1055 – Motivational

Si vous allez devenir écrivain il n’y a rien que je puisse dire qui empêchera ça. Et si vous n’allez pas devenir écrivain, il n’y a rien que je puisse dire qui fera de vous un écrivain.

Donc si vous allez devenir écrivain c’est déjà plus ou moins gravé dans le marbre. Et si tel est le cas je veux vraiment vous féliciter. Parce qu’il y a plein de choses à faire dans la vie. Il y a la lessive, il y a la poussière, il y a les courses pour manger. Il y a toutes ces choses qu’il faut faire pour pouvoir avoir ces dix ou vingt minutes pendant lesquelles vous êtes un écrivain. Et vous avez tous réussi à faire toutes ces corvées, vous faites tout, et vous faites ça [écrire] en plus. La plupart des gens ne font pas ça. La plupart des gens sont content d’avoir fait la poussière et bonne nuit.

Et vous faites tout ça, et vous vous autorisez assez de temps et d’énergie qu’il vous reste pour écrire. Ceci en soi est remarquable. Ça n’arrive pas simplement, naturellement, dans le monde. Vous vivez une vie très disciplinée et vous faites en sorte que cela [écrire] se produise.

Alors félicitations, car vous n’êtes pas la plupart des gens.

Ceci étant une traduction approximative (j’ai sommeil bordel) du début d’une intervention d’une heure de Chuck Palahniuk lors d’un déjeuner/groupe d’écriture en 2009. Le tout a été filmé et si vous pigez un minimum l’anglais ça vaut vraiment le coup d’oeil.
Et je sais que parfois je ressemble à un disque rayé mais je trouve ça prodigieusement inspirant quand un auteur reconnu se lance dans des discours motivants, s’adresse à ceux qui n’y sont pas encore.  Ça manque beaucoup. J’aimerais bien que la prochaine fois qu’un écrivain à succès se retrouve en access prime à la TV française il prenne 2min pour booster le moral des troupes, de ceux qui grattent entre deux cours, à la pause midi au taf’ ou dans un coin de weekend.

Je pense beaucoup à ça et j’aime à croire que si un jour je me trouve assez légitime pour ce genre d’intervention je prendrai le temps de le faire. En attendant je vais mettre paris en bouteille et je reviens.

704 – Opt Out

Un jour je me suis pris la tête, genre débat philosophique, sur la question du choix. Vous savez cette vieille dichotomie entre le destin et le libre arbitre. Je me souviens plus qui m’a dit un jour qu’en vérité, on a toujours des choix, au minimum celui de continuer à vivre ou pas. Rien que de se lever le matin est un choix. On s’est pas flingué dans la nuit. On a fait ce choix. C’est un peu extrême dans l’idée mais ça remet les choses en perspective. Et petit à petit j’ai appris à décortiquer les hordes de décisions que je prends à chaque seconde. Mon passé de joueur d’échec qui remonte, à triturer les possibilités, les statistiques. Mais je ne vais pas vous prendre la tronche avec ça de bon lundi. Non, en fait, je veux en venir à la décision de tenter d’embrasser une carrière d’artiste, et les milliers de choix au quotidien que ça implique.

On a de grandes décisions, comme les études. Comme le jour où j’ai dit à mon prof de dessin que je ne préférais pas intégrer l’école à plein temps, que je ne pensais pas être fait pour ça, malgré mon petit niveau. Je voulais aller à la fac, avoir un plan de secours. Puis y’a les petites décisions, comme prendre le temps de lire un article sur les avantages/inconvénients d’une narration interne, utiliser deux heures de libre à écouter deux écrivains discuter par-dessus un film que j’ai déjà vu. Les gens normaux, ceux qui aiment leurs études, leur job, qui ont des ambitions plus terre à terre à base de trois pièces en banlieue, leurs choix sont faciles. La société nous prépare et nous conditionne à savoir quelle est le bon choix pour s’épanouir dans la normalité, dans l’ambition banale (je ne dis pas péjorativement, souvent j’envie tous ces gars là, qui ne sont pas des connards égoïstes rêveurs comme moi).

J’aimerais bien être écrivain, que des gens que je ne connaitrai jamais lisent mes bouquins et en tire n’importe quoi de positif, à la hauteur de la thune qu’ils mettent dedans. Il n’y a pas de règles pour ça, pas de chemin tout tracé. Ou alors pas pour moi. Je vois plutôt ça comme la validation successive d’une multitude de choix au quotidien. Ca va de mes sites web préférés à quel stage me semble le plus pertinent vis-à-vis de ce que je désire vraiment et pas seulement vis-à-vis du plan de secours. On en reparlera. Rien que ce blog, qui n’aurait jamais débuté si j’avais pas eu peur de perdre la main à ne pas écrire trop longtemps, et qui n’aurait jamais continué si longtemps si j’avais pas rencontré des tonnes de personnes intéressantes, parfois en lien avec Le Plan. Sans oublier le choix le plus important, celui de continuer à y croire, celui de continuer à essayer, le choix de continuer à faire des choix.

