1089 – Swap

Au départ je voulais vous parler d’un dessin animé, puis après je voulais vous parler de mes dimanches récents durant lesquels il ne se passe rien. Puis il est 00h47 et je réalise que j’écrirais bien un peu ce soir. Genre que je bouclerais un chapitre de Perfect Ten. Alors du coup je vous parle pas vraiment. A la place je vous fait un deal que vous ne pouvez pas refuser.

Vous n’avez que quelques lignes sur le blog aujourd’hui, mais là, à presque une heure du matin, j’ouvre Word et je fais l’équivalent quantitatif d’une note sur mon bouquin.

Deal.

Edit 02h22 : J’en ai écrit pour 881 mots. Y’en a un peu plus, je vous le met quand même.

1076 – Cheat Off

Finalement j’ai pas mal avancé. Entre les partiels, les fêtes, la recherche de stage, le début du stage, je n’avais pas écrit une vraie ligne depuis début novembre. Armé de mes deux (!) claviers de luxe, j’ai rouvert le .docx de Perfect Ten il y a une quinzaine de jours. J’ai pondu moitié moins de pages, mais j’ai avancé. En fait je crois même pouvoir dire que j’ai dépassé le premiers tiers du premier jet. La moitié est en vue. Ca me fait plaisir. Par contre, je vais devoir m’arrêter un moment. Pas pour rédiger mon mémoire, je vous rassure, mais parce que j’ai besoin de réfléchir et de décider des trucs vis-à-vis de l’histoire du bouquin. Jusqu’ici, j’avoue, j’ai triché pour avancer.

La structure est là, squelette fermement en place, tous les os répondant présent. Mon problème est que je dois décider des détails. Exemple, mon héroïne doit passer pour le travail quelques jours à Paris. C’est obligatoire. Mais je n’ai pas décidé la raison précise du déplacement. Je suis face à des tonnes de possibilités. Suivant le choix que je vais faire le décor, les personnages et une partie de l’action devra changer. Même tarif pour le personnage masculin, qui sera aussi là, mais à quel titre ? Même tarif au niveau des options. Il n’y a pas réellement de mauvais choix pour moi. Chaque alternative peut venir se greffer sur la structure sans problème. Seulement, je dois choisir, celui que je préfère, celui qui me semble le plus judicieux, niveau potentiel.

Pour décider, je dois me renseigner. Faire des recherches. Travailler.

Jusqu’ici, j’ai pu feinter. Quand intervient un appareil photo, c’est « un appareil photo » en attendant un complément de description et de technique pour plus tard. Quand intervient une scène qui se passe dans la banlieue riche de Lyon en 2003, ça va, je gère. Du coup il est facile de rédiger de gros morceaux de chapitres sans ouvrir Google ni appeler des amis. Mais à présent, ce n’est plus possible feinter. Mon héroïne devait avoir une passion avant, une passion qui m’est étrangère. Je dois à la fois décider laquelle, et potasser assez le sujet pour que ce soit crédible (oh shit, là je viens d’avoir une idée ! à moins que… je dois réfléchir). Brayf ! Ca vous donne une idée du truc. Le problème c’est que je n’ai pas vraiment le temps de m’occuper de ça maintenant.

Depuis la semaine dernière je mail tout ce que je peux pour essayer d’obtenir des noms d’éditeurs, pour leur envoyer mon bouquin, celui d’avant, celui qui est assez bon pour passer, au point que ça me vrille de penser que je risque de devoir repartir de zéro (secrétaire -> stagiaire -> comité -> éditeur). Alors que JE SAIS. J’ai commencé à faire des photocopies, à harceler des potes qui ne me répondent pas ou ne savent rien.

Il faut que je le fasse, pour me débloquer du temps de cerveau disponible, pour bosser plus, pour avancer, pour rater mieux.

978 – Back In Time

Mon héroïne est dans le bus, qui serpente dans la banlieue lyonnaise. Elle a dix-sept ans et écoute de la musique sur son discman. Mais. Elle écoute quoi ? Là, l’écrivaillon se redresse, bascule en arrière et se frotte la barbe de deux semaines. Putain, j’étais où en 2003 ? On écoutait quoi en 2003 ? Et elle, à quel point est-elle différente de moi ? Qu’est-ce qu’elle écouterait ? J’ai ouvert les internets, j’ai fouiné un peu. Puis j’ai jeté mon dévolu sur Complicated, d’Avril Lavigne, parce que ça tombe bon et juste à la fois. Alors je me colle le morceau sur Spotify et je reprends mon document Word. J’y ajoute, en description, qu’elle écoute un CD gravé, parce que c’était ça l’époque aussi. Puis j’avance. Tout en sachant très bien que dans trois chapitres va falloir que je retrouve quel était le meilleur appareil photo réflex au budget prosumer de 2003 pour en parler. Si vous voulez m’aider, n’hésitez pas hein.

En fait, la plupart de mes projets de bouquins sont précisément ancrés dans le temps. Par exemple Perfect Ten se passe en 2011 et en 2003. Sachant que chaque année de retard risque de toute décaler. Le truc de road trip dont j’ai écrit une quinzaine de pages il y a deux ans se passe en 2007 et se passera toujours en 2007. Sachant que chaque année de retard risque de me forcer à chercher encore plus ce qui existait ou pas à ce moment. Vous avez remarqué à quel point la plupart des romans français se passent « de nos jours ». Parce que sincèrement, c’est beaucoup beaucoup plus simple à gérer du point de vue de l’auteur. Avoir une histoire libérée de toute contrainte temporelle, c’est pratique. Pas besoin de faire trop de recherches, pas besoin de veiller à la cohérence du truc ou pas. Pendant ce temps là j’appelle mon meilleur ami pour qu’il cherche quel type de téléphones était présent dans tel avion en 2007.

On m’a demandé y’a pas longtemps quel était l’intérêt de se casser le cul, d’avoir des détails aussi précis. Qu’est-ce qu’on s’en fout du morceau qu’écoute l’héroïne ? A titre personnel je trouve que ça ajoute de la texture. Elle écoute de la musique -> elle écoute son discman -> elle écoute Complicated d’Avril Lavigne sur son Discman. C’est une question d’épaisseur de la description, de ce qui vient donner du relief et de la vie. Bien sûr il ne faut pas que ce soit gratuit. Il faut que ça fasse sens, qu’il se cache quelque chose là-dessous. Le lecteur ne verra pas tout bien sûr, mais la beauté est dans les détails. Ca rend le texte unique, la situation palpable, imaginable. D’où pas mal d’heures à chercher des trucs sur internet, à poser des questions à mes amies filles pour des scènes de cul, ou à m’arracher les cheveux sur c’est quoi les habits à la mode en 2003.

Ceci dit. Je trouve ça enrichissant, pas que pour le bouquin mais aussi pour moi. Je me plains mais au fond j’aime. J’aime l’idée de travailler avant d’écrire, de faire un vrai boulot, de vouloir chercher l’épaisseur en plus. Même si, du coup, ça me prend du temps et de l’énergie. Ceci dit, écrire un bon bouquin, c’est pas censé être cool et fun du début à la fin.