
Je n’avais pas fait de nuit blanche à cause de mon premier mémoire. D’ailleurs, je n’avais pas fait de nuit blanche depuis des années. Comme un papy.
Pourtant dans la nuit de jeudi à vendredi dernier, après plus de deux heures à tourner au fond du lit, j’ai réalisé que j’allais y passer. Couché déjà tard, je n’ai pas réussi à fermer l’œil pour de bon. Mon cerveau était en roue libre, à calculer le temps qu’il me restait avant le rendu final de mon mémoire de fin d’étude. J’échafaudais des échéanciers imaginaires, je réorganisais un plan virtuel, j’écrivais des débuts d’idées, enfin, quand je n’étais pas en train de paniquer lentement, en silence, à fixer la fine lumière de la rue à travers mes volets. Si j’en étais là, c’est parce que dans l’après-midi, j’avais créé un Partie 1.docx et y avait rédigé deux pages de mémoire. Je pense que je faisais une réaction allergique. Encore.
Alors, à quatre heures passées du matin, je me suis relevé pour jouer à la Xbox, après m’être plaint sur Twitter. Je suis resté deux heures sur I Am Alive. Cela me semblait cohérent.
J’espérais tomber d’épuisement, à défaut de sommeil. Mais non. A six heures et demie du matin, la France qui travaille commençait à se lever, et moi j’attendais de trouver un moyen de me coucher. Je remarquais que ma piscine ouvrait à sept heures. Au point où j’en étais, autant aller m’épuiser. Entre les cols blancs matinaux et les retraités insomniaques, j’avais peur de faire un AVC (oui, mon hypocondrie n’a pas de limites). Là encore, j’ai tenu sans baisse de tension et ai bouclé mes deux kilomètres avant de rentrer, en pleine forme. Forcément, je venais de forcer mon métabolisme à se mettre en alerte pour plusieurs heures. Malin. Je suis donc parti faire les courses et ai récuré ma salle de bain. Ça n’a aucun rapport, mais pour ma défense je n’étais plus trop rationnel.
Finalement, en approchant les vingt-quatre heures sans dormir, j’ai fini par avoir un mal de crâne, le genre qui vous cloue au fond du lit. Je me suis exécuté, jurant qu’un jour j’étoufferai le dernier des universitaires avec le dernier des mémoires.
Oui, voilà, c’est le retour du mémoire. Et parfois je me dis que j’ai épuisé toutes les manières possibles d’en parler, de me plaindre. A ce stade il y a ceux qui croient que c’est un véritable blocage irrationnel, qui aurait sa place en psychiatrie. Et les autres, qui pensent que je suis un enfant et que je n’ai qu’à faire un effort. Dans tous les cas j’ai décidé d’arrêter de me mentir à moi-même, d’arrêter de prétendre que je suis capable de faire ce qu’on me demande. Alors à la place je fais ce que je peux, comme la dernière fois, en partant du principe qu’entre ce que je peux et ce que l’on demande on arrive à bidouiller quelque chose qui fera l’affaire. Même si, en moins d’une semaine, j’en suis déjà une nuit blanche et une crise de larmes.
Vivement les cinq prochaines tiens.


