Mais ferme bien ta gueule le marronnier putain !

Je suis un petit peu irrité. Ça m’arrive de moins en moins, parce que j’ai repris la natation et que j’embrasse mes haters de mes bras dès que je le peux. Sauf que régulièrement la presse dite culturelo-généraliste vient te pondre un article alarmiste sur les eBooks. Hier c’était par exemple les Inrocks, qui faisaient un petit best of des déclarations débiles de Beigbeder, Moix ou encore de l’auteur de Super Sad True Love Story, tous plus au moins opposés à la lecture numérique. Parce que ça dévalue le livre, parce qu’il ne faut pas lire comme ça, parce que tout ce que tu veux. Une levée de bouclier aussi aberrante qu’elle leur profite avant tout à eux, auteurs.
Un livre numérique vendu rapporte financièrement plus qu’un livre papier, et 9000 fois plus qu’un livre papier d’occasion. Ça c’est pour l’aspect cynique. Plus philosophiquement, un lecteur numérique est un lecteur tout court. Et quand un écrivain perd ce simple fait de vue, quand il préfèrerait que son livre soit moins lu plutôt qu’il soit lu « pas normalement », il faut lui coller un bon taquet sur le coin de la tronche. Pour qu’il se taise. Pour qu’il arrête de vomir sa logique qui va à l’encontre de la Culture avec un grand C, puisqu’il souhaite la restreindre aux seuls justes.
Le problème, c’est que toutes ces déclarations, quand on fait partie du peloton de tête des écrivains, ça fait parler les journalistes littéraires qui s’emmerdent. Et on les comprend, tant il ne se passe pas grand-chose. D’ailleurs Beigbeder avouait dernièrement à une rencontre multiplier les provocations pour qu’on parle de son dernier bouquin plus que par conviction (astuce). Alors la presse tombe dans le panneau, cite, on interview, on s’interroge tout en faisant la publicité de rageux. OH LA LA LE NUMÉRIQUE SAY COMPLIQUE DIS DONC. Mais non putain !
Il y a un moment où il va falloir prendre un minimum ses responsabilités et tracer une ligne dans le sable, qui séparera les conservateurs néfastes à la Culture des gens progressistes et tolérants. Surtout, cela permettrait d’arrêter de donner un porte voix à ceux qui veulent restreindre l’accès au livre.
Au début de l’hiver, j’étais en visite de courtoisie chez un bel éditeur parisien. Je faisais une démo du Kindle à un ami lors que le patron de la maison est passé. « Range ton Reader, s’il le voit il va encore s’énerver ». WHAT THE FUCK ?! Je me suis exécuté, mais j’en reste encore un peu choqué maintenant. Et le bonhomme est toujours à son poste, à publier des gens qui, si ça se trouve, aimeraient bien diffuser et vendre leurs livres en numérique. Un jour. Pendant ce temps-là, j’achetais en numérique le fameux Super Sad True Love Story, cité dans le papier des Inrocks. C’était moins cher, plus pratique, et maintenant j’ai un début de regret vu les propos de l’auteur.
La littérature française est malade, elle s’étouffe de ses propres absurdités, aberrations. Et si les journalistes ne peuvent pas empêcher les nuisibles de s’exprimer, ils pourraient au moins ne pas relayer leurs propos en les gratifiant d’un peu d’espace médiatique pour exister. Quand tu arrêtes de récompenser une attitude négative, l’attitude cesse. Ça s’appelle l’éducation.
Et des fois, c’est aussi le boulot des journalistes.

