Yay ! C’est le plein milieu de la rentrée littéraire et j’ai toujours rien acheté ! Principalement parce que j’ai pas une thune et que je mange des œufs au plat tous les midis (je vous dirai pourquoi soon). Aussi faut avouer que rien ne me fait rêver. Du tout. Pas même le Houellebecq, déjà parce qu’il est cher, ensuite parce que Flammarion et puis parce quand Michel copie colle Wikipédia c’est du « collage » alors que quand je paraphrase Wikipédia à la fac ça me vaut un zéro pour plagiat. Anyway. Ce qui me les brise aussi, c’est les romans giga courts. Enfin, plus précisément les premiers romans méga courts. Il suffit de regarder les étalages chaque année, on trouve deux ou trois nouveautés à la pagination rachitique sur les étals. Quand je vois des trucs comme ça, je me demande comment les auteurs en question peuvent se regarder dans la glace le matin.

Parce que, attention, on parle de feinte à la française. C’est-à-dire que le roman commence à la page 9 ou 11, est rédigé en taille 14, avec des interlignes larges comme le grand canyon. On sent bien le manuscrit étiré au possible, auquel on aura fait subir le supplice de la roue pour atteindre un nombre de pages à peu près cohérent. Je pourrais pointer du doigt que souvent il s’agite d’oeuvres de pistonnés honteux ou de “très jeunes”. Les bouquins sont peut-être bons, les auteurs super adorables. Mais putain, même pas deux cent pages avec une maquette de la honte, pour un premier roman. C’est tout ? Sans déconner. Quand je pense à la littérature avec un grand L de motherfucker je pense à de la densité, de la texture, un univers, un style qui s’exprime, quelque chose de consistant, qui vous prend le cerveau et vous rassasie. Pas de pathétiques miettes réunies en douce pour atteindre le minimum syndical.

J’ai rien contre les auteurs installés qui pondent des livres plus courts. La fluctuation ne me dérange pas. Mais commencer par du riquiqui, ça démontre quoi de l’ambition et de la passion de l’auteur ? Un premier roman est forcément un peu raté, un minimum. Mais il est censé venir des tripes, c’est sensé être quelque chose pour lequel on s’est battu, qu’on a voulu, qu’on a rêvé, qu’on a mariné. Et moi des premiers romans qui rêvent petit, je me demande ce qu’ils foutent là. Publier un premier livre de même pas deux cent pages maquettées convenablement, c’est être celui qui amène un paquet de chips premier prix à une soirée. C’est surtout un aveu de manque total à la fois d’ambition et du respect du mec qui va mettre entre quinze et dix sept euros dans un bloc de papier deux fois trop épais (et polluant pour rien). Sortir un premier roman comme ça, c’est vomir sur la forêt amazonienne.

Alors oui, c’est la littérature française. Un gosse de quatorze ans s’est trouvé deux nègres pour faire 120 pages y’a quelques années juste pour pouvoir être « le coup jeune » de la rentrée littéraire. Une “fille de” avec des daddy issues trouve ça parfaitement normal d’écrire une longue nouvelle et que ça prenne la place d’un autre. De toute façon, il suffit de regarder les grands. Même Bégaudeau triche sur la police, ou bien encore on a Foenkinos qui saute 20 pages dans son dernier roman pour arriver à 200. Le milieu littéraire français est sclérosé à bien des égards. Mais chaque rentrée, ce qui me choque au milieu de la masse, c’est le pêché de paresse.
De mon côté, je préfère l’orgueil, parce que ça va avec l’ambition. Peut-être la matière première la plus rare dans le pays. A tous les niveaux. Y compris sur des premiers romans.
[Note à suivre jeudi]




