626 – Paper Plane

Chez les ricains, en matière de librairie, on mélange pas les torchons et les serviettes. Deux enseignes distinctes s’occupent des DVD/High-Tech et des bouquins (in your face, RNAC). En gros si tu veux acheter des livres dans la vraie vie, hors mamazone, tu n’as que Barnes & Noble en maouss enseigne nationale. Y’en a un peu de partout, nettement plus que les librairies indépendantes. C’est étrange parce qu’à Paris, j’étais habitué à ce que l’on trouve un bouquiniste toutes les deux rues au grand minimum. Ici quand je veux acheter un roman, il faut que je m’organise sur google maps avant d’aller errer dans le froid pendant une bonne vingtaine de minutes jusqu’à Union Square. Et encore, une fois arrivé il faut espérer qu’ils aient ce que je recherche. Dans ce bled on kiffe tellement les biographies de pétasse TV et les bouquins d’auto-aide/psycho que je me suis retrouvé plusieurs fois à faire choux blanc dans mes quêtes de vrais livres. On n’en a pu.

Les nouveautés chez B&N, qui est pas une boutique super classe en fait.

Les ricains n’ont pas ce petit truc qu’on appelle la loi sur le prix unique du livre. Aussi entre ce qu’il y a marqué sur la quatrième de couverture et la caisse, c’est surprise et compagnie. Exemple. Chez B&N, toutes les nouveautés couverture cartonnée bénéficient de 20% de remise. Si tu possèdes la carte payante du magasin, c’est 30%. Les couvertures souples sont à peu près au prix indiqué, sauf lorsqu’ils sont savamment disposés dans des rayonnages à moins tant. Chez les indépendants tout est simple. Tu paies le prix de départ et si t’es pas content t’as qu’à aller faire tes courses sur Amazon. Et avec le recul, tu réalises que c’est pas une si mauvaise idée, vu que l’enseigne online est quasiment systématiquement moins coûteuse que n’importe quel magasin en dur de la vraie vie. Ou la logique du web marchant poussée jusqu’aux livres. Ce qui répond à la question de savoir où sont passés les libraires indépendants.

Librairie indé qui ouvre jusqu'à minuit dans le sud de Manhattan. Je crois que j'en suis tombé amoureux.

Pourtant le kif de déambuler dans des allées pleine de papier est encore plus fort ici. Le mémoire que j’ai pas écrit explique cette pulsion marketing qui pousse à créer des couvertures magnifiques, pleines de personnalité. Passer ses doigts de pavé en pavé est jouissif, expérience des sens. Et je me suis retrouvé à banquer des romans dont j’avais à peine entendu parler auparavant, sur leurs seuls mérites graphiques. J’ai aussi assisté à une démo du Nook, l’e-reader de B&N avant de discuter avec un fervent possesseur du Kindle. Le mec m’expliquait que son appart’ était plein de bouquins, qu’il ne pouvait plus se passer de son nouveau gadget et poussait le vice à racheter ses vieux livres en version numériques pour pouvoir les consulter non plus. Confère tous ces businessmen pendus à leur Kindle dans le métro de bon matin.

Et les nouveautés en Fiction dans ma tite librairie. Sérieux ça donne pas grave envie ?

Quand j’ai raconté que gars que j’avais des pulsions de fierté à arborer une étagère bien remplie et qu’en plus les nanas adorent ça, pouvoir checker les lectures d’un mec, il m’a répondu, dans un éclat de rire, que j’étais vraiment une raclure de français. But hey, what can I do, right ?

580 – Are We There Yet ?

L’édition est un des secteurs culturels les plus immobiles, réfractaire à la nouveauté et au numérique. Un simple tour sur les sites officiels des plus grosses maisons suffira en vous en convaincre (fugly). Quelque part j’ai le souhait que tout ce beau monde se prenne une putain de claque de la part des géants de la vente, qu’ils se retrouvent à genoux à force de refuser d’être cohérent et de voir la vérité en face. Car la vérité toute nue c’est qu’ils sont pour la première fois depuis des décennies face à une réelle évolution de leur secteur d’activité qui peut leur permettre de toucher un tout nouveau public adepte de technologies, d’élargir le cercle des lecteurs de romans en France grâce a des prix plus abordables. Mais jusqu’ici, tout ce que ces grands auront été capables de faire est de mettre des bâtons dans les roues à la mise en place de l’ordre nouveau et de freiner des deux pieds.

580---Trap-Lettré

Force est d’admettre qu’une telle attitude n’a rien d’étonnant. C’est humain de se raccrocher à ce qu’on connaît. L’âge, les études et le mode de vie des dirigeants de l’édition est de toute façon tout sauf propice au changement. Une fois de plus il est à craindre qu’on doive attendre que les concepteurs d’e-reader fassent comprendre aux éditeurs que c’est à eux d’assurer la distribution des e-book et non aux éditeurs eux-mêmes (Comme c’est le cas aux USA avec Amazon, Barnes & Nobles et bientôt Apple). La montée du piratage et le désintérêt du public finiront par convaincre ce beau monde de baisser les prix et favoriser la mise en place de standards. Les leçons du disque et du cinéma n’auront servi à rien. Au jeu du plus con il faut à chaque fois repartir de zéro. Qui sait, peut-être qu’un mec un peu moins à la ramasse que les autres arrivera à tirer son épingle du jeu et prendre une longueur d’avance sur ses camarades.

