767 – Been There, Wrote That

Vous n’étiez peut-être pas là il y a un peu plus d’un an (sur le blog, pas en vie je veux dire), à l’époque où je bossais doucement sur ce qui devait être mon second roman : Fuck Yeah. Cherchez pas, j’ai des titres de travail en lol massif. L’histoire retiendra que j’ai cessé de bosser dessus à la perte de plusieurs pages en exemplaire unique dans la fuite de mon stage. Pas la motivation de réécrire tout de suite deux chapitres pénibles car se déroulant dans une supérette d’une station essence du New Jersey. D’où troisième manuscrit qui devient second manuscrit et Fuck Yeah qui part à la dérive. Si vous suivez bien, vous savez que j’ai commencé un nouveau texte, mais vraiment nouveau. Je n’ai pas repêché mon ébauche, qui possède pourtant un nombre conséquent de pages. Le problème, c’est que depuis que je suis allé à New York, si je veux reprendre Fuck Yeah, je dois tout recommencer. Du début.

Les quinze premières pages du manuscrit se déroulent à New York (plus celles dans un avion). Une ville où, au moment de l’écriture, je n’avais jamais foutu les pieds. Je m’étais démerdé à l’ancienne, à lire des guides touristiques, à poser des questions à des amis et avec google street view (très utile pour une ambiance, des descriptions, des lieux). Le résultat était visiblement pas si dégueulasse puisque le petit comité responsable de la validation au fur et à mesure du texte n’avait pas été choqué, même les anciens touristes. Pourtant, chaque jour de mes deux semaines de voyage je trouvais de nouveaux détails à greffer, de nouvelles idées de mise en scène de personnages, l’inspiration comme on dit. J’ai repensé à mon texte et je réalise que je dois tout refaire. C’était pas mal en l’état, mais ça pourrait être tellement mieux. Il suffirait juste de repartir à zéro.

Tout ça nous ramène à l’éternel débat. Faut-il n’écrire que sur ce qu’on connait ? La question a beau être giga conne et la réponse négative d’une évidence sans nom, le milieu littéraire continue de s’écharper sur le sujet à intervalles réguliers. Conneries. Heureusement que Tolkien est allé sur les terres du milieu, sinon il aurait trop mal raconté. Par contre ce dont je me rends compte, c’est que si on connaît réellement son sujet, on l’abordera différemment, de manière plus riche avec un peu de chances. C’est pour ça que j’ai mis Fuck Yeah dans un coin. Parce que je ne suis pas à l’abri de visiter un jour Austin, Las Vegas et San Diego. A un moment j’avais pensé griller mon premier chèque de droits d’auteurs là dedans, le voyage sur les traces de mon prochain bouquin. On verra, au pire je ferai sans, mais ça serait chouette.

Peut-être en partie pour ça que j’ai préféré attaquer Perfect Ten, qui est sans aucun doute le boulot le plus fictif sur lequel j’ai pu bosser en matière de roman. Aucune chance que je vive ou expérimente quoi que ce soit dans ce que j’y mets. Ca règle la question. Quant à Fuck Yeah, en tant que mon projet le plus fun ever, je ne vais pas le laisser moisir indéfiniment.

Demain on parlera docteur.

728 – The Getaway

J’avais déjà confessé ici l’absence de permis voiture dans mon portefeuille (à l’occasion d’une note qui prédisait déjà la 666, notez comme je suis malin et cohérent avec moi-même). A l’époque j’avais fustigé cette boite à roues bien merdique. J’essayais de rationaliser le truc, genre je vis en ville et du coup je n’ai que faire d’une voiture, et que quand j’aurai des responsabilités d’adulte comme une femme et des gosses j’irai feinter à l’étranger pour trouver le précieux papier. Ca c’était y’a presque deux ans. Et force est de constater qu’une fois de plus, le poids du temps qui passe effrite tout doucement mes convictions. Un de mes problèmes actuels, c’est que je commence à avoir envie d’avoir le permis, d’avoir une voiture. Pas pour aller bosser, pas pour aller à l’école, pas pour économiser sur les billets de train ni même partir en vacances plus facilement. Non. En vrai, je veux une caisse pour m’enfuir.

L’année dernière, quasiment au jour près, j’écrivais mon road novel. Un roman initiatique à travers les US of A traversés d’est en ouest en caisse. C’est dire si les escapades en voiture ça me travaille. Et j’espère bien reprendre et boucler ce projet qui me tient vraiment à cœur mais que j’ai stoppé net après avoir perdu une demi-douzaine de pages dans mon départ de l’agence. Ce week end j’étais allé voir Crazy Heart au ciné (don’t ask, accident de programmation) et à chaque fois que Jeff Bridges roulait dans le désert du midwest, tout seul à des dizaines de kilomètres à la ronde, ça me faisait vraiment rêver. En fait c’était les meilleurs moments du film, par opposition à tous les passages où il vomit face caméra pour gagner un oscar. Crazy Heart n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Ca me prend aux tripes chaque fois que je vois un mec se tirer, seul au volant, direction l’absence de civilisation.

