423 – Russian Schuffle Roulette

Y’a pas si longtemps, j’hébergeais malgré moi une jeune fille en fleur, coincée à la rue pour cause de dépassement du couvre-feu de sa résidence universitaire. J’aurais bien abusé de son corps de nymphe mais on était trop occupé a débattre de l’heure à laquelle elle avait me réveiller pour aller en cours, l’infâme harpie ! C’est alors qu’elle s’inquiéta de la sonnerie de mon réveil/téléphone, non parce que si c’est un truc relou, bah elle fera la gueule. Les filles, c’est chiant. Merci Capatin Obvious ! J’optais donc pour rétablir ma sonnerie de l’année dernière, Good Morning de Kanye West, qui passe bien par les n’oreilles. Erreur fatale le lendemain matin ! Le temps d’émerger j’étais persuadé d’être dans la mezzanine de mon ex, à Bastille. Oui mais non. J’avais précisément changé de sonnerie de réveil en changeant d’appart’, d’où la perturbation cérébrale due à ma mémoire musicale.

Il est établi depuis fort longtemps que j’ai des goûts musicaux de merde. C’est pas un scoop. Mais ce n’est pas pour autant que je n’apprécie pas la soupe que je m’inflige quotidiennement depuis des années. Mon mode d’absorption musicale est aussi complètement foiré. Quand je tombe sur un morceau ou un album qui me plaît dans mon corps, je me le colle en repeat dans le MP3 et l’ordi. Pendant peut être une semaine, plus si affinité, je n’écoute quasi que la même musique, encore et encore en boucle. Je crois qu’à ce stade on peut envisager la piste de a lobotomie. L’effet pervers de ce genre de comportement c’est que la plupart des morceaux qui comptent dans mon inculture musicale sont liés à des gens ou des évènements très particuliers. Le bouton Schuffle de mon player devient alors une bonne à retardement mémorielle (prouvant que Proust aurait moins grossi s’il avait écouté de la zique au lieu de s’empiffrer de madeleines comme l’obèse qu’il était).

Pour mieux vous rendre compte de l’ampleur des dégâts, quelques exemples. Si j’écoute Infinity On High de Fall Out Boy, tout de suite mes narines s’emplissent de l’odeur de renfermé et de sueur du Club Med Gym de République, vu qu’à la période où j’y passais cinq par semaines j’écoutais l’album en boucle. Always de Blink 182 me ramène aux nuits à attendre des textos de Sonia jusqu’à trois heures du matin. Americana d’Offspring me fait ressentir la chaleur des rayons du soleil à travers la vitre du bus scolaire qui nous trimballait dans le sud à l’époque du collège. Space Oddities de David Bowie est capable de me faire fondre en larmes sur place au milieu de la rue. Robocop de Kanye West (morceau très sous estimé) me fait grincer des dents en repensant à l’autre que je courtisais comme un lycéen à peine pubère y’a quelques mois. Bien sûr la liste est longue et je me doute bien que je suis loin d’être un cas particulier.

Tout ça pour donner un peu de poids à mes arguments comme quoi, finalement, même si j’écoute de la merde, je le fais avec la même passion que les vrais mélomanes. Non mais !
Demain bouquin !

409 – Commercial Suicide

Je suis au dernier étage d’un immeuble de Montmartre, et je joue à « Aziz, lumière ! » pour un photographe qui se contorsionne dans une petite chambre de bonne. D’ici on a une pure vue de Paris, avec un véritable horizon, chose pas simple à dénicher dans ce coin à la con. Ca valait le coup de s’éclater un genou dans les escaliers. Mes muscles souffrent à force de tendre la toile réfléchissante à bout de bras. Je fronce les sourcils très fort pour intimer l’ordre à Sylvain de lancer le morceau sur les speakers de son iPhone en fin de batterie. Le téléphone toussote et le rappeur blanc encadré contre la fenêtre se met à gesticuler en silence. Ouais, c’est bien ça, je file un coup de main au tournage micro budget d’un clip de rap.

Tout ça c’est la faute des spaghettis. Je sais pas résister à de la bouffe gratuite, c’est mon côté étudiant. Bon à savoir si je vous évite depuis un moment. Alors quand je suis invité à manger, et que je me souviens que j’ai pas une thune, je viens. L’amiral Ackbar l’aurait senti, pas moi, c’était un piège ! Une fois arrivé, on me présente Stouf, producteur, Le Vrai Ben, rappeur. Chui quoi moi ? Matthias, consultant marketing ! What the fuck ?! J’espère au moins que y’a des boulettes de viande dans les pâtes pour un plan foireux comme ça ! Trois boulettes Shopi surgelées plus tard, me voilà à écouter cette bande de gens m’expliquer leur plan machiavélique. Ben est un ancien de Puzzle, les mecs qui faisaient ce clip lolilol que je matais M6 de la grande époque, sur un mec qui se réveillait dans un monde matriarcal.

