Chez les ricains, en matière de librairie, on mélange pas les torchons et les serviettes. Deux enseignes distinctes s’occupent des DVD/High-Tech et des bouquins (in your face, RNAC). En gros si tu veux acheter des livres dans la vraie vie, hors mamazone, tu n’as que Barnes & Noble en maouss enseigne nationale. Y’en a un peu de partout, nettement plus que les librairies indépendantes. C’est étrange parce qu’à Paris, j’étais habitué à ce que l’on trouve un bouquiniste toutes les deux rues au grand minimum. Ici quand je veux acheter un roman, il faut que je m’organise sur google maps avant d’aller errer dans le froid pendant une bonne vingtaine de minutes jusqu’à Union Square. Et encore, une fois arrivé il faut espérer qu’ils aient ce que je recherche. Dans ce bled on kiffe tellement les biographies de pétasse TV et les bouquins d’auto-aide/psycho que je me suis retrouvé plusieurs fois à faire choux blanc dans mes quêtes de vrais livres. On n’en a pu.

Les nouveautés chez B&N, qui est pas une boutique super classe en fait.
Les ricains n’ont pas ce petit truc qu’on appelle la loi sur le prix unique du livre. Aussi entre ce qu’il y a marqué sur la quatrième de couverture et la caisse, c’est surprise et compagnie. Exemple. Chez B&N, toutes les nouveautés couverture cartonnée bénéficient de 20% de remise. Si tu possèdes la carte payante du magasin, c’est 30%. Les couvertures souples sont à peu près au prix indiqué, sauf lorsqu’ils sont savamment disposés dans des rayonnages à moins tant. Chez les indépendants tout est simple. Tu paies le prix de départ et si t’es pas content t’as qu’à aller faire tes courses sur Amazon. Et avec le recul, tu réalises que c’est pas une si mauvaise idée, vu que l’enseigne online est quasiment systématiquement moins coûteuse que n’importe quel magasin en dur de la vraie vie. Ou la logique du web marchant poussée jusqu’aux livres. Ce qui répond à la question de savoir où sont passés les libraires indépendants.

Librairie indé qui ouvre jusqu'à minuit dans le sud de Manhattan. Je crois que j'en suis tombé amoureux.
Pourtant le kif de déambuler dans des allées pleine de papier est encore plus fort ici. Le mémoire que j’ai pas écrit explique cette pulsion marketing qui pousse à créer des couvertures magnifiques, pleines de personnalité. Passer ses doigts de pavé en pavé est jouissif, expérience des sens. Et je me suis retrouvé à banquer des romans dont j’avais à peine entendu parler auparavant, sur leurs seuls mérites graphiques. J’ai aussi assisté à une démo du Nook, l’e-reader de B&N avant de discuter avec un fervent possesseur du Kindle. Le mec m’expliquait que son appart’ était plein de bouquins, qu’il ne pouvait plus se passer de son nouveau gadget et poussait le vice à racheter ses vieux livres en version numériques pour pouvoir les consulter non plus. Confère tous ces businessmen pendus à leur Kindle dans le métro de bon matin.

Et les nouveautés en Fiction dans ma tite librairie. Sérieux ça donne pas grave envie ?
Quand j’ai raconté que gars que j’avais des pulsions de fierté à arborer une étagère bien remplie et qu’en plus les nanas adorent ça, pouvoir checker les lectures d’un mec, il m’a répondu, dans un éclat de rire, que j’étais vraiment une raclure de français. But hey, what can I do, right ?





