Sur le coup, j’ai trouvé ça un peu bizarre de me sentir blue tout en mangeant un BiGoo Beef Burger. Mais vendredi soir, planté à attendre mon tram, c’était peut-être de réaliser que nous étions le dernier vendredi d’aout. Forcément, sur le trajet retour, il aura fallu que je tombe sur un fragment du passé. Logique. A Hotel de Ville, elle attendait le métro avec son mec. Lui je l’ai reconnu grâce aux photos Facebook qu’elle arborait avec fierté. Elle n’avait pas super changé. Les traits peut-être peu plus marqués qu’à l’époque de la terminale. Sur le coup je lui suis passé devant avec juste un sourire. Trop tard pour engager la conversation. En même temps, il faudrait que j’arrête de passer pour un anti social. Quatre ans et demi après, c’est si long ? Puis j’avais un beau tee Superman noir, un bouquin Gallimard à la main et un jean neuf. J’étais certes seul, mais pas dégueu sur le coup. Alors j’ai débouchoné mes oreilles, fais taire Sugarcult, tourné les talons et lui ai dit bonjour.

Au lycée on se tournait timidement autour. Faut dire qu’elle était pas le genre à se faire trop remarquer. La discrétion était à son avantage. Il fallait prendre le temps de la remarquer pour prendre la pleine mesure de la profondeur de ses yeux bleus, son sourire à faire fondre quiconque. Il m’avait aussi semblé que sous les vêtements simples se cachait un corps à rendre jalouses la plupart des filles de la classe. C’était étrange, cette pointe de sensualité sous la carapace de douceur, d’anodin. Sur le moment, j’avais pensé que ça pouvait être le genre de filles avec qui l’on se case pour de bon. Celle qui ne va pas vous contrarier outre mesure, dont mêmes les colères seraient douces et mesurées. On discutait un peu en cours, on se racompagnait parfois sur le chemin du retour. Je sentais bien que ça la démangeait de se lancer, ses copines m’assaillaient de sous-entendus. Ce qu’elle ignorait, c’est que j’avais déjà quelqu’un.

C’est pas évident de renoncer à l’attention, de dire non aux sollicitations, même si l’on a pas prévu d’y succomber. Comme j’étais entré dans son jeu, je ne pouvais pas la repousser en faisant intervenir ma copine de nulle part. Alors j’ai eu une autre excuse, une tout aussi honnête. Je ne me voyais pas avec elle sur le long terme. Trop gentille, trop douce, trop le genre à éviter d’avoir trop tôt. Sous peine de la tromper à la recherche du frisson ou pire, se retrouver bloqué dans une vie bien rangée intégrée, de vingt ans jusqu’à la tombe. Je n’ai pas exposé la situation en ces termes, mais l’idée était là. Il s’avéra dès le lendemain que je ne l’intéressais qu’en tant que petit ami potentiel. Mon refus mis fin à toute forme de communication entre nous. Sur ce coup là, l’amitié fille-garçon, ça m’aura bien fait rigoler, non sans un pincement au cœur.

Parce qu’au fond, je n’ai jamais pu m’empêcher de penser, régulièrement depuis le temps, que ça aurait été pas mal. Enfin, disons que je pensais à elle après chaque cataclysme amoureux, chaque apocalypse sentimentale. Ca aurait si simple. Je ne m’étais d’ailleurs pas loupé. Quelques mois après, elle s’était trouvé un type convenable, mignon, bien foutu et depuis des années ils vivent heureux et ont beaucoup de déjeuner chez la belle famille (source, Facebook 2007-2009). Nous n’avions pas grand-chose à nous raconter sur les deux pauvres arrêts de métro qui nous auront liés ce soir là. Son mec avait l’air sympa, peut-être même cool. C’était un vrai homme, il avait son permis. Puis, aussi subrepticement qu’elle avait réapparu, elle se leva pour aller s’évanouir en haut d’un escalier mécanique. Je repris la lecture de mon livre, non sans reconnaître, une fois de plus, que ouais, elle était quand même vraiment bien foutue.

Ces quelques minutes de conversation m’avaient confirmé ce que j’avais décelé quatre ans plus tôt, ce qui m’aurait poussé à sortir avec elle, avant de tout foutre en l’air, si j’avais été disponible. Mais je sais qu’à la faveur d’une errance sur Facebook post-engueulade épique avec une future Mlle Reilly, en tombant sur une de ses tofs’, je ne pourrais m’empêcher de me dire que putain, ça aurait pu être si simple.
Demain, z’avez intérêt a vous ramener y’aura un top 3 sexy !





