1180 – The Naked Man

- Y’avait du monde aujourd’hui vous trouvez pas ?

Je lève les yeux sur le seul autre occupant des vestiaires homme de la piscine municipale d’Issy Les Moulineaux. Le type approche de la quarantaine, le crâne rasé pour camoufler sa calvitie qui gagne du terrain. Plutôt épais, c’est le genre à faire du sport cinq fois par semaine. Accessoirement, il est tout nu.

- Heu… Ouais, plus que d’habitude effectivement.
- Il faut venir un peu plus tard, quand ça se décante.

Non seulement il est tout nu, mais il ne s’habille pas. Je suis assis en train de mettre mes chaussures, il est debout. Mon regard est à hauteur de pénis. Je m’invente des muscles dans les yeux pour fixer mon regard de toutes mes forces sur le mur d’en face. Loin. Je ne veux pas être malpoli, alors je rembraye la conversation.

- C’est l’effet rentrée. Les gens prennent des résolutions, ils viennent faire du sport. Mais ça va pas durer.
- Vous avez peut être raison.

Bordel. J’ai eu le temps de mettre deux chaussettes et de lacer deux chaussures et lui est TOUJOURS TOUT NU. Il agite un boxer depuis tout à l’heure, le tourne, le retourne entre ses doigts. Pourquoi ?! Aucune idée. Prêt, je m’esquive doucement, sans geste brusque, au cas où.

- Au revoir.

Lui.

- A bientôt.

Techniquement, je pourrais emprunter les vestiaires individuels quand je vais à la piscine. Mais d’une, c’est beaucoup trop petit, et de deux ma claustrophobie latente s’y réveille. Surtout, c’est se voiler la face. Quelque part, si je vais à la piscine, c’est aussi pour régler mon rapport à mon propre corps. Faire du sport est aussi important que se confronter au physique des autres. C’est un effort à faire sur la pudeur et la différence. Au début tu te planques sous ta serviette pour l’échange boxer/boxer de bain. Puis, petit à petit, tu t’en fous. Tout comme ta posture change au milieu des vestiaires. Tes tics de honte s’effacent peu à peu. Tu t’assumes. Après, tu commences à étudier tes congénères, tu vois tout de suite au type de muscle qui fait quoi question sport, qui vient là régulièrement, qui essaie de se convaincre que ce n’est que la première séance d’une longue série.

Et oui, aussi, tu vois des pénis. Plein de pénis.

Ce que je préfère, c’est ceux (les gens, pas les pénis) que j’appelle « les personnages ». Ils ont un style si reconnaissable qu’ils deviennent les héros de telle ou telle piscine. Par exemple, il y a un type qui est couvert de poils, au sens propre, total et absolu. Et c’est le type le plus musclé et mince à la fois du coin. Son corps est totalement optimisé et poilu. Il ne ressemble à personne et si tu l’as vu une fois, tu le reconnaitras toutes les fois d’après. Je le valide, il est cool. Sinon, de tête, je peux aussi vous citer le gars qui se brosse les dents sous la douche collective, dentifrice et crachat final inclus. Je le valide moins, il est chelou. Depuis cette semaine, j’ajoute donc à mon Pokedex de nageurs The Naked Man, l’homme sympa qui tape la discute tout nu. Il est bien lui. Bon niveau.

Rien que pour ce genre de moments à la con, je ne regrette pas les vestiaires communs. Deux fois par semaine, au lieu d’aller me planquer, je donne un fier et viril coup de pied contre la porte de l’espace partagé. ME VOILA.

Et puis, si ça se trouve, je les fais peut-être tout autant marrer.

1052 – NDA

Je sais que je suis carnivore parce que là, tout de suite, mon unique envie est d’aller planter mes dents dans la paire de fesses qui danse d’une jambe d’appui à l’autre face à moi. Cette fille que je ne connais que depuis ce soir déboutonne son chemisier qui va rejoindre son jean sur le sol. Quand elle se retourne je suis déjà en boxer. Assis sur son lit, mes yeux sont au niveau de son entrejambe, puis de son visage, lorsqu’elle s’accroupit. Ses doigts viennent se mêler à mon sous vêtement, puis le tirent lentement vers elle. Ma pudeur hurle, mais moins fort que mes pulsions carnassières. Je laisse faire. J’attends la suite. Qui ne vient pas puisqu’à peine après m’avoir mis à nu, elle se redresse pour attraper un bout de papier sur sa commode.

- Par contre je vais avoir besoin que tu signes ça.

« Lolwat » est la première pensée qui traverse mon cerveau, suivie de près par « quel est le fuck femme ?! » qui sort sous la forme tout public de :

- Pardon ?
- Si tu veux qu’on continue, une petite signature en bas et on est reparti.

Elle me tend un stylo.

- C’est quoi ?
- Un NDA. Un accord de confidentialité ?

Décontenancé, hors du moment, j’hésite entre rire ou pleurer.

- C’est un préliminaire BDSM douteux ton truc ?
- Non, une assurance. Contre les ragots. J’en ai marre qu’on étale ma vie sexuelle, que ceux qui m’en veulent se lâche en putassant dans leur coin ou que je me retrouve à me faire engueuler par la nouvelle ou l’officielle. En plus avec les bloggueurs, twittos et compagnie c’est encore pire.

