1168 – Wallpapergirl Etiquette

J’ai la photo d’une vraie fille que je ne connais pas du tout en image de veille de téléphone. Ce qui m’a poussé à me justifier en mon fort intérieur. Ce qui m’a poussé (si si) à évaluer la légitimité d’une photo de fille en fond d’écran :

  • La photo de votre copine

J’ai tenté ça quand j’étais jeune. Le gros plan 15 millions de pixels de la frimousse de sa belle. Sur le moment j’étais super fier. Puis la copine en question est tombée dessus et ce fut l’instant malaise. Elle avait l’impression de s’auto fliquer. Et d’avoir un miroir figé braqué sur elle. Gros traumatisme. Quelques minutes plus tard je rendais à Ichigo Kurosaki sa juste place sur le bureau de mon ordinateur. Au passage j’ai retenu la leçon, et n’ai plus jamais utilisé le moindre début de petite amie/plan quelconque comme papier peint.

  • La photo d’une actrice

Attention, là je vous parle d’une actrice de film « en costume ». C’est-à-dire dans son rôle pour le film en question. Par exemple j’ai eu pendant près d’un an Olvia Wilde dans Tron en fond d’écran sur l’ordi de chez moi. Moralement ça va, parce qu’on peut argumenter. Non mais tu vois je suis pas un coquinou pervers, j’admire la direction artistique et puis c’est parce que je suis fan du film. C’est une façon de l’attendre un peu chaque jour.

  • La photo d’une actrice²

Oui, j’ai cédé. Cette année j’ai eu Alison Brie en lingerie en fond d’écran de téléphone. C’est la faute de @zeni qui m’a envoyé une photo trop belle pour n’être regardée que quelques heures par jour. Alors j’ai renoncé à ma dignité, mes bas instincts ayant pris le dessus. Joie de tapoter le booty d’Alison pour déverrouiller mon portable. Et puis merde j’ai acheté une nouvelle de l’actrice, un jour, j’avais le droit ! Heureusement, n’écoutant que mon courage, j’ai réussi à me séparer de Brie et de remettre Peter Parker à la place. Mais pendant quelques semaines j’étais pas fier.

  • La photo d’une fille random

Offense capitale : utiliser un fond d’écran coquin trouvé au pif, sans attachement particulier au modèle, juste parce que ça fait plaisir. Jamais, même dans mes heures les plus sombres, je ne me suis abaissé à ça. Ce qui vaut autant pour mes bureaux numériques que pour les murs de ma chambre d’ados : que du dessin, jamais de poster Playboy à déplier. Parce qu’il faut se fixer des limites. C’est important les limites.

Tout ça pour en revenir à ma dernière trouvaille : la photo d’une fille random qui fait un cosplay.

Techniquement ça pourrait rentrer dans la catégorie actrice en costume. Sauf qu’on n’a jamais vu la fille auparavant. En même temps on est pas loin du dessin ou de l’illustration. Dans le cas présent j’aurais tout aussi bien pu prendre une capture de l’héroïne de Bioshock Infinite. A la différence près que là, on a affaire à une vraie fille de chair et de sang, qui reste fausse parce que costume, lentilles de couleurs etc… Il s’agit d’une zone d’ombre idéologique, un espèce de croisement chelou ou dignité et envie se mélange sans qu’on sache vraiment où commence et termine quoi que ce soit.

Alors je me l’autorise. Voilà.
Parce que j’aime bien.

Et c’est pas sale.

Okay ?

1156 – Snapshots

La meilleure fonctionnalité de Facebook est la notification groupée des mises à jour de photos de profils de vos amis.

Voilà.

A un moment, il faut arrêter de se voiler la face. Il y a plein de trucs cools sur Facebook comme l’outil d’organisation d’évènements. Si on m’invite à une soirée je pleure pour qu’on crée un event histoire de pas avoir à faire l’effort de retenir/noter toutes les infos. Le chat intégré c’est cool aussi (avant la mise à jour latérale dégueulasse), pour converser avec les relous qui ne sont pas sur Gtalk. Puis checker les photos de soirée/vacances des gens/filles, c’est bien aussi. Sauf qu’en vérité, tout ça, c’est de la gnognotte comparé au vrai truc qui nous intéresse tous : l’alerte quand vos contacts changent de photo de profil ! Et quand je dis contacts je veux dire contacts du sexe opposé. Et quand je dis du sexe opposé je veux dire filles.

On se comprend.

Le principal avantage de la photo de profil, c’est qu’on la choisit. Elle n’a pas été mise en ligne par un ami peu scrupuleux, ni taguée au hasard dans un vieil album sans intérêt. Une profile pic, ça se sélectionne soigneusement, ça se recadre, ça gonfle le cœur de fierté. C’est la lingerie fine de ton réseau social. Alors forcément, découvrir les nouveautés dans tes cercles groupes d’amis, c’est magique. Tu surveilles l’état de celle sur qui tu fantasmes en secret depuis des mois, voire des années. Est-ce qu’elle est toujours aussi jolie ? Si oui alors double fantasme. Si non alors début de rancœur de pas l’avoir eue à temps (qui se transformera en joie d’avoir échappé à ça au final). Tu fliques celles avec qui ça aurait pu, celles avec qui ça a failli, celles avec qui ça a complètement été.

Les profiles pics c’est ta photo de classe qui vieillit avec toi, c’est un point de référence qui te rappelle où en sont les gens, dans la réalité.