Je crois que le problème, c’est Paris, pour changer. Quand j’étais sur Lyon il suffisait que j’aille à un terminus de métro et que je prenne un bus pour me retrouver au milieu de nulle part, peinard pour bouquiner ou juste dormir au soleil (Parc Chazière représente). Mais là, sur Paris, c’est foutu. Même en TGV tu ne vois pas l’ombre d’un champ à moins de quinze minutes de Gare de Lyon. Et quand j’étais à New-York, j’aurais voulu pouvoir louer une bagnole et partir, juste pour voir ce qu’il y avait derrière la ville, derrière la banlieue, derrière le truc d’après. J’ai comme règle absolue en cas de soirée de ne jamais aller à un endroit dont je ne puisse partir quand je veux. Sinon j’étouffe. Je crois que je suis en train de réaliser que je ne peux pas partir de Paris, que je ne peux pas me casser à loisir, sans préparatifs ni autre considération d’un plein d’essence.

Peut-être que si j’avais pensé à ça à l’époque où j’avais concrètement le temps, j’aurais fait un effort. Ou pas remarque, tellement ma haine de l’automobile peut prendre un tas de formes. J’en reparlerai sûrement à l’occase, tout en étant quasiment certain que j’aurais pas plus mon permis à ce moment là.

Demain, on parlera de dodo et de câlins.

90′S STAGE !!!

635 – Book Review 105

J’aurais pas résisté longtemps. Une fois aux US of A, face à toutes ces couvertures aux couleurs chatoyantes, j’ai fini par acheter un truc. Le dernier Paul Auster était partout. Forcément, vu qu’il fait partie des quelques auteurs anglo-saxons avec un minimum de crédibilité littéraire (indépendamment de simples qualités de storyteller). Je me souviens de Seul dans le noir, que j’avais lu à la faveur de l’été, dans le sud, et qui m’avait laissé avec une sensation un peu étrange. C’était l’occasion d’en apprendre un peu plus sur un auteur qu’on m’aura beaucoup conseillé. Et puis lire un auteur New-Yorkais, de Brooklyn pour être plus précis, et né dans le New Jersey, à Newark, ça me semblait globalement logique. D’où Invisible dans ma besace, édition cartonnée, beaucoup plus chère en librairie que sur Amazon. Mais le charme bordayl, le charme. Problème, trois cent pages plus loin j’ai l’impression de ne pas être plus avancé à propos d’Auster.

Adam Walker est un étudiant en lettres d’à peine vingt ans lorsqu’il rencontre le français Born et sa petite amie Margot lors d’un diner à New York, en 1967. Born est plus âgé et s’attache vite à l’étudiant, va jusqu’à lui proposer de financer la création d’une revue littéraire. Mais très vite l’amitié naissance devient trouble. Born pousse Adam dans les bras de Margot, qui elle-même n’est pas contre se laisser faire, avant qu’un évènement tragique vienne tout changer. Voici la première partie des mémoires d’Adam Walker, à présent sexagénaire et leucémique. Son ami Freeman se retrouve en possession du manuscrit nommé « 1967 », qu’il dévore, poussé par la curiosité. Car Adam et Born vont être amenés à se recroiser au fil de cette année déterminante dans la vie du jeune étudiant. Pour peu que Freeman arrive à démêler le vrai du faux.

Okay j’ai menti, j’ai fait des recherches et appris des trucs sur Paul Auster. Par exemple il aime bien le méta-textuel, parler du texte dans le texte (un écrivain fictif qui retranscrit le texte du autre écrivain fictif). D’où ici une structure qui alterne entre présent et manuscrit passé, une narration qui oscille entre première, seconde et troisième personne suivant les parties du roman. Auster aime aussi cultiver le mystère, ne donnant que trop peu de réponses, laissant son lecteur dans le flou. Il faut aimer. Au moins le style est propre et efficace, les fulgurances plutôt rares. En bon écrivain bourré de tics et de clichés Auster cite un tas d’auteurs morts et disserte sur la littérature et la condition d’auteur par le biais de ses personnages. Mais il se lâche aussi à l’occasion d’une seconde partie sur un inceste consenti magnifiquement raconté. Perturbant dans tous les sens du terme. Néanmoins on ressort d’Invisible plus troublé que réellement convaincu.

A ce stade je pense que c’est fait exprès. Que le lecteur doit aimer le flou artistique et les non dits pour apprécier l’auteur. Ma frustration freine encore mon plaisir mais je ne désespère pas d’accrocher plus. Car je sens, je sais, qu’il y a, au milieu de la brume, quelque chose qui en vaut la peine.

Demain, report de la séance de ciné la plus dingue de ma vie.