1045 – Past The Past

Cette semaine j’ai effacé l’intégralité de mon carnet d’adresses hotmail/MSN.

Cette semaine j’ai fait l’acquisition d’un nouveau téléphone, qui synchronise tous mes contacts Windows Live par défaut. En vrai je suis un grand maniaque psychopathe, pour certaines choses en tout cas. Et avoir trois cent adresses email dans mes contacts téléphoniques c’était juste pas possible. Alors j’ai commencé à faire le tri, des gens que je ne reconnais pas, puis ceux à qui je n’ai pas parlé depuis des années, ceux à qui je n’ai plus envie de parler. Et ainsi de suite. Au bout d’une demi-heure j’en ai eu marre. J’ai sélectionné tout, presque dix ans de vie sociale, et j’ai cliqué (non sans une pointe d’appréhension) sur « supprimer les éléments sélectionnés ». Un refresh de la page plus tard, et je n’avais plus aucun contacts sur ce compte.

J’avais plein de trucs sur mon MSN. Enfin plein de gens je veux dire. Principalement des filles, vu que c’est avec ça qu’on draguait au lycée. Quand ton forfait téléphone est ultra limité, l’ADSL nous sauvait la vie. Discussions jusqu’au bout de la nuit à s’abîmer les yeux sur la micro photo en face. Sur mon compte j’avais aussi une tripotée de filles pêchées sur des sites de rencontre divers et variés, c’était « ma période ». Maintenant il m’en reste 1% dans ma vraie vie. Les autres, je ne reconnaissais ni leur mail, ni leur nom, ni leur visage. Puis j’avais aussi la fille du livre. Mais elle je peux la trouver sur Facebook si je veux lui envoyer un mail. Autant exorciser un peu plus. Bien sûr j’avais aussi des potes, tous ceux qui m’ont accompagné à l’école, puis dans la BD. Même tarif, pour la plupart on se parle plus.

Chaque fois que je change d’ordinateur, j’essaie de conserver un maximum d’informations. Par exemple j’ai pendant des années trainé tous mes historiques de conversations MSN. En me disant que si je voulais nostalger, ils étaient là. En effaçant tout en début de semaine j’avais l’impression de passer à autre chose, de grandir un peu. Je n’ai plus personne sur mon MSN. Je n’allumerai sûrement plus le programme. Ceux qui comptaient encore dessus sont aussi sur Gtalk ou Facebook. C’est une époque que je referme, et je me sens tout étrange dans mon dedans. Je me demande si, au milieu de l’hécatombe, quelqu’un que je n’ai pas en double ailleurs le remarquera. Peut-être, peut-être pas.

Mon téléphone a démarré avec une liste de contacts vides. J’ai copié ceux que je supporte encore de mon ancien portable, avec une déperdition de 20% au passage. Et là je commence un nouveau carnet, avec des nouveaux gens.

J’ai hâte de voir qui je vais rajouter en premier.

1020 – Post-Game

- Mais de quoi tu parles, Blanc Gorille ?
- Ben du projet sur lequel tu nous as complètement abandonné, jeune con.
- Le recueil BD ? Ca s’est fait ?
- Tu le saurais si tu t’étais pas barré. Donc oui.

J’ai regardé les glaçons au fond de mon verre de coca. Je les ai trouvés un peu sinistres. Effectivement ça faisait plus que des mois que j’étais pas retourné voir où ça en était cette histoire de recueil d’histoires courtes de BD. En fait depuis que je gigote de partout avec mes manuscrits en prose j’avais jusqu’à oublié l’existence de ce projet. Finalement ça se fait, près de trois cent pages, avec plein de potes qui méritent dedans, une poignée d’autres que j’aime moins participent aussi. J’aurais sûrement pu si j’étais pas bêtement passé à autre chose. Minute mélancolie rythmée par le bruit des glaçons au fond du bar. Le fu.

En réalité, mon passé en tant que scénariste de bande dessinée m’en avait déjà collé une dans les gencives ces vacances, alors que j’errai dans une grande librairie BD de Lyon que je ne citerai pas parce qu’elle n’avait pas le manga que je cherchais. Sur les étals, je reconnaissais des nom. Une demi douzaine de dessinateurs que j’avais rencontré sur le net, avec qui j’avais bu des cafés, échangé des avis. Tous encore anonymes derrière leur table à dessin deux ans plus tôt. En voilà un qui a enfin signé un projet qui lui ressemble chez un joli petit éditeur. Une a choisi l’association avec un vieux scénariste libidineux sur un album grand public sans intérêt, mais qui a le mérite de la faire exister. Et ainsi de suite. J’ai feuilleté les pages qui sentaient encore bon l’encre d’imprimerie, des bandes dessinées par encore ouverte. Je n’étais pas jaloux.