Perso, je suis pas trop fan de rap, mais j’aime les bons textes et les entreprises à la con. Rien qu’appeler un album Suicide Commercial ça me fait suffisamment marrer pour me donner envie de participer. Enfin, à part porter la lumière et faire le soutiens moral, je suis pas trop sûr de l’étendue de ma contribution mais ça reste drôle. Surtout, voire une bande raconter n’importe quoi tout en accouchant de quelque chose de crédible, ça donne de l’espoir. Une petite crew qui s’est démené à l’œil pour atterrir dans le top 10 des téléchargements de la FNAC.COM et d’SFR Music en même temps. Pouvoir se vanter d’avoir pu marcher sur la tronche à Calogéro pendant deux trois jours, ça reste une bonne raison de s’offrir une biznouse. Le Vrai Ben ne passera pas chez Denisot, ou alors pas tout de suite, mais lui comme tant d’autres est en train de démontrer le gros potentiel de bottage de cul que peut avoir une initiative intelligente et de talent.

Tout ça pour dire que la prochaine fois qu’on me proposera de venir manger à la maison en plein milieu de semaine, j’irais le cœur vaillant. On ne sait jamais ce qui se cache au fond d’un plat de spaghettis premier prix. Quand au clip, je le ferai tourner quand il sera fini.
Demain, critique de bouquin gnan gnan.

080 – Drugs Don’t Work On BenReilly

Il y a plusieurs semaines, alors que j’étais seul devant mon ordi passé minuit, un bruit me fit émerger de ma torpeur. Sur mon écran clignotait un message cryptique. Un contact un peu étrange me demandait si j’avais déjà touché à la drogue, parce qu’il avait trouvé un pur truc de ouf que je me devais d’essayer. Là je me suis dit que c’était le moment ou jamais d’aller m’effondrer comme une merde sur mon lit, qu’après ce serait foutu. Voilà pourquoi j’ai sommé mon pote de m’en dire plus. Ce qu’il m’a ensuite expliqué à bousculé tout mon champ de croyances, me plongeant du même coup dans un abime de perplexité. Il m’a parlé d’IDoses, des fichiers MP3 dont l’écoute prolongée pouvait induire des sensations physiques liées à la plupart des narcotiques connus.

Sentant le bullshit à cinquante kilomètres, j’ai pris la peine de me renseigner un minimum. Effectivement une boîte prétendait bel et bien vendre des doses de drogues soniques. Moyennant quelques brousoufs, il était possible de télécharger des fichiers musicaux périssables et d’expérimenter la toute puissance des IDoses. L’ensemble était censé fonctionner en produisant des sons sur des fréquences différentes dans chaque oreille. Le cerveau, tentant de gérer cette cacophonie produirait alors des composants chimiques s’écoulant dans les synapses et paf, ça fait de la drogue. L’odeur de bullshit devenant de plus en plus envahissante j’allais à la pêche aux reviews. Sur les forums des inconnus s’extasiaient des effets des musiques. Je n’avais plus le choix, il fallait que j’essaie pour en avoir le cœur net.

Allongé par terre dans le noir, le casque vissé sur les oreilles, je me sentais un peu con. Mon cœur bat la chamade, terrifié à l’idée de faire un arrêt pour cause d’overdose avec personne pour me ranimer. Après un téléchargement massif de MP3, mon choix est fait. Plutôt que de m’orienter vers l’effet cocaïne j’opte pour le morceau sensé me faire jouir contre ma volonté. Sur le papier ça avait l’air plutôt pas mal. Seulement voilà, quinze minutes de bruit blanc désagréable dans les oreilles plus tard et je peux pas m’empêcher de me dire qu’une bonne vieille branlette des familles reste plus efficace. Frappé par le profond ridicule de la situation, j’abandonnais l’expérience. Après coup, j’ai découvert que soi-disant les MP3 n’offraient pas la qualité suffisante pour restituer toutes les fréquences sonores, sans parler du fait que 20% de la population était immunisée contre les effets des IDoses.

Décidément tout l’appart’ empestait le bullshit. Aussi j’ai ouvert la fenêtre, dis à mon pote que boarf, ça marchais pas, puis ai entrepris de me coucher une bonne fois pour toute. Du fond de mon lit, le doute me bouffait. Et si c’était vrai ? En tout cas mon pote et une cinquantaine de rebelles sur un forum le croient dur comme fer. Le pire dans tout ça, c’est que j’étais trop crevé pour me branler au final. Y’a pas à dire, les drogues c’est bien de la merde.

Mieux vaut que je change de sujet pour demain et que je m’attaque à une épineuse question, à savoir les jeunes filles en fleur dont on a oublié jusqu’à l’existence.

BONUS STAGE !!!

Tant qu’à être stone autant être lovestoned. Et tant qu’à écouter de la zik, autant écouter de la bonne. Alors je sens que y’en a qui lolent au fond, mais prenez la peine d’atteindre le bridge au milieu de la chanson (3:30) avant de cracher. Ce morceau est DJ valided okay mofos !