1252 – Stop Reporting

Mais ferme bien ta gueule le marronnier putain !

Je suis un petit peu irrité. Ça m’arrive de moins en moins, parce que j’ai repris la natation et que j’embrasse mes haters de mes bras dès que je le peux. Sauf que régulièrement la presse dite culturelo-généraliste vient te pondre un article alarmiste sur les eBooks. Hier c’était par exemple les Inrocks, qui faisaient un petit best of des déclarations débiles de Beigbeder, Moix ou encore de l’auteur de Super Sad True Love Story, tous plus au moins opposés à la lecture numérique. Parce que ça dévalue le livre, parce qu’il ne faut pas lire comme ça, parce que tout ce que tu veux. Une levée de bouclier aussi aberrante qu’elle leur profite avant tout à eux, auteurs.

Un livre numérique vendu rapporte financièrement plus qu’un livre papier, et 9000 fois plus qu’un livre papier d’occasion. Ça c’est pour l’aspect cynique. Plus philosophiquement, un lecteur numérique est un lecteur tout court. Et quand un écrivain perd ce simple fait de vue, quand il préfèrerait que son livre soit moins lu plutôt qu’il soit lu « pas normalement », il faut lui coller un bon taquet sur le coin de la tronche. Pour qu’il se taise. Pour qu’il arrête de vomir sa logique qui va à l’encontre de la Culture avec un grand C, puisqu’il souhaite la restreindre aux seuls justes.

Le problème, c’est que toutes ces déclarations, quand on fait partie du peloton de tête des écrivains, ça fait parler les journalistes littéraires qui s’emmerdent. Et on les comprend, tant il ne se passe pas grand-chose. D’ailleurs Beigbeder avouait dernièrement à une rencontre multiplier les provocations pour qu’on parle de son dernier bouquin plus que par conviction (astuce). Alors la presse tombe dans le panneau, cite, on interview, on s’interroge tout en faisant la publicité de rageux. OH LA LA LE NUMÉRIQUE SAY COMPLIQUE DIS DONC. Mais non putain !

Il y a un moment où il va falloir prendre un minimum ses responsabilités et tracer une ligne dans le sable, qui séparera les conservateurs néfastes à la Culture des gens progressistes et tolérants. Surtout, cela permettrait d’arrêter de donner un porte voix à ceux qui veulent restreindre l’accès au livre.

Au début de l’hiver, j’étais en visite de courtoisie chez un bel éditeur parisien. Je faisais une démo du Kindle à un ami lors que le patron de la maison est passé. « Range ton Reader, s’il le voit il va encore s’énerver ». WHAT THE FUCK ?! Je me suis exécuté, mais j’en reste encore un peu choqué maintenant. Et le bonhomme est toujours à son poste, à publier des gens qui, si ça se trouve, aimeraient bien diffuser et vendre leurs livres en numérique. Un jour. Pendant ce temps-là, j’achetais en numérique le fameux Super Sad True Love Story, cité dans le papier des Inrocks. C’était moins cher, plus pratique, et maintenant j’ai un début de regret vu les propos de l’auteur.

La littérature française est malade, elle s’étouffe de ses propres absurdités, aberrations. Et si les journalistes ne peuvent pas empêcher les nuisibles de s’exprimer, ils pourraient au moins ne pas relayer leurs propos en les gratifiant d’un peu d’espace médiatique pour exister. Quand tu arrêtes de récompenser une attitude négative, l’attitude cesse. Ça s’appelle l’éducation.

Et des fois, c’est aussi le boulot des journalistes.

1193 – Round Two

Trois ans plus tôt, je voyais pour de vrai mon premier eReader. Une camarade de classe bossait pour SFR qui, à l’époque, envisageait de sortir un lecteur de livres numériques (vendu en boutique, avec abonnement 3G etc…). Elle faisait partie de l’équipe pilote de test du projet et m’a permis de faire joujou avec l’appareil. SFR a finalement abandonné l’idée. Trois ans plus tard, c’est Orange qui se lance sur le marché du livre numérique, avec une des rares initiatives qui implique les libraires (pour le plus grand bonheur de leur syndicat). A partir de l’année prochaine, n’importe qui pourra aller en librairie physique se faire conseiller un bouquin et choisir de l’acheter en papier ou en kilobits sur place, avec Orange. Il retrouverait l’ouvrage sur n’importe quel appareil, brandé Orange ou pas. A voir, mais l’approche a le mérite d’être originale.

Il faut dire que l’arrivée du Kindle 4 à 99€ en France et d’un catalogue de livres français sur Amazon la semaine dernière à foutu un bon coup de pied au cul d’un marché qui refusait d’exister.

Piquée au vif, la FNAC a annoncé dans la foulée (la semaine dernière, donc), une refonte totale de son offre de livres numériques. Adieu le lecteur propriétaire hors de prix (179€) dont le fabricant à fait faillite, bonjour Kobo. Kobo, c’est une boîte canadienne qui fabrique de très bon eReaders et qui qui possède un riche catalogue de titres en langue anglaise. En signant un partenariat avec eux, la FNAC va pouvoir s’enorgueillir d’avoir l’offre de livres la plus large tout en s’épargnant la logistique de devoir concevoir et produire ses propres appareils de lecture. Avec un prix d’appel qu’on prédit autour des 100€, la FNAC va enfin devenir un adversaire crédible face au géant Amazon qui a encore tout à prouver dans l’Hexagone mais compte bien mettre le paquet.

