1223 – Lumberjack

Quand j’étais petit, la famille possédait un bout de forêt dans la Loire. Héritage dont nous n’avions pas les moyens de faire grand-chose. Mais chaque hiver, c’était l’occasion de prendre une hache dans le garage et d’aller couper un sapin. Mes bottes faisaient la moitié de ma taille d’enfant et il fallait lutter contre la boue à flanc de colline, au moins le temps de décider quel sapin prendre. Fier, je rentrais à la maison avec du vrai bois de la forêt. Les branches n’avaient pas le temps de comprendre ce qui leur arrivait qu’elles étaient déjà enguirlandées. Et dans le salon de mes grands-parents, ça sentait le sapin, le vrai, pas celui qui ne porte pas bonheur.

Puis on a vendu le bout de forêt, avec les sapins.

Quand j’étais moyen, mon père et moi étions au moins d’accord sur quelque chose : on ne mégote pas sur le sapin de Noël. Chaque décembre, nous prenions la voiture (surtout lui ; moi, je regardais) et nous partions loin, dans la banlieue de la banlieue. Nous avions rendez-vous avec un pépiniériste. Le boulot du type était de faire pousser des arbres, de toutes les sortes. Il m’expliquait la différence entre les sapins qui sentent, ceux qui ne sentent pas, ceux qui tombent des aiguilles et les autres. A deux, nous en choisissions un bien, donc magnifique et gigantesque, qui ne tiendrait que de justesse dans la Ford. Je comprenais vaguement que ça coûtait de l’argent, mais on ne me disait pas combien. Et puis ce n’était pas le problème. L’important c’était de repartir avec un bel arbre.

Puis mon frère et moi sommes montés sur Paris.

Quand nous repassons sur Lyon, c’est en coup de vent, le temps d’aller voir la famille, parfois lointaine. Le roi des forêts faisait sens quand nous passions deux, trois semaines de vacances autour. La magie de Noël a diminué en même temps que la taille du sapin, qui est présent principalement parce qu’il faut, décoré sans nous. C’est simplement histoire d’avoir un support à cadeaux, une manière d’honorer la tradition. On sait que cela me fait plaisir et que cela compte. C’est une relique de quelque chose. L’important à présent c’est qu’il soit là, pas sa taille ni son envergure. Et avec les années, je me suis surpris à de moins en moins râler à ce sujet. L’arbre a rapetissé, j’ai grandis.

Puis un jour j’achèterai un sapin pour chez moi.

Parce que je serai en train de bosser à l’étranger, parce que j’aurai un coup de folie, parce que j’aurai une famille. Un jour j’achèterai mon premier sapin de Noël. Ce sera mon auto cadeau. Ce sera un arbre gigantesque, le truc énorme qu’un ami m’aidera à porter dans les escaliers. Quand on le regardera le seul mot qui s’imposera à nous sera majestueux. C’est comme ça que ce doit être. Pour de vrai.

Quelque part, j’ai un peu hâte.
Joyeux noël.

1007 – Whiskristmas

Dimanche matin, j’ai réussi à convaincre mon plus jeune cousin Savoyard de prendre la voiture et de nous conduire, mon frère et moi jusqu’à Genève pour une mission Burger King. Nous avions fière allure, dans la petite voiture jaune avec du Snoop Dog à fond, quand nous avons passé la frontière. A la gare de Genève nous avons récupéré Iris, qui venait faire un featuring dans notre futur bon souvenir de Noël. Puis ce fut direction l’aéroport, dans lequel nous avons déambulé un moment avant de trouver le seul Burger King de la région. Quinze francs suisses chacun plus tard et nous étions posés avec nos frais Whopper. J’avais opté pour le temporaire du moment : le Bourbon Whopper, avec ses onions rings panés et sa sauce au Bourbon. Mon enthousiasme réussit à convaincre mon palais que c’était la meilleure idée du monde, culinairement parlant. Un hug et un cadeau d’adieu à Iris plus tard, et nous repartions vers la France à travers les champs aussi déserts que couverts de neige.

Quand on fait le calcul, ce Noël n’était pas si mal que ça. Okay, avec deux pauvres tranches j’ai à peine eu assez de foie gras pour l’année, mais le reste se tenait. Plus les réveillons passent, mieux je supporte la famille que j’apprécie de voir, quitte à passer des heures à l’arrière d’une voiture à rattraper mon retard musical de l’année. Puis niveau cadeau, j’ai eu pile ce que je voulais sans avoir à trop le demander. J’ai scoré un tas de nouvelles chaussettes qui vont bien, le genre que j’ose pas mettre tellement elles me semblent parfaites sur leur petit présentoir. Mon frangin a eu la présence d’esprit de me prendre un porte capsules Nespresso. A ce rythme mon appartement va finir par ressembler à quelque chose. Iris a commis un attentat contre ma perte de poids avec un petit pot de crème de noisettes. Notons le colis de lecteur JpSiffert qui lui aussi m’a chargé en sucre pour les fêtes. Pile quand je fais pas d’exercice, bande de petits malins.

De mon côté j’ai couru de partout pour offrir des bouquins de qualité à la famille. Mais ma quête de cadeaux est loin d’être bouclée vu que je dois arroser encore une ou deux personnes. Seulement j’ai passé la fin de mois au bord de l’interdit bancaire (merci les billets de train et l’ultime renouvellement de ma carte 12/25) et tout reste à faire. Quelque part l’esprit de Noël va me travailler jusqu’à mi-janvier facile avec ces conneries. Ca attendra néanmoins que je boucle Donkey Kong Country Returns et Sonic Colours. Parce que les fêtes c’est aussi dépoussiérer la Wii et rattraper mon retard vidéoludique avant de retourner sur la Xbox en 2011. Je cours après les bananes en me gavant de papillotes. Aussi je cours après mes amis Lyonnais. Parce que la famille c’est aussi le best friend forever, les potes de lycée, les amis de fac. Et que ces vacances sont vraisemblablement les dernières avant la dernière ligne droite stage interminable et cdd sans congés. Allez, j’ai mérité un retour de Coca Zero.

