918 – Me, Myself And Him

En 2005 sortait le film Trouble, avec Benoit Magimel. A priori non seulement vous ne l’avez pas vu, mais en plus vous ne savez pas de quoi ça parle. En gros Magimel joue un super père de famille à la vie rangée qui découvre l’existence d’un frère jumeau chez le notaire lors de la mort de sa mère. Du coup c’est les retrouvailles un peu étranges mais pleines de bonheur. Sauf que le jumeau, bah il est maléfique. C’était un peu couru. Du coup il commence à faire des trucs d’enculé genre se faire passer pour le héros et se prendre en photo avec des putes pour briser le petit couple sans histoire. Parce qu’au fond, je jumeau, il veut la vie parfaite de l’autre ! Il veut le tuer, gagner la confiance de sa femme, prendre sa putain de place ! Sauf que personne ne croit le héros, et ouais, c’est ça de lutter contre son jumeau maléfique. Tout ça se terminant à coup de briques sur le coin dans la gueule dans un final volontairement ambigüe qui aura permis au couple de demeurés assis à côté de moi de ne pas comprendre la chute. Le problème, c’est que dans le film, Magimel, il s’appelle Matyas.

Donc j’étais allé voir le film tout seul et plus ça avançait, plus je me ratatinais dans mon fauteuil. Chaque fois qu’on criait sur Matyas, qu’on le menaçait, qu’on le torturait, en utilisant son prénom, je me chopais des putains d’angoisses. Car figurez-vous que j’ai la phobie des jumeaux maléfiques. Enfin non, c’est plus précis. J’ai la phobie du « mais bordel c’est pas moi le méchant on vous manipule pourquoi vous ne me croyez pas ?!! ». Je trouve ça absolument horrible comme situation, savoir qu’on a raison, qu’on est dans notre bon droit, qu’il y a une menace, la pointer du doigt, être certain, mais que tous votre entourage qui est censé vous aimer et vous croire inconditionnellement vous lâche et vous prends minimum pour un fou, voire un psycho. On n’a pas forcément besoin d’un jumeau maléfique pour exploiter ce genre de pistes narratives, mais ça fonctionne encore mieux avec un evil twin, parce que le visage du mal, c’est le vôtre (et qu’il peut vous voler votre vie/se faire passer pour vous).

A un niveau moins affectif j’aime pas les jumeaux maléfiques parce que c’est un bouton reset facile. Je m’explique. Dans les séries TV ou les comics, quand on veut remuer le status quo ou défaire ce qui pose problème dans la continuité, hop on appelle le jumeau maléfique. Dans Spiderman par exemple un ennemi existe UNIQUEMENT pour ça : le caméléon. Le gars est métamorphe et passe son temps à voler la vie des gens. Pour briser un couple quand on a pas d’idée c’est pas dur, il suffit d’invoquer le caméléon qui vient prendre la place de Peter Parker par exemple et le faire se comporter comme un gros connard. Si la personne tierce n’est jamais au courant du switch hop on bouscule le scénario à peu de frais. Ou alors tu peux feinter « je savais que c’était pas toi mais quand je te vois je repense à ce que tu… il m’a fait, j’ai besoin de prendre mes distances ». Non seulement le jumeau maléfique m’angoisse profondément, mais c’est une astuce narrative super cheap pour se sortir d’une situation dans laquelle un scénariste s’est coincé.

Donc là je vis super mal l’histoire d’Ultimate Spiderman depuis quelques mois. J’attends que ça passe. Tout comme ça m’arrive de ne pas regarder un film ou de ne pas lire un bouquin si je sens que ça risque d’appuyer un peu trop fort sur ma névrose.
Comme quoi, les phobies, des fois ça vient de n’importe quoi.

887 – Hispanophobia

Je déteste l’Espagne parce que je déteste l’espagnol. Quand j’ai choisi anglais au lieu d’allemand au collège c’est que, putain, j’avais envie de savoir parler anglais, pour un tas de raisons. Au moment de choisir une seconde langue, j’avais envie de rien. J’ai choisi par défaut. Et sincèrement, c’est pas la meilleure des raisons. Loin de là. Arriva ce qui devait failer : les cours pénibles, la découverte de l’absence totale de verbes réguliers, que je suis incapable de rouler un R pour sauver ma vie et compagnie. D’où l’échec dans la matière, les mauvaises notes, la honte en public, les lacunes qui se creusent, l’apathie qui devient peur, puis phobie, puis haine. Chaque fois que je mets un pied en cours, où que je dois cracher quelques mots en espagnol, je somatise, je me sens mal, je sue, je bégaye. Je déteste ça. L’espanol. La haine et la phobie se sont étendues à tout ce qui est de près ou de loin hispanique.

Je déteste Barcelone parce que je déteste les Poupées Russes. A cause des cheveux courts de Cécile de France déjà. C’est moche. Meurs. Ensuite parce que je peux pas blairer Duris, sa voix, ses poils, le mythe des pouffiasses autour de lui (l’ex femme de ma vie la première). Il est peut-être super sympa mais j’y peux rien, c’est physique. Surtout, les Poupées Russes c’est le MEME film que l’Auberge Espagnol. C’est pas la suite, c’est un putain de remake avec juste le décor qui change. Je m’y suis emmerdé comme pas permis. Vraiment. Le mélange de tout ça m’a fait détester l’Auberge Espagnole par ricochet. Je peux plus voir ce film en peinture. Au point de détester Barcelone, dommage collatéral. Alors ouais, y’a bien eu Vicky Christina Barcelona entre temps. Ca c’était très bien : filles aux cheveux longs, et pas de Romain Duris. Mais le latin lover qui saute l’oie blanche, ça m’angoisse dans mon cœur de mec pas sûr de lui.

