1136 – RebootPoint

Le monde a changé. Barry Allen le sait. L’Europe n’est pas censée avoir été pulvérisée, Wonder Woman n’est pas censée être un tyran assoiffé de pouvoir et Batman n’est pas censé être Thomas Wayne, seul survivant de braquage qui a coûté la vie à sa femme et Bruce, son fils. Surtout, Barry devrait être capable de puiser dans la Speed Force pour devenir le Flash. Ce qu’il ignore, c’est que le professeur Zoom, l’anti-flash, a remonté le temps et saccagé le cours normal des choses. Tel est le pitch du super méga évènement en cours de l’été de DC Comics : Flashpoint. On pensait qu’il s’agissait d’un crossover de plus, une histoire qui se terminerait par un retour à la normale. Oui mais non. DC Comics a annoncé la semaine dernière qu’à la rentrée, l’intégralité de sa gamme de comics de super-héros sera rebootée. Cinquante-deux titres paraitront avec un No 1.

Plusieurs super-héros dont Superman auront rajeunis d’une dizaine d’années, des mort seront ressuscités tandis que des centaines de points de détails seront effacés. C’est un reboot sélectif et un relaunch total de la gamme.

J’ai déjà parlé ici du dilemme des comics de super-héros, contraints par la narration d’aller de l’avant, alors que le marketing exige qu’ils restent les mêmes. Le premier Robin peut reprendre le flambeau de Bruce Wayne, mais pas longtemps. Superman peut rompre avec Loïs, mais pas longtemps. Et ainsi de suite. Tout pour qu’on puisse vendre les mêmes figurines, diffuser les mêmes dessins animés et produire des films qui doperont les ventes papiers et vice versa. D’ailleurs, Warner Bros a décidé que puisqu’ils sont à court de Harry Potter à filmer, ils allaient tout miser sur le catalogue de DC Comics. Raison de plus pour s’assurer que les versions papiers soient « new-reader friendly », reconnaissables, faciles d’accès. Sauf que Batman a un môme, que quatre Flashs courent en même temps et qu’il est impossible de suivre Green Lantern sans la prise mensuelle de Ritaline.

Flashpoint est donc l’excuse parfaite. On tripatouille le temps, du coup pourquoi pas dire qu’à la fin de l’évènement, tout ne redevient pas complètement comme avant ? Vous vous souvenez des retcons ? On ne peut pas trouver un bouton reset aussi imparable : « On a changé le passé ! Fuck you ! ». Pour une fois c’est simplement quelque chose qui affecte l’intégralité des publications d’un éditeur. On ne répare pas un titre à la fois, on change TOUT. Jusqu’aux costumes. Comme ça on pourra vendre plein de nouvelles figurines et si les gens grognent trop on réintroduira les anciens pour donner un coup de fouet aux ventes. Car il est aussi de ça dont il est question. Tous ces numéros 1 vont attirer les lecteurs qui avaient décrochés de DC à cause du bagage, de l’historique. Ce n’est pas la première fois qu’un éditeur US tente ça. Des fois ça marche (Final Crisis dans les 80s), des fois non (Heroes Reborn dans les 90s).

Plus qu’à attendre les premières réactions en septembre, après Flashpoint.

Première illustration du reboot, notez le col en V de Superman ou le cache-menton de Flash.

D’ici là on aura eu le temps d’ingérer la vraie info. DC Comic en a profité pour annoncer qu’à partir de ce relaunch, l’intégralité de ses publications sera disponible le même jour en numérique. Il suffira d’avoir un ordinateur ou une tablette pour se passer de l’aller-retour au comics shop. Jusqu’ici tout n’était pas disponible, ou alors en différer. Parce que le marché n’était pas encore mur et pour ne pas emmerder les revendeurs physiques. Mais le futur est parmi nous et DC est prêt à parier dessus. Les réactions de la part des lecteurs sont ultra positives. Surtout en France où l’on paie des taxes d’importations violentes sur la VO. Plusieurs amis pensent s’y remettre en numérique et moi-même songe doucement à arrêter de pirater des scans si Marvel s’y met. Au moins pour les titres que je n’ai pas envie de relire/prêter.

Pour ça un bon vieux recueil papier fera toujours mieux l’affaire.

Toujours est-il que cet été va devenir de plus en plus intéressant en ce qui concerne l’avenir des comics. Je ne pense pas que les autres éditeurs attendent de voir le résultat du passage au digital de DC avant de suivre. Ni que les revendeurs spécialisés se laissent faire sans bras de fer. Change is coming.

Et puis, avec un peu de chance, Superman va redevenir lisible.

1118 – Untitled

[Sur une idée du patron de Pop-Up Urbain. A lire ici en premier, chez lui en fin de semaine.]

Sur le même carré de places assises de la ligne 8 que moi, deux lecteurs de Katherine Pancol. Le wii-fit de la littérature : tu crois que ça compte, mais pas vraiment. Deux quadras représentatifs du lecteur occasionnel, une femme ordinaire et un cadre sup avec son attaché-case. Deux livres de poche. C’est moins cher et beaucoup plus simple à manipuler dans un métro bondé. De mon côté, je lisais aussi. Mais ça ne se voyait pas, puisque j’étais sur mon téléphone portable, à faire défiler le bouquin dont on parlera après-demain. J’étais capable de déchiffrer la reliure des livres de mes voisins, de savoir ce qu’ils lisaient. Mais eux ne voyaient qu’un téléphone portable, avec des fragments de texte qui défilent. J’étais devenu un lecteur anonyme.