Ca reste une de mes plus grandes peurs, celle d’abdiquer. Celle de me satisfaire de la normalité, de décider qu’à partir de maintenant je ne suis plus l’exception, je suis un mec normal, avec des ambitions normales. Ca ferait de moi un type qui dort mieux la nuit, qui se prend nettement moins la tête la journée, avec plus de temps pour lui. Alors parfois je fais des mauvais choix. Je procrastine pour ne pas me confronter au risque d’un échec, je fais l’impasse sur une mine d’information ou sur une rencontre. Mais je ne lâche pas pour autant. Parce que je suis persuadé que décrocher c’est quelque chose de presque définitif. Que tenter de repartir après avoir tout laissé tomber, ça demanderait un effort titanesque, potentiellement insurmontable. L’abandon est tellement confortable, moelleux de simplicité.

Alors aujourd’hui, demain, les jours d’après je vais faire des choix, le genre à faire flipper ma mère qui s’inquiète de mon avenir, à faire flipper mes vrais amis qui pensent que je leur consacre moins de temps, à désespérer mes professeurs, à énerver mes détracteurs. J’en oublie sûrement. Et un jour, sûrement, je serais sur ma montagne de papier, à pouvoir souffler et dire que ouais, putain, j’ai fais le bon le choix.

Au pire je peux toujours m’acheter un trois pièces à Levallois ou m’arrêter de respirer. Ca serait triste. Dans un cas comme dans l’autre. D’ici là, on se retrouve demain, si vous le voulez. C’est votre choix à vous.

697 – The Sum Of All Fears

Je suis nul pour retenir les anniversaires, mais pour les dates auxquelles j’écris des trucs, y’a aucun problème. Par exemple je suis capable de vous donner la quantité de texte que j’ai pu rédiger ces derniers mois. Mon nouveau manuscrit aura été écrit au rythme de 2/3 heures par jour à partir du 11 mai 2009 sur une période ininterrompue de cinq semaines. Il m’aura fallu cinq semaines de plus en octobre pour le réécrire. Ensuite j’ai commencé Perfect Ten en écrivant le premier chapitre à cheval entre le 1er et seize décembre. Depuis, j’aurais commencé deux nouvelles qui rament leur race à avancer. Parce que, rappelons-le, ça me casse prodigieusement les couilles. Si je vous dis tout ça, c’est d’une par pour faire un ti bilan, d’autre part parce que ça fait quelques temps que j’ai l’impression de plus rien foutre niveau écriture. Même si en fait, finalement, quand même pas mal.

Heureusement que mon année sabbatique de redoublement dépressif touche à sa fin. Parce que l’errance semble avoir des effets néfastes sur ma production. A moins que ce ne soit la peur. En réalité mon nouveau manuscrit est, ou est en passe d’être, entièrement corrigé orthographiquement, syntaxiquement. Un coup de mise en page et d’impression et c’est bouclé. Et faut partir au front. Encore. Le truc c’est que si j’ai toujours autant la trouille de me vautrer cette fois encore, j’ai une nouvelle peur, celle de galérer à mort pour repartir derrière. C’est peut-être une passade, mais je suis vraiment épuisé. Ouvrir Word me file un mal de crâne pas possible tandis que les idées et les envies se bousculent sous mon crâne. L’idée de devoir repartir à zéro, de jongler avec un projet supplémentaire qui viendrait s’ajouter aux réécritures en attente, ça m’angoisse, au sens premier du terme.

L’autre nuit j’ai rêvé qu’un auteur à succès me disait que mon bouquin, c’était de la merde. Je ne me suis pas réveillé en nage, mais pas loin. Tout ça dans un climat un peu merdique. Avec des potes qui me disent que ouais, vu le milieu de l’édition en ce moment, franchement je devrais accepter à peu près n’importe quoi j’aurais pas à me plaindre. Ou d’autres qui me disent avec l’œil de l’ancien que bon, c’est cool hein mais c’est tellement de la merde le marché en ce moment, que bon, faut rien espérer. Je ne vais pas pointer du doigt la crise, mais j’ai l’impression que les gens sont assez déprimés et j’en suis une sorte de dommage collatéral. On me demande parfois comment je fais pour avoir à ce point confiance. C’est pas de la prétention, enfin si, un peu, mais c’est surtout de l’espoir concentré, du sirop d’optimisme, de la force de volonté en mithril.

La procrastination a ses limites. Va falloir y aller. D’ailleurs je reprendre bientôt le boulot, genre en stage. Et j’ai réussi à remailler ma directrice de mémoire, pour la première fois depuis le 17 septembre (encore une date tiens). Faut juste survivre aux naysayers et prouver, une fois encore, que putain j’ai raison d’y croire. Si si.

Demain on parlera d’un comic.