1042 – Reward/Risk

En ce moment je tombe régulièrement, dans des conférences, bouquins, sur des théorisations du comportement humain sur un modèle récompense/risque. Toutes les décisions que l’on prendrait seraient le fait de ce petit calcul on ne peut plus simple. Je ne braque pas une banque parce que le risque (aller en taule) dépasse la récompense (des sous) par exemple. L’idée étant que ce qu’on appelle le libre arbitre n’est au final qu’une suite d’additions et de soustractions. Ce qui me pousse à essayer de déterminer les risques/récompenses liées à mes décisions. Par exemple littérairement le risque de perdre des centaines d’heures de ma vie à taffer dans le vide valent la récompense de pouvoir diffuser mes écrits à un public que je ne peux pas atteindre en l’état. Mais ce qui m’inquiète, c’est de savoir où se situe la notion de morale et d’honneur au milieu de ce système.

Quand je réfléchis par exemple à pourquoi je ne bois pas. Il y a en partie le risque de peiner à m’intégrer à un groupe de buveurs en soirée, qui est compensé par la récompense de me sentir « meilleur » car n’ayant pas besoin de ça. C’est une composante morale. D’un autre côté pour moi le risque de déraper, de faire ou dire de la merde ou de sombrer pour de bon dépasse carrément la récompense du fun et du goût de l’alcool. C’est une composante de peur. Bien sûr j’occulte d’autres trucs, mais dans l’idée mon côté buveur d’eau n’est pas pur et blanc, il est aussi motivé par une peur personnelle. En extrapolant, on retombe sur l’idée que des gens sont bons « malgré eux », parce qu’ils n’ont pas le choix, parce que les règles les castrent (j’emmerde Rousseau).

Du coup, la moralité se définirait suivant l’importance qu’on accorde à tel risque ou telle récompense. Dans le cas de braqueurs, l’argent leur est plus désirable que le risque (qu’ils minimisent par un travail de préparation tant réel que mental). Il existe sur cette planète un ou deux mecs que j’aurais bien éclatés d’un coup de poing dans la gueule. Sans somations, juste parce qu’ils le méritent. Je sais que c’est mal. Mais le risque « points de karma en baisse » est moins forte que les récompenses associées à leur nez écrasé au bout de mon bras. Ce que j’essaie de dire c’est qu’on apprend des choses sur soi quand on tente de comprendre ce qui nous pousse à agir comme on le fait. Que l’on est pas forcément noble pour les bonnes raisons, et inversement.

Les modèles d’explications béhavioristes me fascinent. Parce que je peine à me piger et parce que surtout je me peine à me situer par rapport à la norme, à savoir quand je suis dessus, à côté, en dessous.

Mais je me creuse.

840 – Benjamin McFly

J’ai encore écrit une note sous le coup de la colère. Pour régler des comptes. Parce que sur le moment je n’étais pas en position de l’ouvrir, de me défendre, faire valoir mon point de vue et rabattre le caquet de la personne qui m’a ouvertement méprisé, et blessé. Une fois rentré j’ai été net et précis une fois le clavier au bout des doigts. J’ai présenté mes arguments à la page blanche qui, noircie, m’a donné raison. Le tout sans violence ni haine. En voilà une bien belle note de blog ! La vengeance est un plat qui se mange numérisé. Jusqu’à ce que je me fasse stoper net dans son enthousiasme par un ami qui préfère m’avertir, quitte à hausser le ton (peut être un poil plus que nécessaire). Sans être d’accord avec l’ensemble de ses théories, je dois avouer que, quand il a commencé à me comparer à Marty Mc Fly, j’ai bien aimé.

S’il y a bien un aspect du diptyque Retour Vers Le Futur II et III qui m’a gêné, c’est celui sur la morale vis-à-vis de la non réponse à la provocation. On t’explique tout le long que Marty est un mec vénère dès qu’on le traite de mauviette, qu’il est prêt à se mettre dans les pires pétrins pour laver son honneur. Puis, c’est le drame, parce qu’il a répondu à un défi, il fut pris dans un accident de voiture qui lui brisa les phalanges, lui interdisant toute carrière future de guitariste et le condamnant à une vie minable. Mais ça, c’est en 2015, et le Marty de 1985 il s’en rend compte et prend une grande leçon de vie. Rester zen et ne pas être jusqu’au boutiste dans le conflit, c’est honorable et c’est être meilleur que son adversaire. En refusant le défi, il sauve sa petite patoune et la team pussy gagne la grande bagarre de la morale.

On ne dirait pas mais je suis quelqu’un de hargneux, quand je mors une cuisse je ne lâche pas prise, jusqu’à essoufflement de ma proie. Quand j’ai la certitude absolue d’avoir raison, d’être dans mon bon droit, ça m’est presque impossible de baisser les yeux et de laisser filer. Je suis contre les injustices en général et je déteste que l’adversaire puisse s’en tirer avec l’impression d’avoir en plus gagné. Forcément ça m’a déjà joué des tours, je me suis retrouvé dans des conflits dans la vie et sur le net que j’aurais pu éviter simplement en traçant ma route. Tout comme j’ai déjà subi des retours de bâton aux proportions épiques à cause d’une ou deux notes de blog. Alors pour cette fois, parce que j’étais épuisé et parce qu’on m’avait crié assez fort dessus, j’ai dropé ma note, je l’ai rangée avec une ou deux autres que j’ai autocensurées mais conservées dans un coin.