De mon côté j’ai cédé, commandé et reçu mon Kindle 4 depuis deux bonnes semaines. Mais je refuse de basculer mon compte Kindle d’USA à France.

Niveau matériel, le Kindle 4 fait tout moins bien que son grand frère : il n’a plus de clavier, plus de prise jack pour écouter de la musique ou des audiobooks et deux fois moins de mémoire. Par contre il possède LE truc qui fait toute la différence : il rentre dans mes poches. Toutes mes poches. En pompant allégrement les readers de Sony (les plus beaux), le Kindle 4 perd 18% de surface et 30% de poids, et se promène peinard dans la poche de ma veste ou mon jean. On en revient à la promesse du livre de poche : nous débarrasser du sac en bandoulière. Donc oui, je suis amoureux, encore. Par contre j’ai choisi de ne pas accéder au catalogue Français. Parce que 10 à 20% des livres américains restent zonés, bloqués par région. Et que je préfère accéder à toute la littérature anglo saxonne tout de suite, quand je peux tranquillement (le samedi) aller acheter la production française en bas de chez moi.

Le livre numérique, c’est un peu comme les DVD, ou les cartouches de Nintendo 3DS : le refus partiel de l’explosion des frontières.

Toujours est-il qu’entre Amazon qui débarque, la FNAC qui se réveille et Orange qui se mouille, le marché du livre numérique arrive dans sa seconde phase en France : celle où ça commence à devenir bien, intéressant et accessible. Bon potentiel de cadeaux de Noël tout ça. En attendant l’année prochaine, la troisième phase. Ce sera celle de la baisse de la TVA de 19.6 à 5.5 sur les eBooks, et donc l’année de la baisse des prix. C’est bien.

On progresse.

1175 – Ubiquity

La semaine dernière DC Comics relançait l’intégralité de sa ligne de comics avec de nouveaux numéros 1 et une continuité purgée de décennies de complexité. On en avait déjà parlé ici mais cette fois, ça y est, le nouveau Justice League 1 est dans les bacs depuis mercredi. On peut y lire la (nouvelle) première rencontre entre Batman, Green Lantern et Superman. L’histoire est donc écrite et réécrite à la fois. Et comme annoncé au printemps, le comic est sorti au même moment en version papier et numérique. L’info que je n’avais pas relevée au moment de l’annonce, c’est que Justice League sorti aussi dans une version « Combo Pack » en librairie. Pour un dollar de plus, le numéro est vendu sous film plastique avec un code unique à l’intérieur, donnant accès au téléchargement du même numéro sur la boutique en ligne de DC.

Le futur de la bande dessinée (et de l’édition en général), commence ici.

Je m’émerveillais déjà des Triple-Pack pour les films : quand on a dans la même boite le Blu-Ray, le DVD et la copie numérique. Joie du consumérisme et logique du présent. Si l’on achète « une licence d’utilisation » d’une œuvre, argument contre la copie et le piratage (si tu ne possèdes pas l’œuvre, mais une licence d’utilisation, tu ne peux pas faire ce que tu veux avec), cela semble logique pour les éditeurs de contenu de toute faire pour qu’on puisse jouir de la dite licence sur le plus de formats possibles. A une époque on piratait le Divx du film qu’on avait en DVD. Maintenant on te le file d’office, ça évite de faire vivre les réseaux tout ça. COUCOU LE BON SENS. Là où ça devient intéressant, c’est quand ce service s’étend au reste de l’industrie culturelle.

Cette année le jeu vidéo Portal II était vendu sur Playstation III avec un code débloquant une version PC gratuite sur le service en ligne Steam. C’était une première, jusqu’à la fin du mois dernier où Deus EX : Human Revolution contenait dans sa version PC un code permettant d’y jouer sur le service de streaming OnLive. La pratique a traumatisé la chaîne de magasins physiques Gamestop qui a envoyé un mémo à ses employés, les enjoignant à retirer le coupon des exemplaires PC avant de les vendre. Parce que ça leur faisait trop mal de pousser les consommateurs vers un distributeur concurrent numérique via la copie offerte. Sauf qu’ouvrir une boîte de jeu pour en retirer un élément et la vendre comme neuve, c’est pas hyper légal. D’où retour de bâton cosmique dans leur tête. Mais leur position n’est pas simple à tenir.

A moins que.

L’autre grosse news de la semaine vis-à-vis de Justice League 1, c’est que le Combo-Pack papier plus numérique s’est retrouvé en rupture de stock et va être réimprimée. Certes le tirage était moindre mais cela illustre une réalité du marché : les gens veulent tout avoir d’un coup et sont prêt à dépenser un peu plus pour ça. Et si le capitalisme nous a appris une chose, c’est que si la demande existe, l’offre va venir à sa rencontre. De la même manière que tous les films sortent en version double ou triple pack, cela ne m’étonnerait pas que DC étendent son idée de combo pack au reste de sa ligne. Peut être pas cette année, mais à terme. Et si les lecteurs préfèrent avoir les deux plutôt que simplement se rabattre sur le numérique, les revendeurs de comics (ou autre) n’ont peut pas tant à y perdre que cela.

Peut-être que la véritable réponse au tout numérique est le compromis : au lieu de forcer les consommateurs à choisir un camp, un format, autant lui donner l’intégrale. Achète une fois, récupère tout d’un coup. Et achète en magasin si tu as la flemme de te faire livrer.

C’est en tout cas ce que semble croire le cinéma en général, Valve, Sony, OnLive ou encore DC Comics. Je suis certain que les autres regardent avec attention.