Au milieu de ma banlieue bourgeoise à Lyon, on a un vrai stade. Le genre la classe avec gymnase gigantesque, dojo, double terrains de foot, cours de tennis et tout. Mais ce que je préférais c’était les terrains de basket, surtout ceux d’en bas, au bord de la route. C’était comme dans une série US qui se passerait dans le ghetto : des murs taggués de haut en bas, un simple grillage qui sépare les voitures des sportifs, des poteaux gigantesques qui balancent des projos blafards en contrebas pendant la nuit. Quand j’avais quatorze ans on pouvait, mes potes et moi, se pointer à toute heure et aller taper des paniers. Avec un peu de chance il y aurait des « grands » qui nous laisseraient jouer avec eux des vrais matchs. Le Xbox Live, à côté de la possibilité d’aller chausser ses baskets et de faire équipe avec de parfaits inconnus, c’est de la merde.
Mon pote Charles habitait à côté du terrain et les soirées d’été, quand on voulait jouer et que son beau père glauque était à l’appart, on sortait faire des tours du monde. La plus belle invention du monde ça. Pour ceux qui l’ignorent, c’est un jeu qui consiste à avancer au fil des marquages au sol le long de la raquette qui entoure le panier de basket. A chaque marque, on tente un lancer franc Si on réussit le panier on avance d’un cran et on recommence. La balle part dans le décor, c’est au tour du joueur suivant. En plus de nous faire bosser nos lancers, le tour du monde est parfait pour discuter en même temps. On va à notre rythme, on parle, on laisse le temps filer alors qu’on refait le monde et qu’on dit du mal des filles. Puis on a grandit, on a moins de temps, nos potes aussi. Suite à une mésaventure mon ballon a crevé et je suis parti.
Tout ça m’est remonté la semaine dernière alors que j’attendais le métro. Depuis quelques jours des pubs en 4×3 pour NBA 2K11 fleurissent sur les quais toutes les lignes. J’ai déjà tenté la simulation de basket sur Xbox, mais je suis mauvais. C’est trop compliqué pour moi. Sincèrement. Mais là, de voir ce montages de photos de Michael Jordan, star ressuscitée du dernier opus, ça a fait ressurgir des souvenirs. Comme le fait que sur la dizaine de sports que j’ai pu pratiquer de manière un peu sérieuse, le basket est celui que je préférais, et aussi celui dans lequel j’étais le moins mauvais. J’ai repensé à Space Jam et au fait qu’à l’époque c’était pour moi le meilleur film de l’univers, au point que je refuse de le revoir avec mes yeux de gros connard. Une pensée émue pour ma première paire d’Air Jordan, dont je peux jurer qu’elles me faisaient sauter plus haut.
Face à la pub de NBA 2K11 je bouillonne. J’ai envie d’acheter le jeu déjà, même si je sais que je suis mauvais et que je le lacherai au bout de quelques heures. Même si j’ai pas d’argent. J’ai aussi envie d’aller me payer un ballon et de trouver un terrain à l’air libre sur Paris et de jouer jusqu’à avoir assez chaud pour suer torse nu au milieu de la nuit avec une équipe à usage unique.
Quand il se passe tant de trucs dans mon petit cœur juste face à un affiche, je me dis que Le Reilly du passé est bel et bien vivant au-dedans. Et une fois rentré chez moi, je suis reparti à la recherche de mon exemplaire de NBA 2K07 et je me suis fait humilier en mode facile.
En attendant le nouveau NBA Jam.