Le livre a cela de supérieur au disque ou au DVD que l’objet possède des qualités intrinsèques inaltérables. Impossible de reproduire le toucher d’une belle couverture gaufrée, le grain de la page qu’on tourne. Le bon vieux pavé n’a pas de soucis à se faire, il cohabitera peinard à côté de l’e-book. Peut-être même que les éditeurs vont enfin arrêter de faire de la merde niveau couverture et que l’objet livre trouvera dans cette évolution numérique une bonne raison de devenir encore plus beau qu’avant, pour justifier d’autant plus son existence. On en revient à la solution de proposer tous les choix, acheter l’e-book pas cher, le livre à un tarif normal et les deux avec une ristourne. Quand on en sera là, n’hésitez pas à me réveiller, je serai le premier à plonger, à continuer la lecture d’un pavé laissé sur ma table de nuit sur mon Kindle dans le métro.

580---Nook-Lettré

Parce qu’en vrai, face à la jeune fille à l’e-reader, j’avoue que j’étais un peu jaloux, parce que je vois déjà les avantages à en tirer en tant que lecteur. Alors en attendant de vivre enfin dans un monde cohérent, je vais continuer à acheter mes livres à prix cassé sur le net en import ou en boutique. Le numérique, on y viendra, mais putain que c’est long !

Demain, on parlera des mixtapes, et à seize heures, une dernière note Bis photo.

578 – Playing Dumb All The Way

Quand je suis un minimum honnête, je dois reconnaître que je kifouille bien le papier quand je lis un livre. Le côté sans fil, sans batterie, c’est cool déjà. Le feeling de l’objet flatte le fan de collector que je suis. Puis je surkiffe voir la pile de pages qu’il me reste à lire diminuer petit à petit. Et pour les jours où je suis un gars cool, je peux prêter mes romans préférés à un pote qui part se la couler une semaine en Belgique (au hasard). Mais chaque fois que je chope un poche au format merdique, que j’essaie de trimballer avec moi un pavé qui ne rentre pas dans ma sacoche ou que je passe mon temps dans le train, je me dis que je doublerai ma bibliothèque avec un e-reader à la cool ou une future éventuelle Apple Tablet (bah oui, une bestiole sur laquelle je peux bosser et consulter mes magazines numériques et autres publications, je me vois bien me balader avec à la place d’un ordi portable).

L’idéal, et la solution logique, déjà adoptée par certains studios cinés, serait d’offrir, par le biais de code unique, une version numérique pour tout achat de livre papier (moyennant surcoût, édition collector s’il le faut). Car tant qu’il faudra que je choisisse entre l’un ou l’autre, je refuserai de fractionner ma collection. C’est tout ou rien. La question, c’est de savoir combien de temps il faudra à l’édition traditionnelle pour comprendre ça. Indice, c’est très mal barré. Dans notre beau pays, les Lumières sont éteintes depuis longtemps. Il existe à l’heure actuelle trois plateformes d’achat d’e-book, chacune gérée par un groupement de gros/moyens éditeurs. Trois sites, donc trois comptes à gérer, trois spécificités de format numérique, trois fois plus d’emmerdes pour rien. Ce n’est pas aux éditeurs de vendre les livres, c’est le boulot des mecs comme la FNAC ou Amazon, qui possèdent la force et la volonté d’imposer des standards de fichiers et de protections anti-piratage.


Galligrasseuil et compagnie refusent de lâcher le morceau aussi facilement, persuadés qu’ils tiennent là un moyen de s’en mettre plein les fouilles. Il suffit de voir le prix des e-books en françe. Pas compliqués, ils sont vendus au même tarif que leur équivalent papier. Soi-disant que l’économie réalisée par le numérique n’est que de 10%. Qu’on soit clairs, c’est un putain de mensonge. L’imprimeur disparaît, tout comme le coût du papier, du transport, de l’espace de stockage en boutique, du salaire des vendeurs et enfin les frais de retour et pilonnage des invendus. Tout ceci est remplacé par quoi ? Un pauvre mec qui prend le fichier déjà numérique et l’adapte au format e-book. Le retour du foutage de gueule de l’industrie culturelle. Pendant ce temps-là, aux USA, les livres Kindle sont de deux à trois fois moins chèrs que les versions classiques. Ils doivent avoir un truc, c’est obligé.

Ca c’était pour mon ressenti et la réalité des mentalités d’aujourd’hui. Il ne manque plus qu’un troisième article où je ferai mon boulot de futuriste, je vous raconterai ce qui va se passer.
Ce sera jeudi, parce que demain, c’est critique ! Sinon, à seize heures, une petite note Bis photo !

BY THE WAY STAGE !!!

Hub’ de Rue 89 a synthétisé l’état des éditeurs français face à l’arrivée du numérique, et ça se passe là.