Je déteste aussi l’Espagne parce qu’il fait chaud, et que je crains ça à mort. Parce que leur politique intérieure ne m’excite pas et que ça joue un peu pour moi. Parce que quand le lis un livre en espagnol par-dessus l’épaule d’une nana dans le métro parisien ça me renvoie à la gueule autant mon échec que ma honte quand je dois admettre que je ne pige rien. Parce que malgré tout ça je me retrouve souvent à kiffer/sortir/coucher/tomber amoureux d’hispaniques. Cruelle ironie karmique.
Je déteste aussi Barcelone parce que je déteste les séparatistes. Qu’en tant que fédéraliste psychopathe j’en veux à tous ceux qui veulent faire sécession de ralentir la naissance de la Fédération Européenne puis Terrienne (faut bien niquer les aliens à un moment). Aussi parce que tout le monde me dit qu’on va me racketter mon NEX dans une ruelle sombre. Puis, enfin, parce que ça me rappelle Estelle au lycée, qui voulait pas sortir avec moi ET qui était nationaliste catalane. TOUTELIE !!!

Tout ça pour dire qu’en début d’aprem’ je prends l’avion pour Barcelone, où je resterai jusqu’à vendredi. Vous allez rire, mais mes vacances cet été, c’est ça. Pour fêter mon mémoire, je vais en Espagne. C’était le moins cher pour voir la mer mais, surtout, je sais que dans quelques semaines je vais reprendre les cours, y compris ceux d’espagnol.
C’est ma dernière chance d’exorciser une des pires névroses de ma vie. Baptême par le feu. Si ça ne marche pas, j’aurais essayé. Je suis mort de trouille, je regrette mes billets d’avion, j’angoisse à mort, j’ai eu des vertiges et des nausées toute la journée de dimanche. Si je ne reviens pas, sachez que j’aurais essayé.

782 – Hi, My Name Is (What ?) (Who ?)

L’autre soir une fille m’appelait au milieu de la nuit, complètement éthylée. Et c’était plutôt drôle. D’autant plus que je l’ai jamais vue de ma vie, que j’ignore même jusqu’à son visage. Voilà qui m’apprendra à passer mon numéro à n’importe qui sur Twitter. Le truc drôle avec les gens de Twitter, c’est que pour la plupart ils ne me lisent pas ici, sur le blog. Ils m’ajoutent à la faveur d’un retweet ou je ne sais quelle recommandation. S’ils fonctionnent comme moi ils checkent vite fait le lien vers le blog et n’y repassent jamais. Tout ça pour en arriver au fait que cette fille m’invectivait en gueulant « Benjamiiiin ! ». Car oui, plein de gens sur Twitter pensent que je m’appelle vraiment Benjamin, que c’est mon prénom. Et à chaque fois c’est pareil, il me faut deux ou trois secondes pour faire le lien dans ma petite tête et répondre « Ouiiiii !!! ».

Remarquez, j’ai un ami de la vraie vie qui m’a pendant plusieurs années appelé « Ben ». A un moment j’ai cessé de le contredire et j’ai laissé filé, me retrouvant parfois à planter quelques instants avant de lui répondre à lui aussi. Parce qu’autant j’aime bien le concept du pseudo, d’avoir un alias sur le net, autant le même dans la vraie vie me stresse toujours un peu. On m’a déjà appelé BenReilly, Le Reilly, Ben ou Benjamin. Je m’y fais pas. On me retorquera que je peux toujours lâcher cette histoire de pseudo, garder juste ce bon vieux Matthias Jambon-Puillet. Après tout, c’est ce qu’il y aura de marqué sur la couverture si un jour je sors un bouquin. Ce ne serait que du recentrage d’image de marque, ça limiterait pas mal de confusions. Sauf que je l’aime bien mon petit pseudo, je le traine depuis tellement longtemps, j’aime l’écrire, jouer avec. Mon mien. C’est sentimental. Puis bon, mon vrai prénom marche moyen aussi.

Enfin, ce que je veux dire c’est que si vous m’appelez par mon prénom ça va immédiatement me stresser. Entendre « Matthias » me fait crisser les oreilles. Je fonctionne par surnoms affectueux ou feintes. Avec Pollux on est « Mec » ou « Dude » mais pas Pollux et Matthias. Avec mes copines je suis… des trucs honteux, mais des trucs. Les seules personnes qui utilisent mon vrai prénom sont les gens qui me connaissent encore peu, l’administration, les personnes qui veulent m’engueuler et mettent une distance ou celles qui tentent de me prendre de haut. C’est simple, si vous dégainez mon prénom, vous me mettez directement mal à l’aise, peut-être plus qu’en utilisant un de mes pseudos. Comme quoi, c’est étrange la force des choses, de se retrouver dépossédé de son prénom comme ça.

Dans le même ordre d’idée j’utilise très rarement les prénoms de mes interlocuteurs, je suis physiquement incapable de prononcer le prénom de ma partenaire sous une couette, c’est une névrose à deux sens. Je maintiens ma théorie sur le fait qu’on m’appelle Matthias (quasi) uniquement pour m’engueuler ou me prendre de haut et que c’est de là tout vient. Y’a sûrement moyen de trouver une autre explication de comptoir, mais ça c’est votre boulot.

Demain, roman presque SM mais en fait non (à part sur le prix).