Par réflexe, j’ai commencé à lire le papier, qui est une version longue en termes plus léchées de ce qu’on vient de m’expliquer. Je relève les yeux pour protester face à l’absurdité de la situation, pour rappeler que je suis pas un enculeur de maman et un mec réglo et que globalement je bave pas après coup. Mon élan est interrompu par le violent flash de l’appareil photo du téléphone de la demoiselle.

- Ta bite au repos, en otage sur mon téléphone et déjà en cours d’upload vers un dossier secret sur mon FlickR.
- QUOI ?!

Effectivement dans le froid de la non-action j’ai grandement, façon de parler, débandé. Indignation ! Je veux me redresser mais la donzelle s’asseoit sur moi, fait coulisser ses cuisses des deux côtés de mon torse.

- Soit tu ne signe pas, j’efface les photos et tu rentres chez toi la queue entre les jambes. Soit tu signes, les photos sont à l’abri tant que tu te tiens à carreaux et tu rentres en moi la queue entre mes jambes.
- …
- A toi de voir.

J’ai l’impression de prendre la décision la plus importante et la plus faussée de ma vie. D’un côté je fais face à une tarée autoritaire qui possède la photo la plus compromettante jamais prise de ma personne. D’un autre côté elle est assise en string sur moi.

- Est-ce que je peux prendre appui sur tes seins pour signer ?
- Je t’en prie.

561 – Ciné Club 71

Cette semaine sort enfin chez nous Funny People, le nouveau film de Judd (40 Year-Old Virgin, Knocked Up) Apatow. Je vous en avais déjà parlé, preuve que je l’attends vraiment depuis un bon moment. Les critiques US étaient partagées mais globalement positives. Pour la première fois le réalisateur/scénariste a tenté de sortir de la beauf comédie qui l’a rendu célèbre. Le script est plus écrit, moins improvisé, puisqu’il s’agit ici d’offrir une intrigue plus grave et dense. Ceci expliquant peut-être pourquoi le film s’est relativement vautré au Box Office US, le public s’attendant à passer un moment de lol entre Seth Rogen et Adam Sandler. Sauf que non. Certes Funny People offre amplement de quoi réveiller les zygomatiques. Mais le plus intéressant est ce qui est raconté derrière les vannes, dans les moments plus calmes. Loin d’être exempt de défauts, le dernier Appatow aura néanmoins été à la hauteur de mes espérances.

George est au sommet de sa gloire. Comédien de stand-up, acteur confirmé, il a tout pour lui jusqu’à ce que l’annonce d’une rare forme de leucémie ne le force à reconsidérer ce qui a bien pu faire de sa vie. Ira est un comédien amateur qui gribouille des vannes entre deux services au fast-food du coin où il bosse pour payer le loyer. Lorsque George décide de remonter sur les planches d’un bar minable, il offre une performance pitoyable. Ira prend sa suite et lui taille un costume, retenant l’attention de la star malade qui lui propose de le payer afin de devenir son nègre, son assistant et peut-être le dernier ami qu’il se fera. L’un comme l’autre vont se découvrir au fil des semaines, que ce soit dans leurs bons et leurs mauvais côté. L’élève et le maître étant chacun en manque de la grosse claque qui les sépare des réalités de l’existence.

Il est clair que le personnage de George est extrêmement proche de ce que pourrait être Adam Sandler à ce stade de sa carrière. Le film est émaillé d’extraits des faux films merdiques qui ont rendu George très célèbre/riche. Le contraste avec des vidéos de stand-up datant de la jeunesse de Sandler sont saisissants. Apatow a voulu réunir un pilier de la comédie US avec la nouvelle génération, Rogen en tête (sans oublier mon chouchou Jonas Hill dans le fond). Quelques guest stars se promènent en arrière plan mais Funny People ne joue pas la surenchère. On ressent le besoin pour l’auteur derrière la caméra de vouloir partager des anecdotes de galère de comédien, de dépeindre un milieu difficile et parfois cruel pour les aspirants comiques. C’est aussi le portrait d’une génération paumée qui est brossée au travers des différents personnages, jusque dans leurs relations au sexe opposé (Sandler sans gêne, Rogen trop timide).

Le principal défaut du film est qu’il est clairement trop long. Deux heures trente, c’est beaucoup. Un quatrième acte à propos de l’ex femme de George vient se greffer et l’on a presque l’impression de voir un Funny People II débarquer à la suite d’ une première histoire bouclée quelques minutes plus tôt. De là à regarder sa montre, faut pas déconner. La sincérité du réal comme des acteurs est palpables de bout en bout, chacun brillant à sa façon. Funny People ne sera peut être pas le chef d’œuvre d’Apatow, mais c’est un premier pas dans une direction plus profonde et équilibrée. Un bon présage qui se regarde avec plaisir. N’hésitez pas à aller y faire un tour.

Sachez tout de même que ce film, c’est un peu le Bad Boys II de la blague de bite (Copyright Boounz), c’est à dire que ça reste très cru. Demain, on parlera de doute, pas du film Doute, mais du doute en général.

TRAILER STAGE !!!

Exemple typique, la bande annonce qui ne parle que des 45 dernières minutes du film (le quatrième acte), ce qui en fait plutôt un trailer pour Funny People II.