Un peu plus tard, une autre amie s’est insurgé devant mon résumé des évènements, n’arrivant pas à comprendre pourquoi je n’ai pas ouvert ma gueule, pourquoi je n’ai pas bouffé la moitié du visage de mon interlocuteur, qui mériterait bien pire à son goût. J’ai soufflé, un mal de crâne en approche. Je n’oublie pas. Je ne laisse pas forcément passer. Je temporise. C’est à ça que sert ma shitlist, à me souvenir de tous ceux qui sont passés entre les mailles pour le moment. Même si, être Marty McFly c’est pas simple tous les jours, même si le courage du stoïcisme se confond parfois avec la lâcheté, même si la note est question est toujours sur un bout de disque dur.

642 – Book Review 106

Comme je vais parler d’un bouquin crasseux et naze, je vais d’abord tenter de vous apprendre un truc intelligent. Aux US of A, une lettre « Dear John » désigne une missive par laquelle une femme annonce à son homme qu’elle le quitte pour un autre. L’expression vient de la seconde guerre mondiale, une époque où les femmes des soldats américains se retrouvaient souvent seules et adultères au pays. Elles écrivaient alors à leur ancien amoureux une lettre, qui commençait bien souvent par « Dear John » (nom commun de l’époque et générique pour parler d’inconnus). Sinon, Dear John, c’est aussi le titre d’un des derniers bouquins de Nicholas Sparks, le mec qui a écrit The Notebook y’a un moment. Intrigué par la bande annonce de l’adaptation ciné (y’a le dude de GI Joe et la blonde de Jennifer’s Body !) et piégé à l’aéroport de Newark, j’ai attrapé un exemplaire poche. En fait, rétrospectivement, j’aurais peut être pas du. Pour expliquer le pourquoi du comment, je n’ai pas d’autre choix que d’activer le mode hyperspoilers !

John a grandi avec seul avec son père. Ado il était insupportable et a fini par rentrer dans le droit chemin en rejoignant l’armée après une carrière scolaire peu brillante. Lors de son premier retour au pays, il rencontre Savannah, une fille dont il tombe immédiatement amoureux. Le coup de foudre est réciproque et les deux tourtereaux décident de rester ensemble malgré la distance du retour à l’armée de John. Ils passent l’année à s’écrire des lettres passionnées avant de se retrouver et de finalement concrétiser (euphémisme de baiser). Mais lors de l’année qui suit, Savannah rencontre quelqu’un et écrit à John que leur histoire doit s’arrêter là. Deux ans plus tard, lorsque le père de John meurt, celui-ci veut retrouver Savannah, sa seule amie. Celle-ci s’est mariée à un mec adorable mais cancéreux. Le mari va même jusqu’à faire promettre à John de se remettre avec Savannah s’il casse sa pipe, parce que leur amour est unique. Sauf que John est kewl, alors il dépense l’héritage entier de son père anonymement dans un traitement expérimental qui guérit le mari avant de repartir de son côté, certain que Savannah l’aime toujours.

Attention, théorie ! Ceci est un roman d’amour pour chrétiens ! En effet, tous les personnages sont supers croyants et parlent de dieu sans arrêt : Savannah est trop heureuse que John aille à la messe avec elle, le mari n’a pas peur de mourir parce qu’il sait que le paradis l’attend etc… Dans The Notebook, une femme trompait et abandonnait son mari pour son amour d’adolescence. Dans Dear John, malgré le fait que John soit de retour et que leur amour soit plus pur et puissant que celui de Savannah pour son mari, il n’y aura ni adultère, ni rupture, ni rien. D’ailleurs les amoureux plein d’hormones attendent six mois pour avoir, oh mon dieu, un rapport sexuel, et un seul. Au contraire, la morale triomphe, John sacrifie son patrimoine pour le bonheur d’un autre homme (qui est, rappelons le, moins l’élu du cœur de sa femme que John). A côté de ça on remarque que cette racaille de John devient un mec bien grâce à l’armée, qu’il préfère repartir à la guerre après le onze septembre que de rentrer vivre l’amour de sa vie.

Alors okay, Dear John est bien écrit, enfin disons bien formaté. On sourit quand il faut, on larmaloeil quand il faut. Y’a de l’amour, des limites temporelles, des grands sentiments, de la maladie presque incurable et tout et tout… Mais je ne peux pas m’empêcher de trouver que ce bouquin raconte l’extrême opposé de The Notebook, son plus grand succès. Et quelque part, le public pour qui cette histoire est satisfaisante, faisant passer la morale avant les sentiments, me fait un peu flipper. Sans parler de ma gêne à entendre parler de dieu tous les deux paragraphes pendant trois cent pages. Mon premier roman pour redneck fondamentaliste. J’en suis ému. Mais bon, j’airai quand même voir le film pour rigoler un bon coup.

TRAILER STAGE !!!