1015 – Book Review 165

Longtemps j’ai joué avec l’idée de lire Lolita. La taille, l’ancienneté, la réputation du livre m’ont empêché de m’y mettre. Régulièrement je tombais dessus. Une copine en a un exemplaire sur sa bibliothèque qu’elle s’est proposé de me prêter. A New-York en décembre dernier j’ai vu une édition avec une superbe couverture et si je n’avais pas été à sec je serais reparti avec. C’est finalement en numérique que j’ai fini par attaquer le chef d’œuvre de Nabokov. En langue anglaise attention, car le manuscrit a bel et bien était écrit dans la langue de Shakespeare, avec en bonus quelques phrases de français dans le texte. Fun fact, le roman écrit en anglais par un russe naturalisé américain a d’abord été publié en France.

Bon, j’arrête de tourner autour du pot : je me suis emmerdé comme un rat mort durant les deux tiers du bouquin que j’ai réussi à lire avant de lâcher l’affaire après m’être convaincu pendant deux semaines que j’arriverai à reprendre ma lecture.

Lol donc.

L’histoire d’abord, qu’on sache de quoi on parle. Humbert est mort en prison, mais a laissé à son avocat le récit de sa vie sentimentale, qui l’a conduit derrière les barreaux. Il y confesse sa folie pour les nymphettes, ces jeunes filles pas encore écloses qu’il désire plus que tout. Après quelques aventures dans sa jeunesse il finit par se focaliser sur la fille de sa logeuse américaine : Dolores Haze, qu’il préfère appeler Lolita. Après une phase d’entre deux, il finit par choper la gamine, qui se laisse bien faire et prend goût à mener à la baguette son nouvel amant. Puis la logeuse décède et Humbert devient le gardien de Lolita jusqu’à ce que sa puberté et ses camarades masculins de classe commencent à la titiller. Puis… puis…

Puis je suis allé voir sur Wikipédia la suite en fait. Quelque part je regrette parce que la fin avait l’air cool.

J’ai mis un moment avant de comprendre le problème qui m’a empêché de finir Lolita. Enfin j’ai compris. D’une je méprise les deux personnages principaux. Humbert est un pauvre type pour qui seul le physique compte, lâche, méprisable et sans le petit quelque chose qui arriverait à me le rendre intéressant. Dolores est une sale gamine pourrie gâtée, sans aucun hobby ou intérêt, qui se fiche de découvrir la culture et le monde et préfère jouer de ses charmes pour s’en sortir. Une ado quoi. Dans les deux cas je n’avais pas envie de me préoccuper de leur vie, je ne dois pas être équipé du truc qui fait qu’ils m’accrochent. Ce qui me faisait tenir au début c’était l’écriture, splendide et magnifique, pleine d’images et d’effets. Malheureusement c’est ce qui a fini par me rebuter. L’intrigue patinait dans un temps mort et l’écriture virtuose ne faisait qu’alourdir l’avancée du texte, j’avais l’impression de m’embourber, de batailler.

J’ai lâché prise.

En fait je pense que le problème c’est que j’ai lu Lolita trop tard. L’intrigue, les thématiques, tout ce qui faisait le souffre et le scandale à l’époque de la sortie du livre a été intégré, digéré et recraché tellement de fois dans tout ce que j’ai culturellement gobé depuis mon enfance, que l’original me parait fade. Alors qu’il n’est pas sensé l’être.

Je sais que Nabokov est un génie de littérature, je sais que Lolita est un texte fondateur et important. D’ailleurs je m’en rends compte en le lisant. Seulement pour moi ça ne marche plus. J’ai trouvé The End Of Alice beaucoup plus dérangeant et puissant. Mais est-ce que ce livre aurait existé sans Lolita pour ouvrir la voie. Sans doute pas.

La littérature est comme le reste du monde, elle se construit sur les ruines du passé. Lolita était creuser trop profond pour moi. Quelque part je regrette de pas avoir apprécié autant que j’espérais.

Au moins maintenant j’ai lu, et je sais.