En ce moment je tombe régulièrement, dans des conférences, bouquins, sur des théorisations du comportement humain sur un modèle récompense/risque. Toutes les décisions que l’on prendrait seraient le fait de ce petit calcul on ne peut plus simple. Je ne braque pas une banque parce que le risque (aller en taule) dépasse la récompense (des sous) par exemple. L’idée étant que ce qu’on appelle le libre arbitre n’est au final qu’une suite d’additions et de soustractions. Ce qui me pousse à essayer de déterminer les risques/récompenses liées à mes décisions. Par exemple littérairement le risque de perdre des centaines d’heures de ma vie à taffer dans le vide valent la récompense de pouvoir diffuser mes écrits à un public que je ne peux pas atteindre en l’état. Mais ce qui m’inquiète, c’est de savoir où se situe la notion de morale et d’honneur au milieu de ce système.
Quand je réfléchis par exemple à pourquoi je ne bois pas. Il y a en partie le risque de peiner à m’intégrer à un groupe de buveurs en soirée, qui est compensé par la récompense de me sentir « meilleur » car n’ayant pas besoin de ça. C’est une composante morale. D’un autre côté pour moi le risque de déraper, de faire ou dire de la merde ou de sombrer pour de bon dépasse carrément la récompense du fun et du goût de l’alcool. C’est une composante de peur. Bien sûr j’occulte d’autres trucs, mais dans l’idée mon côté buveur d’eau n’est pas pur et blanc, il est aussi motivé par une peur personnelle. En extrapolant, on retombe sur l’idée que des gens sont bons « malgré eux », parce qu’ils n’ont pas le choix, parce que les règles les castrent (j’emmerde Rousseau).
Du coup, la moralité se définirait suivant l’importance qu’on accorde à tel risque ou telle récompense. Dans le cas de braqueurs, l’argent leur est plus désirable que le risque (qu’ils minimisent par un travail de préparation tant réel que mental). Il existe sur cette planète un ou deux mecs que j’aurais bien éclatés d’un coup de poing dans la gueule. Sans somations, juste parce qu’ils le méritent. Je sais que c’est mal. Mais le risque « points de karma en baisse » est moins forte que les récompenses associées à leur nez écrasé au bout de mon bras. Ce que j’essaie de dire c’est qu’on apprend des choses sur soi quand on tente de comprendre ce qui nous pousse à agir comme on le fait. Que l’on est pas forcément noble pour les bonnes raisons, et inversement.
Les modèles d’explications béhavioristes me fascinent. Parce que je peine à me piger et parce que surtout je me peine à me situer par rapport à la norme, à savoir quand je suis dessus, à côté, en dessous.
Mais je me creuse.