Le soleil se couche sur l’autoroute du retour. J’ai passé une heure le nez collé à la vitre pour admirer les montagnes enneigées, les grands sapins blancs, les lacs gelés et autres vallées le long du trajet. Mes pieds grelottent encore de la neige qu’ils ont foulée en rentrant de Genève. Alors j’agite mes doigts dans mes chaussettes neuves.

Ouais, c’était un bon Noël.

FUN FACT STAGE !!!

En Australie, Burger King s’appelle Hungry Jacks.

994 – Book Giftlist 2010

Cette année j’ai lu une cinquantaine de bouquins, enfin sûrement un peu plus. Comme l’année dernière j’ai voulu faire une liste des meilleurs (de mes lectures, pas de l’année), ceux qu’on peut mettre sous le sapin les yeux fermés pour Noël. La mauvaise nouvelle, c’est que j’ai galéré pour en trouver huit, la plupart uniquement dispos en anglais. La bonne, c’est que ma liste de l’an dernier est toujours en ligne. Sinon, voici la nouvelle, avec liens vers les critiques et Amazon.

-          Sunset Park – Paul Auster (VO)

Le dernier Paul Auster aura accouché de critiques mitigées. Cette chronique d’un jeune homme qui fuit sa vie dans un squat à Brooklyn ne révolutionne rien, n’est pas métatextuel ou profondément complexe. Mais ses personnages sont tous formidablement construits, épais, attachants. Pour moi la littérature c’est ça, pas les effets de manche. [VO, 16.43€]

-          The Imperfectionists – Tom Rachman (VF/VO)

Un recueil de nouvelles autour de la rédaction d’un quotidien international basé à Londres, The Imperfectionists est un puzzle. La plupart des textes se tiennent bien seuls, brossant des vies en mouvement, mais la force du livre est de tout lier pour former un tableau construit et touchant. Le feel good roman de l’année. [VF en février, 19€] [VO, 18€]

-          Room – Emma Donoghue (VO)

Dans une pièce verrouillée vit une mère et son fils. Séquestrée depuis des années, elle apprend à l’enfant à vivre dans un espace confiné, à ne pas désirer l’extérieur qui, de toute façon, n’existe pas. Il n’y a que la pièce, rien d’autre. Jusqu’à ce que l’évasion devienne impérative. Fuir ou mourir. Exercice de style tout du long, parfois thriller mais souvent drame, Room prend aux tripes et ne les lâche pas. [VO, 15€]

-          The End Of Alice – A.M. Homes (VO)

Peut-être le meilleur roman sur la pédophilie. Okay, c’est pas le plus glamour comme distinction, mais The End Of Alice est proche du génie. Un roman écrit par une femme qui met en scène une jeune femme rongée de désir pour le fils de ses voisins, conseillée de manière épistolaire par un pédophile en prison. Nauséeux, fascinant, terrifiant, toujours sur le fil du rasoir. Un classique en devenir. [VO, 7.92€]

-          Tokyo Vice – Jake Adelstein (VO)

Seul livre dit non-fiction de cette liste, Tokyo Vice est un must have absolu. Le journaliste criminel Jake Adelstein raconte en détail toute sa vie au japon, de ses débuts dans la presse jusqu’aux menaces de mort des plus grand yakuzas. Lecture obligatoire pour les japanophiles, les journalistes, les fans de crim’, de mafia et de sexe. Impossible de le lâcher de bout en bout. [VO, 10.50€]

-          Already Dead – Charlie Huston (VF/VO)

Un peu de vampire pour le principe. Joe Pitt est un détective vampire dans un Manhattan découpé en territoires par les clans de suceurs de sang. Electron libre, Pitt ne doit sa survie qu’à son utilité. C’est pourquoi de la réussite de sa prochaine enquête dépend ce qui lui reste de vie, alors qu’il doit en plus gérer sa relation avec une bairmaid humaine séropo. Polar fantastique crasse et pulp, un plaisir simple. [VF, 19.95€] [VO, 9.46€]

-          Kockroach – Tyler Knox (VO)

Un cafard se réveille un matin du milieu des années cinquante dans le corps d’un humain. D’abord déboussolé, il s’adapte rapidement à sa nouvelle condition. Mu par des instincts d’insecte, il se fraye rapidement un chemin vers les plus hauts des échelons de la mafia new-yorkaise de l’époque. Du Kafka à l’envers en mode Le Parrain, Kockroach surprend, tiens la route et arrive à nous parler de la condition humaine. Et cafarde. [VO, 10.77€]

-          Horns – Joe Hill (VO)

Le fils de Stephen King met une fessée à son père avec un second roman qui défonce. Ig se réveille un matin sans souvenirs de la veille avec deux cornes en train de pousser sur son front. Les protubérances forcent le reste du monde à lui dire toute la vérité. Après quelques déconvenues avec sa copine et sa famille, il décide de mettre à profit son nouveau don pour découvrir qui a violé et tué l’amour de sa vie. Tuerie cosmique, de bout en bout. [VO, 17,95€]

Voilà voilà. Entre cette liste et la précédente, vous n’avez pas d’excuses pour ne pas avoir d’idées. Offrez des livres, ça dure longtemps c’est cool.