tension est à son comble quand, finalement, la femme finit par laisser échapper de grosses larmes baveuses le long de ses joues. La foule est en liesse. Ca hurle, ça applaudit debout. Plus personne ne s’intéresse à ce qui se passe à l’écran. Tout ce qui comptait, c’était qu’elle craque. Bienvenue au Bien Bien Bien Bingo Bullshit. C’était mardi soir dernier, et j’y étais.

Pour ceux qui ne connaissent pas confessions intimes (oui, c’est un pléonasme), petit cours de rattrapage. Dans ce qui doit être l’émission la plus racoleuse du paysage audiovisuel français, des anonymes livrent leurs problèmes existentiels face caméra sur TF1. L’émission est tellement trash que chez une poignée d’initiés, elle en est devenue culte. C’est sur ce postulat que le blog BienBienBien à échafaudé le bingo bullshit. Les hypeurs se rejoignent dans un bar branchouille. Ils sont accueillit par le one and only Mista Lâm, qui file des stylos et les mythiques grilles de bingo. Sauf qu’au lieu de chiffres, on y trouve tous les clichés de l’émission, des posters de Tokio Hôtel jusqu’aux fameuses larmes face caméra. C’est entre deux mojitos que les convives se délectent de la France du quart monde en HD projetée sur deux murs entier. Rivés à leurs grilles, ils guettent les meilleures secondes du programme dans l’espoir de cocher une grille entière du fameux bingo. A la clef, des t-shirts de beau gosse, des pins’s et surtout une overdose de fun.

Pour moi c’était l’occase de retrouver des buddies bloggeurs qui vont bien, puis en rencontrer des nouveaux (James, ta meuf déchire saligaud !). Bon, être dans le délire autour de confessions intimes, ça aide aussi. Faut dire que la semaine dernière on était gâté, entre la bonnasse qui traumatise son gars en exhibant son cul et la quadra catcheur de campagne. Seulement, par moments, alors que je jettais un œil autour de moi, je ne pouvais m’empêcher de me sentir un peu gêné. C’est facile d’oublier que ce qu’on voit existe bel et bien dans notre vingt et unième siècle. Couverts par nos hurlements, notre mépris et nos rires, c’est la misère intellectuelle, culturelle, humaine, qui défile devant nos yeux. Combien de fois j’ai rêvé de pouvoir réparer ces erreurs, m’endormir dans un monde meilleur. Alors pour s’échapper du cauchemar révélé par l’émission, j’ai pris mon stylo avec les autres, et ri des malheurs des autres. Parce que si on y réfléchit un peu trop longtemps, y’a de quoi se tirer une balle.

On s’offusque des mises à mort des gladiateurs de l’antiquité, on fait des lobbys contre les corridas, mais pendant ce temps là personne ne s’insurge sérieusement envers confessions intimes, qui les remplace allégrement. Faut dire que même en intellectualisant à mort, j’ai passé une excellente soirée complètement barrée, et j’ai hâte de remettre ça !
Demain on passe à la vitesse supérieure, avec une double chronique littéraire !

RESULTAT STAGE !!!

Pour ceux qui se posent la question. Je n’ai malheureusement rien ramené de la BBBBB. C’est pas faute d’avoir scoré un bingo. Si Lâm, arbitre et maître de la mauvaise fois, ne m’avait pas refusé « Enfant avec un prénom américain » sous prétexte que Jimmy était majeur, je serais pas reparti bredouille…