Ca ne me dérange pas. Bien au contraire. Sur les seize arrêts en ligne droite qui séparent mon appartement de mon bureau, je ne veux pas être dérangé. Du tout. Le casque sur mes oreilles veut dire « allez vous faire foutre, je ne vous écoute pas ». Le livre entre mes mains veux dire « allez vous faire foutre, je ne vous regarde pas ». C’est se créer une bulle, un espace invisible qui vous sépare des autres gens, des démarcheurs, des musiciens de bas étage. Dans la plupart des cas, il est impossible de savoir ce qu’un type avec un casque vissé sur le crâne écoute dans le métro. Personne ne sait ce que les enceintes me crachent dans les oreilles. Depuis le livre numérique, personne ne sait ce que je lis non plus. Je suis totalement isolé du reste de la rame.

Ce nouveau mode de consommation littéraire crée un déséquilibre entre les gens du papier et moi. Je peux savoir ce qu’ils lisent. Il me suffit d’orienter mon regard le long de la tranche, sur la couverture ou simplement en tête de page. Eux peuvent se contorsionner autant qu’ils veulent, mais mon Kindle ne possède pas de couverture, pas plus qu’il n’affiche à l’écran le titre de l’ouvrage que je suis en train de bouquiner. Petit sentiment stupide de supériorité, balayé par un léger pincement au cœur. Parce que je me souviens de cette fille, trop mignonne, debout, appuyée contre la porte de la rame. Je la fixais. Elle a sorti un livre de poche. Gatsby Le Magnifique. Un des meilleurs romans de l’univers, l’accessoire qui l’embellissait plus que tout le maquillage ou les bijoux du monde. Mon cœur s’est mis à battre plus vite.

Dans le futur du présent. Je peux lire le roman préféré de ma voisine d’en face de métro. Elle n’en saura jamais rien. Elle ne me demandera pas si j’aime ce que je lis, ce que j’en pense. Je poursuivrai mon voyage sans interruption, dans le confort de ma bulle. Sans prendre le moindre risque. C’est le prix à payer pour être un lecteur anonyme.

1092 – Book Review 173

J’aime bien Xavier De Moulins.

Même si, techniquement, c’est pas vraiment possible de ne pas aimer Xavier De Moulins. Déjà il a une bonne tête, genre sympa et tout. Tu lui filerais ta fille sans confession. Ancien animateur du très hype/bobo/branleur Paris Dernière, il office maintenant au journal télévisé d’M6. C’est-à-dire là où même ta mère peut le kiffer. Et parce qu’il est cool comme tout Xavier, il a écrit un bouquin. Ca s’appelle Un coup à prendre (oh oh) et ça sort chez Au Diable Vauvert, pas les derniers pour les signer, les coups (je me comprend). Comme le bouquin fait 200 fausses pages (30 chapitres, plein de pages blanches et des hordes de sauts de paragraphes et autres feintes), j’allais pas mettre 17€ dedans. Mais comme le futur pense à moi, le livre est disponible à 5€ en numérique libre de droit. J’étais prêt à mettre un poil plus mais j’ai pris quand même.

Attention je vais faire style en fait on est sur Wikipédia : CE QUI VA SUIVRE DEVOILE LES MOMENTS CLEFS DE L’INTRIGUE. Non je déconne y’a pas d’intrigue.

En vrai on suit les aventures d’Antoine, papa hype/bobo/branleur parisien qui quitte sa femme pour sa maîtresse. Comme il a deux filles il découvre les joies de la garde alternée. Puis sa maîtresse culpabilise et le plaque. Du coup au bout d’un moment il reveut sa femme mais elle lui présente les papiers du divorce. Fin. Et pardon pour les spoilers.

On va pas se mentir. Ce bouquin on l’a tous lu des dizaines de fois avant. C’est de la littérature hype/bobo/branleur avec un héros pas si fantasmé, trentenaire passé et qui a des problèmes de cul jusqu’à ce qu’il se rende compte qu’en fait il a des problèmes de cœur. Oh et il boit/se drogue/prends du Valium aussi. Confère Nicolas Rey, Frédéric Beigbeder et leurs potes. Alors oui c’est bien écrit, on sent la graine d’écrivain qui s’éclate : « Papa et maman vous aiment toujours. Ce n’est pas de votre faute si votre père est un porc et se barre avec une sacrée pute. ». Parfois on se donne mêmes des frissons transgressifs : « Il aura l’impression de baiser sa mère, un peu, beaucoup, profondément ». Mais en vrai, l’auteur a un cœur qui bat : « Les amis sont ceux qui prennent le soin d’ouvrir au couteau à huitre les couples qui se séparent. Ils n’oublient jamais de se ranger du côté de la perle. »

Ce type de littérature est interchangeable, creux, vain, tourne en rond. Moi j’aime bien. C’est mon fast food à moi. Le double cheese de la littérature. Aucune surprise, que du classique, pas d’explosion niveau goût mais plaisant, le ptit plaisir comme ils disent chez MacDo.

Je ne jette pas le caillou à Xavier De Moulins. Au fond, je sais qu’un bouquin comme ça j’en écrirai un avec la même joie que le fan de MacDo qui monte son premier double cheese. Acheté pas cher, vite lu, avec quelques jolis morceaux dedans, Un coup à prendre porte bien son nom. Peut-être pas à 17€ par contre.

BUY STAGE !!!

Si vous y tenez vraiment, chopez le chez Amazon. Pour la version numérique demerdez vous je cautionne personne en particulier à ce niveau là.