Dans le dernier manuscrit que je traine depuis deux ans de maison d’édition en maison d’édition, on trouve une page entière de dissertation sur le bienfondé du menu MAXI best of chez Mc Donald’s. J’y explique une de mes convictions profondes de l’époque, à savoir que si t’as déjà claqué 7€ dans un menu, la quantité de nourriture bonus octroyée par le passage au maxi est bien supérieure au coût. En gros, tu paies moins par frite si tu prends un menu maxi par rapport à un normal. Et par conséquent si tu prends le normal tu te fais enfler sur le prix par frite et centilitre de boisson. Du coup, si tu ne prends pas un menu maxi, tu es un sale radin et tu te fais enfler. EN GROS. Sauf que, ça c’était en 2009. Maintenant, j’ai moins de sous, je fais plus attention aux quantités et parfois je prends de la salade en side, qui ne changera pas avec le passage au maxi.
Je ne prends quasiment plus jamais de Maxi Best Of. J’ai changé d’avis.

Là où je veux en venir, c’est que le bouquin que j’ai écrit ne me correspond plus tout à fait. Il est déphasé. J’ai changé d’avis sur une ou deux choses. Et quelque part c’est pas mal, puisque c’est toujours ça de moins autobiographique, de plus romancé. Le personnage devient encore plus, bah, un personnage. C’est aussi un vestige de mon moi d’avant, un anachronisme. Alors je le laisse comme ça. C’est bien comme ça. Le problème se complique quand un point pivot de l’intrigue est chamboulé par le monde réel. Prenez l’annonce des forfaits mobiles de Free. A cause d’eux, les concurrents s’alignent, et proposent des offres plus « équitables ». Or, le gavage des industries télécom’ est important dans mon texte, ça compte. Et dans quelques mois, si la tendance au nivellement par le bas des tarifs continue, j’aurai un véritable anachronisme sur le bras. Ce qui pose une vraie emmerde.
Soit je réécris, bidouille et trahis la vision originale, soit je laisse et prend le risque de venir d’une autre planète.

Je me souviens d’une critique lue à propos du roman de Titiou Lecoq, Les morues. Le chronique, un peu énervé, fustigeait l’usage scénaristique de MySpace au lieu d’un réseau plus branché. MAIS LOL L’AUTEURE, ELLE EST OLD. Sauf qu’entre l’écriture et la publication il peut se passer plusieurs années, et on ne peut ou veut pas tout rattraper. J’ai toujours expliqué aux copains que mon texte avait une sorte de date de péremption, qu’il pouvait perdre de la valeur au fur et à mesure d’un tas de trucs. Si la publication qu’on m’avait fait miroiter il y a 18 mois n’était pas tombée à l’eau, je n’aurais pas eu ce problème. Car un bouquin publié est un bouquin avec une date de sortie, donc inscrit et figé le long de la frise temporelle de l’existence. S’il devient daté on dira qu’il est « représentatif de l’époque ». Ça devient un document, quelque chose qui a encore du sens.
Alors qu’un roman ancré dans un présent qui n’existe plus est simplement étrange, une anomalie.
Rien n’est perdu, je ne suis pas traumatisé et je n’ai pas (encore) mis le feu à mon paquet de feuilles A4. Mais, l’univers me rappelle que tous les textes ne sont pas égaux face au temps qui passe. Un peu comme les vrais gens, ou mon avis sur les menus maxi best of du McDo.
Ou le Pepsi Max.