Et là vous me direz qu’on peut faire pareil avec tous les réseaux sociaux, qu’il y a des profils avec photo de partout. Oui mais Facebook te fait une notification groupée. Non seulement tu es prévenu, mais tu en as plein d’un coup à aller voir. C’est le maxi best of du voyeurisme, sauf que c’est pas sale vu que les gens ont choisi de mettre leur image à jour. Surtout, le véritable ascenseur émotionnel 2.0 il est là. Plus que n’importe quel statut, lien vers un site, un CV ou quoi que ce soit d’autre, la photo de profil est celle qui va le plus te secouer le palpitant. C’est dans ce rectangle que tout se joue, qu’on tombe amoureux, qu’on se défait enfin de quelqu’un, qu’on a envie d’envoyer un email à la hauteur du like qu’on ressent. Le like qu’on finit par déposer sur la photo, par dépit de ne pas pouvoir oser plus.

Pire : les profiles pics des gens qu’on ne suit pas. Vous savez, quand vous tombez sur la mise à jour « votre pote est ami avec machine et plein d’autres gens ». C’est autant de mini frimousses qui vous tendant les bras. Toutes ces personnes qui existent dans la vraie vie avec leur sourire et tout mais qu’on ne connait pas. Non seulement tu ne peux pas liker leurs photos, mais tu ne peux rien faire d’autre non plus. A moins de passer pour un psycho perv. CE QUE NOUS NE SOMMES PAS. Enfin je crois. Supplice donc.

Au final Facebook tient la promesse de son titre : être un annuaire de têtes, une collection de photos de profil. Oui il y a plein d’autres fonctionnalités autour, un peu comme la sucette autour du chewing-gum qu’on continuera à mâcher bien après avoir jeté le bâtonnet. Elles ne sont que secondaires et accessoires.

1144 – Schrodinger’s Wannabe

La vie d’adulte tente petit à petit de me faire dépasser ma phobie du téléphone. Chaque nouvelle fois que je DOIS appeler quelqu’un, le temps de chargement de mon courage diminue un peu plus. Mais dans la panique, je démarre toujours mes conversations par « Bonjour, c’est/je suis Matthias [Nom de ma boite] ». Ce qui a fait mourir de rire deux trois personnes au bout du fil. Puis je me suis souvenu du bouquin Jennifer Government, qui se déroule dans un futur où tout le monde possède le nom de son employeur en guise de nom de famille (d’où le titre, vu que Jennifer bosse pour le gouvernement). La logique corporatiste poussée jusqu’au bout. Bon, on vit encore dans un présent où les gens ne s’entre-tuent pas en fonction de la carte de fidélité qu’ils ont, donc il me reste un peu de marge. Quoi que, je préfère pas parler de ceux qui ont une carte Gaumont et pas UGC…

Dans le même ordre d’idées, sur Facebook, on connait depuis longtemps les gens qui ajoutent « Photographe » derrière leur nom de profil. Des fois qu’on sache pas quel est leur hobby préféré. Rapport au fait que si t’es VRAIMENT photographe les gens le savent sans que tu aies besoin de leur fourrer ta carte de visite sous le nez en permanence. Si je vous parle de ça c’est que Facebook commence à me conseiller des amis d’amis qui affichent « Auteur » ou « Ecrivain » derrière leur nom. Sans déconner les gars. Je me demande s’ils ont remarqué que les mecs qui ont sorti des bouquins, pondu des disques, figuré dans des films ou développé des photos, pour de vrai, ne s’affichent pas comme ça. Parce qu’ils savent ce qu’ils sont et gardent pour eux ce qu’ils espèrent être. Ce qui est en fait le fond du problème. Ceux qui affirment leurs ambitions jusque dans leur profil Facebook font de l’auto-persuasion plus qu’autre chose.

C’est le discours performatif : je dis donc je suis.

Je me souviens de quelques soirées avec des potes où, vu que j’étais timide, on me présentait aux nouveaux gens. C’est Matthias, il est écrivain/écrit des livres. J’en devenais rouge, je bafouillais et regardait mes chaussures. J’écris des trucs, je fais des photocopies et je dépense plein de thunes en timbres, c’est tout. Puis j’écris pas des livres, j’écris des tapuscrits, je… je… Fuck. Il existe deux façons de voir. On peut être artiste dès qu’on commence à jouer la première note, ou quand on parvient au stade que la moyenne de la population considère légitime. Généralement l’exploitation financière et encadrée par une structure représentant l’autorité (par opposition à l’auto édition par exemple). Chacun décide de quand il décrète qu’il est photographe/acteur/musicien etc… Le problème est que si le reste du monde n’est pas d’accord, ça pique l’égo. Ça pousse à se légitimer comme on peut.

Y compris sur Facebook.

Et là je me demande pourquoi on ne voit pas passer des suffixes 2.0 à base de « Cadre sup’ », « PDG », « Chef de franchise », « Manager ». C’est vrai quoi, tous mes contacts stagiaires qui n’affichent pas leurs prétentions professionnelles, ils foutent quoi ? A croire que les kineuveulent en manque de reconnaissance ne peuvent être qu’artistes. Ça aurait fait un bon sujet du bac philo. La reconnaissance n’est elle qu’artistique ?

Jusqu’à mi-novembre je suis Matthias Nomdemaboite au téléphone pendant les heures de bureau. Le reste du temps je suis écrivaillant, écrivaillon, écrivain pas réussi, ce que vous voulez mais dans l’entre deux.

Je n’ai ni réussi, ni abandonné. Je suis le wannabe de Schrödinger.

Un statut beaucoup trop instable pour servir de deuxième nom de famille Facebook ou de présentation téléphonique. Et au fond, on s’en fout. Tant que je sais qui je suis. Plus ou moins.