On n’a pas le droit d’être jaloux quand on a arrêté de se battre. Ce serait absurde, ce serait sombre. Je ne m’autorise à être jaloux que sporadiquement, quand j’ai affronté quelqu’un sur son terrain, quand je méritais, quand il gagne. Là je n’ai pas écrit une ligne, je n’ai pas continué à pondre du script, à boire des cafés, à échanger avec ces amis. Et en vrai je pense sincèrement que j’aurais sûrement pas autant progressé dans ma carrière de scénariste par rapport à mes amis dessinateurs. Ou pas. Je ne saurai jamais. Malgré le fait que mon cœur pique dans les librairies BD, au fond des bars parisiens à apprendre les avancées de ceux qui méritent, et des autres. Je ne suis plus dans ce game, je regarde le match depuis le banc de touche. Parce que je joue sur un autre terrain, je mords des mollets d’éditeurs, je m’entraine la nuit, je brise des murs de briques à la force de ma volonté.

Et quand j’aurai gagné, au fil des petites victoires, le pincement au cœur du scénariste BD sera toujours là, mais entouré du doux manteau doré de la certitude d’avoir fait le bon choix. On y arrivera. J’y arriverai.

En attendant, je lis les BD des copains. Parce qu’ils méritent.

1010 – They Live

Celle-là m’a ajouté sur Facebook après des années sans se voir. Elle qui avait osé me dire la dernière fois que si elle avait su que je tournerais si bien, elle serait sortie avec moi au collège, a pris une dizaine de kilos depuis notre dernière rencontre. Une autre vient aux nouvelles et m’annonce être en pleine procédure de divorce avec le crétin qu’elle s’était empressée de marier à la sortie du lycée. Celle-ci, pas revue depuis presque six ans, m’envoie quelque lignes de mail, comme pour reprendre contact pour finalement ne pas donner suite, son homme veille. Un peu comme la fille dont le ventre et les fesses illuminaient les cours de natation à l’époque où mon corps commençait à vouloir dévorer de la demoiselle. Deux longs mails auxquels j’ai répondu pour finalement me retrouver face au vide. Ce mois de décembre aura visiblement été celui des retrouvailles ratées, des regrets qui ne vont pas au-delà de quelques mots.

Peut-être que c’est l’hiver qui fait ça. On a froid, on reste chez soi et l’on cogite, seul(e) sous sa couette. La nuit tombe vite, on comate devant l’ordinateur, on cherche des noms sur Google (je vous vois quand vous le faites, sachez le). Puis, parce qu’on peut, on envoie quelques lignes. Si ça se trouve la plupart du temps c’est sans but particulier. Sa vie change. Les études se terminent, les erreurs de jeunesse se paient. On regarde en arrière. A la crise de quarantaine, on trompe sa femme avec une amie d’enfance, elle aussi morose et trop usée pour faire semblant d’être farouche. A vingt piges et des cacahuètes on a peut-être envie de savoir que le passé est toujours là, qu’on peut reprendre la parole n’importe quand. Le bouton reset est à portée de clic. Ou alors on jauge la vie des autres, on reconsidère ses névroses et ses propres jugements. Je ne sais pas trop. Mais j’aurais aussi de mon côté été coupable de mails à la mer de décembre.

En plus de répondre à tout le monde, j’ai aussi dégainé le téléphone et le Gmail. J’ai submergé de textos la fille d’un été, pour me persuader au bout de quelques jours sans réponse qu’elle était morte et que personne ne m’avait prévenu. En fait non, elle était avec son homme. J’en déduis qu’elle va bien, la latence de sa réponse est toujours fonction de la santé de son couple. J’ai posté des messages sur des murs Facebook. Je ne voulais pas dire « Hey toi, bonne vacances » mais « Tu me manques, raconte-moi dans ta vie, prends moi dans tes bras, devenons les meilleurs amis qu’on aurait dû être ». Puis j’oublie. Et j’essaie de comprendre pourquoi elle ou elle ne reprend qu’à moitié contact, pourquoi on me propose un rendez-vous pour l’annuler dans un silence, pourquoi ces à-coups.

De temps en temps, l’ancre vient se planter fermement dans la coque du frêle esquif de votre existence, et on partagera quelque chose. Ce décembre j’ai reçu des messages que je n’attendais pas, j’en ai envoyé. On s’est frôlé, on s’est manqué. Jusqu’à l’hiver prochain, que ça recommence.

Ou plus tôt. Dans une occasion réussie, autour d’un chocolat, dans une salle de cinéma, sous une couette.

Bonne année à vous. A demain.